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Crise : Baroin "confiant" car "les fondamentaux sont bons"

Le ministre de l’Économie était sur RTL pour commenter les chiffres de la croissance au 2ème trimestre (0,0%, soit une croissance nulle), un chiffre qui sera sûrement scruté de près par la planète finance. François Baroin a jugé ces chiffres "un peu décevants", mais il s'est dit "confiant", car "les fondamentaux de l'économie sont bons". Il a maintenu la prévision de croissance de 2% pour 2011, tout en se voulant rassurant sur l'agitation boursière. Le ministre de l’Économie a ensuite répondu aux questions des auditeurs de RTL au 3210, auxquels il a notamment assuré que le gouvernement ne toucherait pas à la TVA pour réduire les déficits publics.

François Baroin invité de RTL.
François Baroin invité de RTL. Crédit : RTL
Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
et La rédaction numérique de RTL

Quelques minutes plus tôt, l'Institut national de la statistique (Insee) avait annoncé que l'économie française avait connu une croissance nulle au deuxième trimestre, signe d'un ralentissement de l'activité plus marqué que ce qui était anticipé, puisque la Banque de France tablait encore sur une progression de 0,2% lundi.

L'interview de François Baroin

Bonjour Francois Baroin

Bonjour.

0%. Croissance nulle. C'est un chiffre terrible que publie l'INSEE ce matin...

Non, on ne peut pas le présenter comme ça. L'économie française avait redémarré très fortement. On a eu un premier trimestre assez remarquable.

0,9...

0.9, et il était prévu, donc ça n'est pas une surprise, que le deuxième trimestre serait moins bon. La banque de France et l'INSEE l'avaient prédit depuis plusieurs mois. Nous l'avions nous mêmes intégré. Nous avons anticipé ce dispositif.

Enfin, on avait prévu 0.2, 0.3, 0.4, pas 0...

Voilà, c'est un peu décevant, c'est une stabilité de l'activité, mais il y a des points importants que l'INSEE souligne ce matin, notamment le fait que l'investissement demeure robusten ce qui est un point très important. Nous avons également une bonne nouvelle sur le front de l'activité économique concernant les créations d'emploi, puisque nous sommes à 20 mille créations d'emploi supérieurs à ce que l'INSEE avait prévu. Nous avons également des prix qui ont baissé. Baissé sur les produits alimentaires, baissé sur les produits pétroliers.

Après plusieurs mois de hausse, ça baisse les prix à la consommation...

Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que ces trois paramètres vont nourrir le 3ème et 4ème trimestre, ce qui fait que conformément à ce que nous a dit le FMI et paru dans le Parisien il y a quelques semaines, conformément à ce qu'ont dit d'autres instituts, nous serons en ligne avec les objectifs de croissance de cet exercice, nous allons naturellement suivre les indicateurs des semaines qui viennent, ce qui se passe aux Etats-Unis, l'évolution de la croissance mondiale. Et ce qu'il faut retenir, c'est que quelque soit l'évolution comme nous l'avons dit autour du Président de la république mercredi dernier, nous prendrons les mesures nécessaires pour être au rendez-vous de ces objectifs intangibles de réduction de déficit public.

Donc pas question de réviser des prévisions de croissance à la baisse pour l'instant ?

Pour cette année, nous serons en ligne. Ce 2ème trimestre, plus décevant naturellement que le premier, qui lui était très en avance, a été anticipé. Donc ça, ça ne modifie en rien la matrice sur laquelle nous travaillons pour la préparation du budget. Peut-être qu'il est intéressant de comprendre les raisons et pourquoi ça a été anticipé. Nous avions décidé, le gouvernement le Président de la république, d'arrêter pour le budget 2011 la prime à la casse. C'est ça qui naturellement a décéléré la consommation des ménages. Même si le marché de l'automobile se tient bien, on est encore à 170.000 véhicules vendus, ça veut dire qu'on est sur le marché de l'automobile, par exemple dans ce 2ème trimestre atone et stable sur le plan de l'activité, au même niveau que nous avions avant la crise. Donc nous revenons dans des shémas normaux sur cette partie là de l'activité.

Dans ce contexte, on a quand même du mal à imaginer que vous puissiez aller sous la barre des 9% de chômage comme c'est l'objectif du gouvernement avant la fin de l'année.

C'est une conséquence et la stratégie que nous suivons, elle est, je dirais, équilibrée, et elle nécessite de prendre des décisions précises et bien calculées. Et nous le faisons le plus sérieusement possible avec beaucoup d'exigence et avec deux points... deux pierres angulaires si vous voulez... deux points fondamentaux qui construisent ce que nous souhaitons faire. Si nous prenons des mesures sur le plan budgétaire trop drastiques, nous risquons de casser cette croissance convalescence, cette croissance qui dépend beaucoup de l'environnement mondial. Il est incontestable qu'au premier semestre, ce qui s'est passé, ce qui était une bonne nouvelle sur le plan politique et démocratique dans le monde arabe, n'était pas une bonne nouvelle sur le plan économique, puisque des pays producteurs du pétrole ont fait monter les prix du fait de cette instabilité, de cette incertitude en Afrique du nord et qui a donc joué sur l'évolution mondiale de ces matières premières. Ce qui s'est passé naturellement au Japon, l'impact du séisme, tout le monde l'a déjà oublié, puisqu'on a la mémoire d'un poisson rouge et qui fait qu'on oublie des choses essentielles. Ca se lit aujourd'hui dans l'activité économique. Et puis les incertitudes sur l'instabilité de la zone Euro ont également contribué à ralentir un peu l'activité économique. Ca se passe aux Etats-Unis, ça se passe au Royaume Uni, ça se passe en France. On n'est pas une île.

Vous l'avez dit, vous êtes en train de travailler avec Valérie Pécresse en ce moment sur le budget 2012. Est-ce que vous allez tabler sur une croissance un peu plus faible pour 2012 que ce qui était prévu ?

Non, nous sommes en ligne, nous allons suivre naturellement les indicateurs dans les semaines qui viennent, mais nous sommes en ligne avec nos prévisions... confirmées aussi, je le rappelle, par l'OCDE qui nous place au-delà des 2% de ce que nous avions dit, et confirmé également par le FMI qui a salué notre stratégie et qui nous place lui-aussi en ligne avec ce qu'on a proposé.

Dans ce budget que vous êtes en train de travailler, vous l'avez dit, il y aura des mesures qui seront annoncées autour du 24 août, est-ce que vous réfléchissez notamment au taux réduit de TVA sur le bâtiment ou sur la restauration. C'est à dire les augmenter de 5.5 à 7-8% ?

Nous serons au rendez-vous des 5.7 que nous avions fixé pour la fin de l'exercice. 5.7, c'est le niveau de déficit par rapport à la richesse nationale. Je rappelle que nous avions anticipé ou réduit cet objectif puisqu'on devait être à 6%, C'est-à-dire que nous avons pris de l'avance par rapport au temps de passage que nous avions proposé. Nous avons dans le budget 2011, à la demande du Président de la république, soigneusement évité de toucher à des mesures qui impactent les plus fragiles d'entre nous ou qui impactent l'emploi. Ce qu'il faut, c'est malgré les tensions budgétaires et malgré cet exercice difficile de faire des économies sur les dépenses ne pas prendre des mesures qui seraient douloureuses, notamment pour les plus fragiles, et qui auraient des conséquences directes sur l'activité économique et sur la croissance.

Est-ce que ça veut dire quand même peut-être que des réformes qui sont prévues, par exemple la réforme de la dépendance, pourraient être repoussées de quelques mois, au-delà de la présidentielle ?

C'est très largement prématuré. La dépendance de toute façon, est un sujet qui est devant nous. C'est un sujet de société, c'est pas qu'un sujet économique. C'est un regard vis-à-vis de la dignité que représente l'avancement au compteur de la vie dans notre société, et c'est donc un devoir pour le gouvernement et pour la puissance publique de se mettre en situation de répondre à ces propositions. Donc il s'agit pas de dire aujourd'hui tel ou tel chiffre pour 2012, il s'agit de dire : de toute façon, on a un rendez-vous dépendance, et nous mettrons en place le dispositif pour lancer les mois et les années qui viennent.

François Baroin, quand on est ministre de l'économie de la France, que la France est attaquée par les spéculateurs en ce moment, est-ce qu'on arrive à dormir ?

Peu... parce qu'on travaille beaucoup, mais très bien parce qu'on est pas stressé.

Vous êtes pas stressé vous ?

Pas une seconde... Et je suis très confiant. Et je suis très confiant parce qu'on a des fondamentaux dans notre économie qui sont solides. Ils sont solides pourquoi ? Parce qu'on a une économie diversifiée, parce qu'on a un système bancaire qui est parmi les plus résistants au monde.

Mais attaqué en ce moment par la spéculation...

Mais attaqué par des rumeurs. La rumeur, c'est une vipère dans un nid de fougères. Elle siffle, elle vous mord. Vous avez entendu le sifflement, vous avez mal à la jambe. Elle est partie. Mais il reste le venin. Eh bien je salue la décision notamment des gendarmes de la bourse d'hier de mettre entre parenthèses ce qu'on appelle les ventes à découvert. Les ventes à découvert, c'est quoi ? C'est un élément spéculatif qui permet de faire beaucoup d'argent en peu de temps sur quelque chose qu'on ne possède pas. Et donc il faut certainement l'encadrer. Et puis nous devons tirer les leçons de cette crise ou de ces crises.

Enfin, si les rumeurs se développent, c'est aussi parce qu'il y a peut-être un doute chez les investisseurs, un doute dans les marchés financiers sur la capacité de la France à conserver sa note ?

Les investisseurs ne doivent avoir aucun doute sur la détermination du gouvernement à réduire nos déficits et notre dette, c'est incontestable, nous avons l'une des conséquences dans nos comptes de la crise de 2008-2009. En France, comme dans tous les autres pays. C'est le cas en Europe. C'est le cas aux Etats-Unis.

Aujourd'hui, le doute est sur la France, pas sur l'Allemagne par exemple.

L'Allemagne c'est le meilleur élève. Et l'Allemagne a un consensus politique depuis de nombreuses années, c'est le poids de son histoire également, qui fait qu'entre la gauche et la droite, la question ne se pose pas. Quand il y a de la croissance et qu'il y a des recettes supplémentaires, on affecte ces recettes à la réduction des déficits.

Vous voulez dire que ce n'est pas le cas en France ?

Je regrette, et naturellement, qu'on ait pas le même consensus. La main est toujours tendue naturellement vis-à-vis des socialistes français pour qu'ils nous accompagnent sur ce chemin de la responsabilité. Personne, aucun auditeur de RTL ne peut croire ce matin les discours de la rue de Solférino selon lesquels c'est le Président de la république ou le gouvernement qui sont responsables de ces déficits, puisqu'ils sont partout.

C'est tout le monde, en fait, depuis 30 ans.

Voilà, mais bien sûr. En plus, ils ont une responsabilité personnelle directe. Mais ça n'est pas à la hauteur de l'enjeu ni du sujet. Ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est que nos fondamentaux sont stables. Ce qui se lit aujourd'hui dans les statistiques de l'INSEE donne des directions intéressantes, notamment pour la consommation des ménages et pour le pouvoir d'achat du second semestre. Nous avons un premier semestre qui est au-dessus des Etats-Unis, au-dessus du Royaume-Uni. Nous avons un plan. Nous avons une stratégie. Nous avons des outils techniques qui fonctionnent. Nous avons également de la marge de manoeuvre. Je rappelle que la France est le pays qui a le taux de dépenses publiques par rapport à sa richesse nationale le plus élevé d'Europe. Nous avons les moyens de continuer à réduire les dépenses, sans que ça n'altère en profondeur le modèle social français et nous ne toucherons pas aux impôts. Il n'y aura pas d'augmentation de prélèvements obligatoires parce que justement nous avons ces marges de manoeuvres sur les dépenses, notamment de nature fiscale.

Qu'est ce qu'il faut attendre mardi de la réunion Merkel-Sarkozy à l'Elysée ? On a vu que ça avait eu un impact psychologique très fort hier sur les marchés, qui du coup sont repartis à la hausse au moment de l'annonce.

La conviction profonde du Président de la république et je crois le savoir de la chancelière allemande, c'est que de toute façon le statu-quo n'est plus possible. La zone Euro, c'est-à-dire des 17 qui partagent le bien commun qui est le plus précieux, qui est notre monnaie commune, et qui est un outil également au service du développement économique et donc au service de l'investissement et donc au service de l'emploi, doit être amélioré dans son fonctionnement. Il faut donc accélérer la réflexion sur les procédures de modification de gouvernance. De ce point de vue, les investisseurs là aussi ne doivent avoir aucun doute sur la détermination du couple franco-allemand à entraîner la zone Euro...

Parce qu'il y a eu un doute jusqu'à présent quand même, ces dernières semaines.

Toujours des doutes qui sont entretenus par des gens qui peuvent être mal intentionnés ou des gens qui veulent faire de l'argent. On parlait des attaques notamment des banques de ces deux derniers jours. Vous savez comment c'est parti ?

D'un article du Daily Mail...

Oui, mais l'article du Daily Mail, il est parti d'où ?

Il est parti d'une série d'été du Monde qui est une série romancée en réalité.

Voilà, le Monde a parfaitement le droit de faire une série romancée. Le journaliste de Daily Mail, paraît-il stagiaire, n'avait pas du tout à prendre la responsabilité dans un journal comme celui-ci de croire que la fiction du Monde était une réalité d'aujourd'hui. Et c'est comme ça qu'une très grande banque a perdu 15 points en l'espace d'un exercice. Donc soyons un peu plus sérieux. Gardons la tête froide, du recul par rapport à tout ça, et le message que nous adressons aux investisseurs qui font aussi le pari, et c'est pour ça aussi qu'il faut les respecter puissamment, d'investir sur notre pays et sur notre avenir, doivent être garantis qu'à la sortie de l'été, il y aura des propositions fortes du couple franco-allemand pour ce qui concerne la modernisation en profondeur de la gouvernance de la zone Euro. C'est ça l'enjeu et l'ordre du jour du rendez-vous Sarkozy-Merkel de la semaine prochaine.

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2011-08-12 16:02:00
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