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Bonus de bienvenue chez Sanofi : une pratique répandue aux États-Unis, mal comprise en France

DÉCRYPTAGE - La prime de bienvenue accordée au nouveau patron de Sanofi relance le débat sur les revenus des patrons des grandes entreprises.

Le logo de Sanofi le 25 septembre 2012 à Paris (archives)
Le logo de Sanofi le 25 septembre 2012 à Paris (archives) Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Après les "golden parachutes", voila désormais les "golden hellos", ou bonus de bienvenue, érigés en symbole de la démesure de la rémunération des dirigeants des grandes entreprises. L'annonce de l'octroi d'un bonus de 4 millions d'euros au nouveau patron du groupe pharmaceutique français Sanofi, Olivier Brandicourt, a fait sérieusement grincer des dents au sein du gouvernement. Sur RTL, son porte-parole Stéphane Le Foll a jugé "incompréhensible" le montant de cette indemnité qu'il estime "sans commune mesure". Sur BFMTV, la ministre de l'Écologie et numéro 3 du gouvernement Ségolène Royal a plaidé quant à elle pour "plus de décence", espérant que le nouveau patron de Sanofi renoncera à sa prime : "Ce serait un minimum", selon elle. 

Une compensation pour la perte de salaire consentie

Selon un document consultable sur le site internet de Sanofi, Olivier Brandicourt, dont la nomination a été annoncée jeudi dernier, bénéficiera d'une indemnité forfaitaire brute de 2 millions lors de sa prise de fonction à la direction générale du groupe le 2 avril prochain. Celui qui dirige actuellement les activités pharmaceutiques de l'Allemand Bayer profitera à nouveau d'une telle indemnité en janvier 2016 s'il est toujours en poste à ce moment-là. Sanofi explique que cette prime a été accordée à son nouveau directeur général "en contrepartie des avantages auxquels il a renoncé en quittant son précédent employeur"

La pratique d'accorder des primes d'accueil aux grands dirigeants d'entreprise est très répandue aux États-Unis et dans le monde de la finance, où on parle de "poignée de main en or" ("golden handshake"). En mai dernier, Apple avait ainsi versé 60 million d'euros en actions pour débaucher la reine du luxe Angela Ahrendts du groupe Burberry.

En 2012, le patron de la banque UBS Andrea Orcel avait reçu pas moins de 20 millions d'euros alors même que la Suisse venait de voter un encadrement de la rémunération des hauts dirigeants. La pratique n'est pas inédite en France, même si les indemnités sont moins conséquentes. En 2008, le prédécesseur d'Olivier Brandicourt, Chris Viehbacher, avait déjà eu droit à un cadeau de bienvenue de 2,2 millions d'euros. En 2009, le directeur financier de la banque Dexia avait reçu 500.000 euros. 

L'encadrement des salaires des patrons, un serpent de mer français

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Mais les "golden hellos" sont encore mal compris par l'opinion en France où l'encadrement des primes de départs ("parachutes dorés") accordées aux grands patrons fait figure d'arlésienne, même si les gouvernements successifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ne sont jamais parvenus à aller aussi loin qu'ils ne l'envisageaient lorsqu'ils étaient candidats à l'Élysée. 

La loi Tepa du 21 août 2007 prévoit ainsi que ces enveloppes fassent l'objet de conventions approuvées en conseil d'administration et en assemblée générale des actionnaires et qu'elles soient indexées sur des critères de performance. Un décret du 22 avril 2009, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2010, a temporairement interdit les retraites-chapeaux aux dirigeants d'entreprises aidées par l'État. En juillet 2012, le gouvernement a approuvé un décret qui plafonne à 400.000 euros la rémunération brute annuelle des dirigeants d'entreprises publiques, dont EDF, Areva, La Poste ou la SNCF. Mais il a abandonné l'idée d'encadrer les salaires des patrons du privé, comme l'avait pourtant promis François Hollande pendant la campagne présidentielle. 

Faute de réglementation, le gouvernement invoque donc la morale et l'autorégulation, à l'instar de Ségolène Royal ce lundi. "Ce qu'il faudrait, c'est un peu d'autodiscipline dans la décence des comportements", a-t-elle estimé, rappelant que "les médicaments sont remboursés par les Français, donc c'est finalement tous les Français qui paient la Sécurité sociale (...) qui vont payer les primes de bienvenue au patron de Sanofi". Même aveu d'impuissance chez Stéphane Le Foll : "Ça pourrait être dans la loi, mais le problème est que ces grandes entreprises sont internationales".

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