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Bernard Thibault : "La prime 'dividendes' ne répond pas au problème du pouvoir d'achat"

Le secrétaire général de la CGT répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. Bernard Thibault s'est interrogé sur "les motivations principales" de la commission d'enquête parlementaire sur le financement des organisations syndicales d'employeurs et de salariés, évoquant "un procès d'intention".

Bernard Thibault sur RTL le 7 février 2011
Bernard Thibault sur RTL le 7 février 2011 Crédit : RTL
Jean-Michel Aphatie et La rédaction numérique de RTL

Ecoutez aussi sur RTL.fr : La prime aux salariés en débat au Palais-Bourbon    

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Thibault.

Bernard Thibault : Bonjour.

Les députés discutent depuis hier de la prime de partage des dividendes obligatoires dans les entreprises de plus de ciqnuante salariés, facultative dans les entreprises de moins de 50 salariés. On note quelque chose d'extraordinaire, Bernard Thibault, la CGT est d'accord avec le Medef pour dire que la prime, ce n'est pas bien.

Oui, mais pas pour les mêmes raisons, vous savez bien.

Ah bon !

Les organisations patronales ne seront pas d'accord avec le principe même de verser quelque chose de plus aux salariés, qu'il s'agisse de primes, d'augmentation de salaire, bien évidemment. Donc dès lors qu'il s'agit de verser 1 euro supplémentaire sous quelque forme que ce soit, le patronat y est hostile.

Et vous, pourquoi vous y êtes hostile ?

Nous, nous y sommes hostiles parce que ça n'est pas la mesure appropriée face au mécontentement qui porte sur le pouvoir d'achat. Alors, sur cette affaire de prime, il y a beaucoup d'évolution depuis son annonce initiale. On a parlé de 1.000 euros, ce n'est plus 1.000 euros puisque les entreprises devront passer un accord avec les représentants des personnels. On pourra donc avoir, pourquoi pas, certaines situations où la prime sera peut-être de 50 euros, je ne sais pas ou 100 euros. Donc, il n'y a plus de somme de référence.

Mais on entend beaucoup de salariés - on les entend sur RTL, on les voit, on les lit ; les salariés d'entreprise. Ils disent : "C'est quand même pas mal l'idée !"

Oui, oui, oui, mais écoutez moi je vous propose qu'on en reparle à la fin de l'année. Et vous verrez le nombre d'auditeurs peut-être qui vous appeleront pour dire : mais moi je ne comprends pas ; j'avais cru comprendre à l'époque qu'il y avait une prime de 1.000 euros pour les salariés des entreprises. Alors, ça n'est pas pour tout le monde. C'est l'autre aspect très important qu'il faut dire aujourd'hui ; au point que personne, pas plus que le gouvernement que les représentants des organisations syndicales, ne peut dire au stade actuel combien de salariés sont suscpetibles d'être concernés par l'affaire de cette prime.

J'y ajoute que depuis, ce ne sera même pas forcément une prime en numéraire, ça pourra même être des actions distribuées aux salariés. Ce ne sera plus l'obligation d'une prime. Il n'y a donc plus de montant, il n'y a plus de personnels qui sont garantis ...

C'est électoraliste ?

C'est une posture très ambigue dans la mesure où le chef de l'Etat a, à la fois, encouragé un pacte européen qui prône l'austérité salariale en Europe, ce qui a valu une condamnation unanime de tous les syndicats européens réunis au congrès à Athènes, il y a quelques jours, qui génèrent d'ailleurs une initiative à Luxembourg en direction des parlementaires pour leur dire : "Non à l'austérité en Europe". Il y a la grève en Grèce compte tenu de la situation particulièrement dramatique du côté des salariés grecs, mais il n'y a pas que....

Cette austérité salariale forcément est contradictoire avec l'annonce d'une prime. Donc on a une annonce qui va générer beaucoup de déçus par rapport aux attentes et au mécontentement sur le Pouvoir d'achat. On a quand même un salarié sur deux aujourd'hui qui touche moins de 1.500 euros. Et plutôt que de revaloriser les salaires, d'avoir une mise à l'index des grilles de rémunération sur le Smic, près d'un quart des grilles de salaires aujourd'hui démarrent encore en-dessous du Smic. Ce qui n'est pas légal ; et c'est pourtant la réalité. Donc, on répond aux questions de pouvoir d'achat par une hypothétique prime qui est loin de correspondre aux nécessités.

Ca vous fait peur la situation en Grèce et l'éventualité de la faillite de l'Etat grec qu'on évoque aujourd'hui de plus en plus ?

Il y a la Grèce, il y a l'Espagne, il y a le Portugal, il y a beaucoup de pays, même la situation française n'est pas satisfaisante. Et quand nous  voyons...

... On n'évitera pas la rigueur ?

Non. Mais on y'est. On y'est dans la rigueur...

... Ca peut être pire !?

Et ça peut être pire. C'est pour ça que je reviens sur cette...

... Ce n'est pas une manifestation avec une baguette magique qui va nous sortir du problème.

Mais il y a une unanimité des syndicats d'Europe pour dire : ça n'est pas la voie par laquelle nous allons, en Europe, sortir de la crise...

Il y a une voie ?

... Que d'en appeler à des efforts et des restrictions  qui touchent principalement les salariés d'Europe quelque soit leur niveau de rémunération, la nature de leur convention collective, la qualité de leur code du travail. S'entendre dire, aujourd'hui, qu'en Pologne ou en Roumanie, le niveau des pensions ou des salaires est trop élevé, vous avouerez que c'est peu mobilisateur à l'idée de projet européen.

Il y a une information qui a l'air de vous laisser dubitatif, ce matin, Bernard Thibault. Sur RTL, on l'a développée dans le journal de 7h30, c'est Eric Vagnier qui le raconte : elle concerne la SNCF. Plus de huit mois sans préavis de grève nationale, il paraît que ça ne s'est pas vu depuis plus de dix ans à la SNCF, et aucune grève à venir au mois de juin, ce qui est très rare ?

C'est un regret de votre part ?

Non, c'est un constat. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Il se trouve que demain, il y a une manifestation nationale des cheminots à Paris.
 
Mais pas de grève ! Ca ne marche plus la grève à la SNCF ?!

Non... Pourquoi ça ne marche plus ? On ne peut pas, a priori, considérer que les grèves ne marchent pas par principe. Elles ne marchent pas forcément toutes. Moi je note qu'on évoque la question du pouvoir d'achat. Il y a une multiplication, aujourd'hui, de grèves sur la question de la revalorisation des salaires et c'est une bonne chose. Elles sont dans la plupart du temps unitaires sur le plan syndical et il n'y a pas d'autres moyens. Moi je réinsiste là-dessus pour tous ceux - et ils sont nombreux -, et nous partageons leur constat : mécontents sur les questions du salaire, de se mobiliser dans les entreprises pour obtenir d'autres négociations. Et il n'y a pas que la SNCF dans laquelle les personnels se mobilisent. Encore une fois, cette semaine, ce sera sous la forme d'une manifestation nationale et je ne pense pas que les usagers de la SNCF, a priori, se plaignent de ne pas avoir de grève dans la période.

On a peu commenté jusqu'à présent la décision de l'Assemblée nationale, à la demande du Nouveau Centre, d'une commission d'enquête parlementaire sur les syndicats. C'est le député centriste Nicolas Perruchot qui l'apporte. Il parle d'une "opacité" dans les syndicats. "Il est temps, dit-il, de faire la lumière sur ce sujet opaque". On sait combien gagne Nicolas Sarkozy ou Bernard Arnault ? On ne sait pas combien gagne Bernard Thibault ou François Chérèque ?

Eh bien c'est simple. Moi j'ai un salaire statutaire parce que je suis dégagé syndicalement d'une entreprise publique. Nous avons dans le Secteur public ce droit qui permet le détachement de permanents syndicaux, et j'ai donc une rémunération statutaire de l'ordre de 2.300 euros.

Pas besoin d'une commission d'enquête parlementaire ?

Il n'y a pas besoin d'une commission d'enquête. Il suffisait d'interroger le P-DG de la SNCF pour connaître la rémunération du secrétaire Général de la CGT...

C'est facile !...

... Mais je n'ose pas croire...

... 600 salariés détachés à la SNCF.


..... Je n'ose pas croire qu'on puisse mobiliser trente députés pour enquêter sur le financement des syndicats peu de mois après que le Parlement a déjà adopté une loi : la réforme en 2008, exigeant la transparence des comptes des syndicats ; et nous sommes maintenant soumis à livrer des comptes. Alors, moi...

C'est une déclaration de guerre ?

Je ne sais pas. Je ne connais pas les motivations principales de cette commission d'enquête. Ca suscite suspicion. Dès lors que des députés considèrent qu'il faut enquêter sur quelque chose, c'est-à-dire qu'il y a la suspicion de quelque chose de condamnable. Je pense que ça nous prépare un procès d'intention sur les sources de financement des syndicats. On va mettre à l'index sans doute les moyens publics dont bénéficient les syndicats, etc.

Moi je souhaiterais que cette commission d'enquête s'intéresse particulièrement à cette inégalité flagrante, cette injustice qui fait que pour les organisations patronales, les employeurs peuvent prélever les cotisations sur les ressources de l'entreprise alors que s'agissant des cotisations syndicales de salariés, ils prélèvent la cotisation sur leur propre salaire. Il y a là une inégalité dont j'aimerais bien que la commission d'enquête apporte des réponses nouvelles.

Allez ! Il y a du travail pour les députés ! Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, était l'invité de RTL ce matin.     
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