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Alba Ventura : "Les 50 milliards d'économie, une guerre de tranchées"

CHRONIQUE - Qui veut vraiment économiser 50 milliards ? Depuis la promesse exprimée par François Hollande, le gouvernement tergiverse, pas très décidé à présenter la douloureuse aux Français avant les élections.

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"Où sont donc passés les 50 milliards d'économie ?" Crédit Image : AFP | Crédit Média : RTL | Date :
Alba Ventura
Alba Ventura Journaliste RTL

François Hollande réunira à nouveau jeudi le conseil stratégique de la dépense. Il s'agit de trouver les fameux 50 milliards d'économies promis mi-janvier. Visiblement, l'accouchement est difficile. C'est le grand flou. François Hollande a fait cette annonce il y a deux mois. Et on n'a pas vu la queue du premier milliard économisé.

"Tendu"

On ne veut pas croire, bien sûr, que le président ait fait cette annonce sans savoir comment faire. On ne veut pas croire qu'il ait avancé ses pions, comme il reprochait à Nicolas Sarkozy de le faire, c'est-à-dire en se gardant l'effet d'annonce et en laissant les autres (le gouvernement) se dépatouiller avec les détails.

On ne veut pas le croire, parce qu'on nous dit que le président est très actif : déjà trois conseils stratégique de la dépense publique, sans compter les réunions secrètes, qui ne sont pas à l'agenda de l'Élysée. On nous dit qu'au gouvernement tout le monde est "tendu" vers cet objectif. Ce que l'on comprend, c'est qu'il est tendu tout court...

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Encore une fois, personne n'est d'accord sur la façon de faire. Michel Sapin, ministre du Travail, répète que "cette fois il ne suffira pas de limer les tuyaux de l'orgue, il faudra en supprimer". Réponse de l'autre côté de la Seine, à Bercy : "Sapin il est gentil, mais c'est pas de l'orgue qu'il joue, c'est du pipeau !" Bonjour l'ambiance.

"Double peine"

Pourquoi est-ce donc si difficile ? Parce que c'est le pire des moments pour annoncer une douloureuse. Vous imaginez annoncer des dotations en moins aux collectivités locales avant les municipales ? Vous imaginez, en pleine séquence électorale, dire qu'on va supprimer les allocations logement, ou que l'on va toucher à la politique familiale ?

Ensuite, le gouvernement sait bien qu'il ne peut pas se contenter de quelques coups de rabots par-ci par-là, ou de faire les fonds de tiroirs. Ça ne marche plus. Comme me le dit un autre ministre : ces 50 milliards, c'est la "double peine". 1 : ce n'est pas le moment. 2 : quand on dit qu'on va le faire, plus personne n'y croit, y compris dans la majorité.

Le résultat, c'est que ça laisse libre court à toutes les rumeurs. C'est comme cela qu'on a assisté à dix jours de pataquès sur le gel de l'avancement des carrières des fonctionnaires. Vrai ? Faux? On nous a dit "peut-être", puis "non". En fait, on s’aperçoit que certains ministres font fuiter les mesures qui ne les arrangent pas, pour obliger le premier ministre à démentir ce qui était effectivement à l'étude. Ces 50 milliards, c'est devenu une véritable guerre de tranchées !

Bruxelles n'est pas dupe

François Hollande s'était engagé dans cette affaire pour se donner de l'air. Souvenez-vous, on sortait d'une séquence épouvantable : la courbe du chômage pas inversée, l'affaire Dieudonné, sa vie privée, les sondages... Politiquement, c'était donc une bouée de sauvetage. François Hollande voulait afficher la couleur, pour faire mentir ses détracteurs : fermeté et responsabilité.

Mais ces 50 milliards, c'était surtout une façon de faire patienter Bruxelles. Parce qu'elle est là, la vraie pression : à Bruxelles. Sauf que l'Europe n'est pas dupe. À la Commission, on sait bien d'abord que 50 milliards (17 milliards par an), ce n'est pas ce qui va redresser les comptes de la France. Surtout, elle voit bien qu'on ne le fait pas. D'où le carton jaune de la semaine dernière. Humiliation : la France sous surveillance renforcée, comme les maillons faibles de la zone euro.

Avec prière de présenter de vraies économies le 15 avril. Voilà la date limite pour les 50 milliards. Et voila comment, pour avoir voulu se donner de l'air, pour avoir voulu gagner du temps, on se retrouve au pied du mur.

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2014-03-11 09:19:00
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