2 min de lecture Environnement

75% du miel mondial est toxique pour les abeilles

Des "découvertes alarmantes", selon un chercheur associé à la publication de l'étude, parue dans la revue "Science".

Des abeilles à l'entrée d'une ruche sur l'île d'Ouessant, dans le Finistère (illustration)
Des abeilles à l'entrée d'une ruche sur l'île d'Ouessant, dans le Finistère (illustration) Crédit : ZEPPELIN/SIPA
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy
et AFP

198 échantillons en provenance du monde entier. C'est la quantité de miel observée par une équipe de chercheurs de l'université de Neuchâtel en Suisse. Et le constat est sans appel : 75% de ces échantillons présentent la trace de néonicotinoïdes, pesticides controversés accusés d'entraîner le "syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles". Un phénomène qui se caractérise parfois par la disparition d'essaims entiers.

Sans les interdire totalement, l'Union européenne a restreint l'utilisation des néonicotinoïdes en 2013. Bien que la majeure partie des échantillons de miel aient été prélevées avant cette restriction, les quantités observées par les chercheurs restent tout de même inférieures cette limite, note l'équipe dans son étude.

Mais ces découvertes restent "alarmantes", estime Chris Connolly, expert en neurobiologie à l'université de Dundee, auteur d'un article accompagnant la publication de l'étude dans la revue Science. Il met en garde. "Les niveaux relevés sont suffisants pour affecter les fonctions cérébrales des abeilles et pourraient entraver leur habilité à trouver de la nourriture et à polliniser nos cultures et notre végétation".

Au moins un néonicotinoïde dans 75% des échantillons

Les scientifiques ont concentré leurs analyses sur les cinq types de néonicotinoïdes les plus utilisés: acétamipride, clothianidine, imidaclopride, thiaclopride et thiaméthoxame. Apparus au milieu des années 1990, ces pesticides dérivent de la structure chimique de la nicotine et s'attaquent au système nerveux des insectes. 

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Les abeilles, qui interviennent dans la pollinisation de plus de 90% des 107 plus importantes cultures sur Terre, en sont les premières victimes. "Au total, 75% de tous les échantillons de miel contenaient au moins un néonicotinoïde", selon l'étude. "Sur ces échantillons contaminés, 45% en contenaient au moins deux et 10% quatre ou cinq"

La fréquence de contamination la plus élevée a concerné les miels d'Amérique du Nord (89%), devant l'Asie (80%) et l'Europe (79%). L'Amérique du Sud a présenté la plus faible (57%). "Ces résultats suggèrent qu'une partie importante des pollinisateurs dans le monde sont probablement affectés par les néonicotinoïdes", relèvent les scientifiques. 

Une "grave préoccupation environnementale"

Les experts ont reconnu que ces découvertes n'étaient pas vraiment une surprise, estimant néanmoins que la menace représentée par ces substances devait être prise sérieusement. "Les niveaux relevés (jusqu'à 56 nanogrammes par gramme) se trouvent dans la fourchette bioactive ayant montré que cela affectait le comportement des abeilles et la santé des colonies", a commenté Jonathan Storkey, spécialiste des végétaux, qui n'a pas participé à l'étude. 

"Des scientifiques ont prouvé cette année que des niveaux inférieurs à 9 ng/g réduisaient la capacité reproductive des abeilles sauvages", a-t-il souligné. Selon lui, "l'accumulation des pesticides dans l'environnement et les concentrations retrouvées dans les ruches représentent une grave préoccupation environnementale et va probablement contribuer au déclin des pollinisateurs".  

Pour Felix Wackers, professeur à l'université de Lancaster et non impliqué dans l'étude, les niveaux d'exposition aux pesticides nocifs pourraient être bien supérieurs à ce qui peut être quantifié dans le miel. Cette étude "montre que les abeilles mellifères sont communément exposées à ce type de pesticides quand elles butinent du nectar contaminé aux néonicotinoïdes sur des cultures traitées ou des fleurs ayant été en contact avec des nuages d'étendage ou des résidus au sol", a-t-il relevé. 

Selon les Nations Unies, 40% des invertébrés pollinisateurs (en particulier abeilles et papillons) risquent une extinction à l'échelle mondiale.

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