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Ces femmes qui choisissent de ne plus avoir leurs règles

TÉMOIGNAGES - Certaines ne veulent plus souffrir, d'autres préfèrent s'émanciper d'une contrainte. D'autres, encore, veulent se défaire de ce qu'elles considèrent comme un prétendu symbole de féminité.

Ces femmes qui choisissent de ne plus avoir leurs règles
Ces femmes qui choisissent de ne plus avoir leurs règles Crédit : iStock
Charlie Vandekerkhove
Charlie Vandekerkhove
Journaliste RTL

"Ne plus avoir à subir les règles chaque mois est une vraie libération, surtout pour moi qui ne les voyais jamais venir." À 24 ans, Mar_Lard, de son nom de blogueuse et gameuse, fait partie de ces femmes qui ont choisi d'interrompre leurs règles. Une pratique encore peu répandue mais qui suscite de plus en plus de curiosité. "Certaines de mes patientes souhaitent arrêter, d'autres s'intéressent à la question", confirme Michèle Lachowsky, gynécologue à Paris et auteure du livre Un temps pour les Femmes. "C'est en tout cas un sujet brûlant !" explique la praticienne interrogée par RTL.fr et reconnue pour son écoute attentive des femmes qu'elle reçoit en consultation.

Mar_Lard, féministe revendiquée, a pris cette décision à l'âge de 19 ans, d'elle-même, et après s'être renseignée sur le sujet. "Je suis allée chez la gynéco avec ma mère et lui ai expliqué mon souhait de prendre la pilule en continu. Je pense qu'elle a d'abord cru que je voulais juste des plaquettes avec placebos (qui permettent de pallier les oublis, ndlr), car quand j'ai précisé que c'était pour arrêter les règles, elle s'est exclamée : 'Ah, mais vous voulez VRAIMENT la prendre en continu !' avec l'air étonné", raconte la jeune femme à RTL.fr.

On lui a alors prescrit de la Cérazette, une pilule progestative (sans œstrogènes) à prendre en continu et parfois prescrite aux femmes pour qui les œstrogènes sont contre-indiquées (les fumeuses, par exemple). Ce type de pilule est connu pour arrêter ou diminuer les règles de manière inconstante. Toujours est-il que dans le cas de Mar_Lard, cela a fonctionné mais elle est ensuite passée à une pilule avec œstrogènes, qu'elle prend en continu. D'une femme à l'autre, il existe plusieurs modalités qui permettent de stopper ses règles.

Trouver la méthode la mieux adaptée

"En fait il n'y a qu'un moyen d'arrêter les règles, c'est de mettre le cycle au repos", explique Martin Winckler à RTL.fr. Médecin et écrivain, il est l'auteur d'un ouvrage sur les règles et tient un site qui regorge d'informations sur le sujet et sur la contraception en général. "Cela peut être obtenu soiten prenant une pilule estroprogestative (avec progestatif ET œstrogène) en continu, soit en se faisant poser un implant, poursuit-il. Ou encore avec un stérilet hormonal, type Mirena, ou en prenant un progestatif seul, type Cérazette."

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Parmi ces différentes méthodes, certaines sont plus ou moins efficaces, et surtout, chacune doit trouver celle qui lui est le mieux adaptée. La prise de pilule en continu, ou de type Cérazette, ainsi que le stérilet hormonal, sont particulièrement adaptés aux femmes qui souffrent pendant leurs règles. "Dans le cas de celles qui ont une endométriose, l'arrêt des règles est même une précaution qui leur épargne beaucoup de souffrances et protège leur fertilité", indique Martin Winckler, qui précise aussi que la suspension du cycle protège contre les cancers de l'ovaire et de l'endomètre (intérieur de l'utérus). Selon lui, avoir ou non ses règles "n'apporte aucun bénéfice". 

"La mise en repos du cycle est systématique avec les deux premières méthodes. Moins souvent avec les deux autres, précise-t-il. L'arrêt des règles est également inconstant, mais elles sont souvent moins abondantes. Parfois, malheureusement, ça s'accompagne de 'spottings', de saignements peu abondants mais répétés, ce qui peut être fatigant et surtout fréquent avec l'implant".

Je commençais à vivre mes règles comme une terrible injustice.

Marella, 22 ans
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Pour Marella, 22 ans,c'est la douleur justement, qui a joué un rôle dans cette décision, au même titre que le féminisme. "Mes règles me rendaient hypersensible et jouaient beaucoup sur mon moral. Je n’avais envie de rien. J’avais aussi des spasmes douloureux au ventre et j’étais complètement mal sur le plan digestif", se souvient la jeune femme.

"Je sais qu’il existe des traitements pour les douleurs des règles mais, selon moi, cela renvoie à l’idée qu'elles sont une maladie, une chose contre laquelle on ne peut rien et pour laquelle il est normal de souffrir, ajoute Marella. Je commençais à vivre mes règles comme une terrible injustice. J’ai compris qu’il s’agissait d’un choix féministe et que (les) refuser, c’était aussi une manière de refuser une dépendance. Ce n’est pas rien, d’être “inapte” pendant quelques jours tous les mois". La jeune femme, qui prend la pilule en continu depuis ses 18 ans.

"Aujourd'hui, l'idéal, c'est de ne plus avoir ses règles. Le mode de vie des femmes a changé : on ne veut plus avoir mal, ne plus pouvoir faire l'amour pendant quelques jours, ne pas pouvoir mettre un pantalon blanc.. Les femmes ne veulent plus de ces inconvénients", analyse le Docteur Lachowsky.

"Symbole de féminité"

Selon elle, le tabou qui entoure l'arrêt des règles tend à disparaître. Elle parle même d'une "inversion" de tendance, par rapport au passé. "Vu mon grand âge, j’ai connu des femmes pour qui il était capital d’avoir ses règles !", précise-t-elle avec humour. "Avant, les règles étaient le gendarme qui disait que tout allait bien, qu’on n’était pas enceinte. Elles n’ont plus de valeur majeure aujourd’hui. Il y a une autre façon de considérer la féminité et cela ne passe plus par ce symbole."

Si pour certaines, interrompre ses règles relève de l'évidence ou fait son chemin peu à peu, ce n'est pas le cas pour toutes et les idées reçues qui accompagnent les règles, en faisant notamment un symbole de féminité, ont encore un poids considérable. "Pour moi ça n'a pas vraiment été un choix, raconte Sylvie, 56 ans. Je suis sous stérilet hormonal depuis 7 ou 8 ans car mes règles étaient trop abondantes, de vraies hémorragies, et certains jours du mois je ne pouvais plus rien gérer". Quand son médecin lui propose cette alternative, elle n'est "pas emballée". "J'avais peur de ne plus être une femme", explique-t-elle. Aujourd'hui, elle se sent complètement soulagée : "En fait c'est génial, je regrette de ne pas l'avoir fait plus tôt", confie Sylvie.

L'idée qu'arrêter les règles est "mauvais pour la santé" est une idée reçue.

Martin Winckler, médecin et écrivain
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Cécile a 40 ans, et milite au Planning familial. Malgré ce statut et les nombreuses informations dont elle dispose, elle confie avoir attendu 37 ans avant de savoir qu'on pouvait stopper ses règles et que les saignements sous pilule sont artificiels. Ils ont en effet été instaurés pour "rassurer" les femmes car les premières pilules étaient au départ faites pour être prises en permanence.

"Les gynécos ne parlent quasiment jamais de cette possibilité à leur patiente. On en entend même certains dire que ce n'est pas bon de prendre la pilule en continu", explique cette mère de famille qui a choisie d'être suivie par une sage-femme, "beaucoup plus a l'écoute et non jugeante", selon elle. "Mes amies me disent toutes qu'elles aimeraient ne plus avoir leurs règles, explique aussi Marella. Mais elles n'osent pas, elles ne sont pas sûres que ce soit vraiment sain, ni c'est dangereux... Il y a un vrai manque d’informations à ce sujet".

"Le fait que beaucoup de gynécos soient encore "frileux" est lié aux insuffisances de leur formation, qui n'a pas beaucoup évolué depuis 40 ans", analyse Martin Winckler. L'idée qu'arrêter les règles est 'mauvais pour la santé' est une idée reçue. Les femmes qui sont enceintes n'ont pas de règles... Et on sait à présent qu'à l'ère préhistorique, les femmes (qui étaient souvent en sous-poids) avaient leurs règles très peu souvent, juste assez pour se reproduire une fois ou deux, si elles ne mouraient pas en couches."

Association entre règles et fécondité

Dans un article publié sur son site, le médecin explique en détail que l'idée selon laquelle l'absence de règles serait dangereuse pour la santé vient de l'association entre règles et fécondité : "Une femme qui n’a pas de règles à intervalles réguliers (...) est souvent aussi une femme qui n’ovule pas régulièrement (pour avoir des règles, il faut avoir ovulé deux semaines avant, ndlr). Et dans l’esprit du public, moins l’ovulation est régulière, moins l’éventualité d’une grossesse est grande. En réalité c’est plus compliqué que ça". On peut très bien avoir ses règles régulièrement et connaître des difficultés à tomber enceinte ou, au contraire, ne pas avoir ses règles tous les mois et tomber enceinte facilement.

Avec des ami(e)s, des membres de la famille ou leurs partenaires, pour la majorité des femmes interrogées, il ne semble pas problématique d'évoquer cette question. Les blocages seraient davantage concentrés sur le milieu médical. "Ça ne m'est pas arrivé à moi mais un médecin a dit à une amie que si elle ne faisait pas de pause entre les plaquettes, le sang s'accumulerait dans son utérus et sortirait tout d'un coup quand elle arrêterait la pilule - ce qui est totalement faux", raconte Coralie. Cette étudiante de 23 ans explique s'être renseignée "seule" elle aussi, afin de mettre un terme à des règles extrêmement douloureuses, qui la clouaient au lit. Pour elle, ces difficultés à trouver des informations fiables relèvent d'un problème plus profond, "celui de la maîtrise des femmes sur leur propre corps."

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