1 min de lecture Chroniques

Bernard Thibault : "Le chef de l'Etat ne peut pas ne pas nous entendre" (en vidéo)

Avant de faire face aux auditeurs de RTL à 8h30, le secrétaire général du premier syndicat français CGT répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Bernard Thibault est, évidemment, revenu sur la mobilisation nationale autour du pouvoir d'achat et de l'emploi. "Je ne peux pas supposer que demain, ça soit la version : 'Je n'ai rien vu, je n'ai rien entendu, et j'ai rien à dire' ; ce n'est pas possible que le chef de l'Etat fasse ce choix", a prévenu le syndicaliste.

Jean-Michel Aphatie



Ecouter aussi :
- Bernard Thibault répond aux questions des auditeurs (vidéo)
- Le jeudi "noir" n'a pas tourné au chaos dans les transports
- Grève : les perturbations secteur par secteur
- Comment Nicolas Sarkozy appréhende-t-il cette crise ?

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Thibault.

Bernard Thibault : Bonjour

De l'avis général, la grève de ce 29 janvier devrait être très suivie. Quelle est parmi toutes celles que vous formulez, Bernard Thibault, la revendication que vous souhaiteriez voir aboutir et qui serait le signe du succès de votre journée de manifestations ?
   
Nos revendications, c'est d'en avoir qu'une : c'est de pouvoir remettre à plat, un diagnostic économique et social et la nature des mesures à prendre dans la situation de crise économique et sociale actuelle. C'est ça la demande.

Ouvrir les négociations...

En direction du gouvernement, du chef de l'Etat et des directions d'entreprise. Le texte qui est la base de cette nomination aujourd'hui est signé par tous les syndicats de notre pays. C'est aussi ce qui fait la force de cette journée, je crois, y compris par le message qui est adressé par l'unanimité des organisations syndicales. On a suffisamment dit, par le passé, et c'était justifié que le syndicalisme français se caractérisait par une énorme dispersion. Le fait que dans cette situation - sans précédent -, tous les syndicats de salariés se soient mis d'accord pour élaborer un texte qui aborde les questions de la situation économique, de l'emploi, des salaires, de l'investissement public, des services publics pour juger comme inéquitables, injustes les décisions qui ont été prises jusqu'à présent en défaveur des salariés, nécessite une certaine remise à plat.

Remettre à plat la déclaration commune que vous évoquez, dit : "donner la priorité au maintien des emplois dans un contexte de Crise économique, c'est le premier point. Et le deuxième politique salariale : améliorer le pouvoir d'achat". Le Président de la République était à Châteauroux, mardi, et il a dit : "Relancer la consommation dans cette période de crise, c'est comme mettre de l'eau sur le sable". 

Oui, eh bien si on n'accepte pas de réévaluer dans les mécanismes économiques, la part que l'on consacre à la reconnaissance du travail, il ne faut pas s'étonner qu'on restera enfermé dans une Crise économique et financière internationale et permanente.

Pour vous, relancer le pouvoir d'achat, c'est la clef ? C'est la réponse à la crise ?

Bien sûr. Toutes les organisations syndicales au monde qui l'ont dit, le 7 octobre, à propos de la défense du travail décent, ont condamné une mondialisation économique dont une des principales caractéristiques est de valoriser davantage les revenus du capital que les revenus du travail, eh bien, il faut aussi accepter si l'on veut refonder le capitalisme, ce n'est pas une formule de la CGT, c'est une formule du chef de l'Etat, d'accepter progressivement  de ne plus raisonner avec les mêmes paramètres, surtout que s'agissant du niveau des salaires, du niveau des retraites, je rappelerai qu'il n'est jamais le moment, le bon moment pour le gouvernement comme pour les directions d'entreprise d'en parler. Quand ça va bien, on ne peut pas en parler, on est dans une compétitivité internationale ; et alors à fortiori quand ça va mal, on ne peut pas en parler non plus.

C'est difficile ! Alors la question qui va vous être posée ce soir, Bernard Thibault, à vous, aux autres responsables syndicaux, c'est la question de la suite de ce mouvement. Brice Hortefeux, nouveau ministre des relations sociales, est cité dans le journal Le Monde d'aujourd'hui : "Beaucoup attendent de la manifestation pour se compter et mesurer le climat. Les syndicats eux mêmes, dit-il, n'ont pas de ligne définie". Il se trompe ?

Nous, on a un texte de référence ; enfin, je ne sais pas ce qu'il faut...

Non, pour la suite.

Je ne sais pas ce qu'il faut faire. Tantôt, on nous dit parfois : il y a des actions syndicales qui sont confuses, elles ne posent pas les problèmes, les revendications... On a un texte. On a un texte de référence. Un texte qui est public depuis un mois.

C'est votre texte. Ce n'est pas celui du gouvernement.Qu'est-ce que vous allez faire après ?

Ce n'est pas notre texte. C'est le texte de millions de salariés, soit qui arrêtent le travail (certains : une heure ; d'autres : une demi-journée ; parfois : toute la journée) et de centaines de milliers qui vont manifester aujourd'hui. Ce n'est pas que le texte des dirigeants syndicaux.

Mais qu'est-ce que vous allez faire après cette journée ? Il y aura sans doute beaucoup de monde dans les rues. Qu'est-ce que vous allez faire ?

Eh bien, on va être très attentif à ce que va dire le gouvernement sur cette situation. Très attentif à ce que vont dire les employeurs.

Il pourrait y avoir d'autres manifestations ?

Nous l'avons dit : il y a un autre rendez-vous de prévu entre tous les syndicats, lundi soir. Nous allons évaluer ce qui se sera passé cette journée. Nous allons, nous aussi, comme je l'espère le gouvernement va le faire, apprécier ce qui va se passer aujourd'hui, le degré de mobilisation, la diversité de ceux qui se mobilisent aujourd'hui. Je peux dire vues les indications que nous avons, qu'il y aura des salariés qui vont manifester pour la première fois, aujourd'hui...

Vous dites ça tout le temps !

Oui.

Eh bien oui, il y en a toujours qui manifestent pour la première fois ?

D'accord. Mais enfin, y compris des salariés qui auraient pu avoir depuis qu'ils travaillent, bien d'autres occasions mais qui, cette fois-ci, disent : non, ce n'est pas possible qu'on continue comme ça. Il faut que l'on accepte de débattre d'une situation de manière contradictoire, y compris sur les remèdes que se propose de mettre en oeuvre notre pays. Moi je ne peux pas supposer que demain, ça soit la version "je n'ai rien vu", "j'ai rien entendu" et "j'ai rien à dire" de la part du chef de l'Etat. Ce n'est pas possible de faire ce choix-là.

On écoutera les réponses ce soir.

Vous vous êtes beaucoup exprimé avant cette manifestation, Bernard Thibault, pour en expliquer les buts. Et à chaque fois, ou souvent, des journalistes vous interrogent sur le syndicat SUD qui fait une irruption comme ça sur la scène syndicale. Est-ce que ça vous agace, Bernard Thibault ?

Je trouve que c'est une performance assez extraordinaire (je suis un peu jaloux, d'ailleurs. Je ne vous le cache pas)

Ah voyez ! j'ai bien fait de vous poser la question, alors ?

Je ne vous cache pas qu'une organisation syndicale qui obtienne 4% des voix aux élections prud'hommales ait une telle couverture médiatique. Donc, je trouve qu'il y a là une promotion...

Vous suggérez quoi ?

... Non, je parle de promotion...

... des journalistes ?
   
Si proportionnellement, avec les 34% que la CGT a obtenu aux élections prud'hommales, un gain de 2%, nous avions proportionnellement les mêmes espaces médiatiques, je ne vais pas vous en faire le reproche, je suis votre invité ce matin, vous contribuez quand même à ce que la voix de la CGT puisse être diffusée dans le pays. Mais je considère qu'à la fois certains responsables politiques, certains observateurs et commentateurs accordent une place disproportionnée par rapport à l'influence réelle. Il y a un pluralisme syndical. Chacun doit être apprécié au regard de sa représentativité mais je sens bien qu'il y a là une séquence, oui qui contribue à une certaine promotion partisane.

Ce sont des syndicalistes "irresponsables", a dit le chef de l'Etat à propos de ceux de SUD.

Oui mais c'est pas la première fois...

Vous partagez son jugement ?

C'est pas la première fois que le chef de l'Etat a une sortie un peu déplacée. Il a dit aussi, en d'autres temps : "En France, c'est terminé, il n'y a plus de grève visible" ! Bon, eh bien voilà encore une autre formule qui est trop en décalage avec la réalité.

Donc, vous ne partagez pas son jugement...

C'est un jugement qui appartient au chef de l'Etat.

D'un mot, quelle opinion avez-vous des grèves de 59 minutes que mène SUD dans certaines gares, notamment la gare Saint Lazare, il y a quinze jours ?

Il va y avoir des grèves d'une heure dans certaines entreprises du privé aujourd'hui. Il y en a aussi dans différentes activités du secteur public.

Vous trouvez ça normal ?

Ce que je trouve curieux, c'est qu'on va finir par des raisonnements à la noix... (pardonnez-moi l'expression), à regretter que les salariés fassent des arrêts de travail d'une heure et qu'il va falloir trouver des modalités pour qu'à l'avenir, s'ils arrêtent le travail, il faut qu'ils l'arrêtent toute la journée, je trouve que c'est quand même assez contradictoire.

8h30, vous dialoguerez avec les auditeurs de RTL. Peut-être certains vous reprocheront-ils les blocages, on verra bien.

Lire la suite
Chroniques L'invité de RTL Social
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
3237914
Bernard Thibault : "Le chef de l'Etat ne peut pas ne pas nous entendre" (en vidéo)
Bernard Thibault : "Le chef de l'Etat ne peut pas ne pas nous entendre" (en vidéo)
Avant de faire face aux auditeurs de RTL à 8h30, le secrétaire général du premier syndicat français CGT répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Bernard Thibault est, évidemment, revenu sur la mobilisation nationale autour du pouvoir d'achat et de l'emploi. "Je ne peux pas supposer que demain, ça soit la version : 'Je n'ai rien vu, je n'ai rien entendu, et j'ai rien à dire' ; ce n'est pas possible que le chef de l'Etat fasse ce choix", a prévenu le syndicaliste.
https://www.rtl.fr/actu/bernard-thibault-le-chef-de-l-etat-ne-peut-pas-ne-pas-nous-entendre-en-video-3237914
2009-01-29 07:50:00