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Bernard Thibault : "J'espère beaucoup plus d'un million de salariés dans la rue le 24 juin"

Le secrétaire général de la CGT répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. "Maintenant cela va dépendre de chacun", a lancé Bernard Thibault en appelant à être "beaucoup plus d'un million" à manifester le 24 juin pour "créer l'événement" et faire obstacle à la réforme des retraites. Il a appelé les syndicats FO et CFE-CGC à "jouer collectif" et à rejoindre le mouvement. La journée d'action de jeudi est appelée par l'intersyndicale CFDT-CGT-FSU-Solidaires-Unsa et la CFTC a prévu d'y participer.

Jean-Michel Aphatie
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Journaliste RTL

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Thibault.

Bernard Thibault : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Tout le monde se pose la question ce matin. Pourquoi l'équipe de France est-elle aussi nulle ? Votre réponse, Bernard Thibault.

Je ne sais pas, je ne suis pas un spécialiste, un technicien de ce jeu. Le résultat est, à mon avis, tout à fait logique. Mon avis, ça me semble évident, les joueurs n'ont pas montré une envie et pas de jeu collectif au football. C'est quand même un peu gênant quand on ne joue pas collectif. Donc, à partir du moment où ces deux ingrédients là étaient réunis, le résultat me semble logique.

La faute à Domenech ? La faute aux joueurs ?

Ca, je laisse les spécialistes du sujet s'exprimer sur ce point.

Vous avez raison. Allez-vous proposer, Bernard Thibault, quelques amendements au projet de réforme des retraites, présenté jeudi par Eric Woerth ?

On n'est pas du tout sur une approche en termes d'amendement. L'intersyndicale, qui s'est réunie de nouveau hier, a dégagé un diagnostic partagé quant à l'appréciation sur cette réforme, pour la qualifier d'inacceptable, d'injuste, de comptable. On n'est pas du tout sur le débat concernant l'avenir des retraites dans notre pays. On est sur une option politique, qui consiste à répondre à l'injonction des marchés financiers et des agences de notation.

Il faut, d'abord et principalement, faire des économies sur les retraites à verser à l'avenir, d'où les choix politiques du Président de la République. On bouge l'âge de départ en retraite et on va diminuer le taux de remplacement progressivement. On versera les retraites plus tard et on les versera dans des proportions moins importantes qu'avec les règles antérieures.

Donc, pas d'amendement, pas de discussion. Vous demandez quoi, le rejet ? le retrait ?

Il faut d'autres mesures concernant l'avenir de nos retraites que celle-ci. Alors, la technique, parce que tout ne dépend pas d'un seul texte de loi. On parle d'une loi sur les retraites. Il y a des dispositions qui peuvent dépendre du projet de loi de la Sécurité sociale, il y a des dispositions qui peuvent être sous forme de décrets - ça a déjà été le cas par le passé, monsieur Balladur par exemple -, mais il ne faut pas que cette réforme soit adoptée et rentre dans la vie. C'est ça l'objectif n°1 maintenant.

Donc, votre objectif, c'est que le Parlement ne vote pas ce texte imposé par la rigueur ?

Il faut créer les conditions par la mobilisation et le rendez-vous du 24 juin a cette importance. Il faut que créions l'événement le 24 juin. Il faut que les salariés, qui sont très largement mécontents et très largement critiques, l'expriment. Il y a un rendez-vous maintenant pour chacun. Il ne suffit pas de demander aux syndicats d'être exigeants, ils le sont. Maintenant, ça va dépendre de la mobilisation de chacun. L'événement, c'est le degré de mobilisation, le 24. Il faut que, massivement, les salariés disent "non, nous ne sommes pas d'accord !".

Vous disiez que, fin mai, vous étiez un million dans la rue.

Oui.

C'était le chiffre, l'événement, donc ça suppose plus d'un million.

Oui, et le plus possible, mais plus d'un million, évidemment, beaucoup plus d'un million. Non, je ne veux pas donner de chiffre, je ne vais pas donner de chiffre, mais plus d'un million, c'est évident. Il faut qu'on crée l'événement. Il faut que le chef de l'Etat perçoive qu'ils ne sont pas d'accord. Il y a le conseil des ministres le 13 juillet. Ce n'est pas un acte de grand courage politique que de faire adopter un projet de loi en conseil des ministres un 13 juillet, alors qu'on dit qu'on est sur un débat de société et que c'est pour le bien des Français ! Pourquoi on choisit le 13 juillet ?

Ca fait une semaine qu'on en discute. Ca aurait été le 7 juillet, ça aurait changé les choses ?

On n'en discute pas ouvertement. De ce point de vue là, il y a eu des simulacres de concertation. Le chef de l'Etat avait déjà son opinion avant même d'engager le dialogue avec les organisations syndicales.

Vous avez le sentiment d'avoir été trompés ?

Non, on n'a pas été trompé.

Manipulés ?

Non, non. On est dans une communication politique, on aménage des espaces où on permet aux organisations syndicales de venir exprimer leurs propres points de vues, mais on a déjà arrêté les principaux arbitrages politiques avant même d'entendre les organisations syndicales, parce que, ce qui compte le plus encore une fois, ce n'est pas ce que nous avons à dire en tant que représentants des salariés, c'est ce que disent les marchés financiers et les agences de notation.

Donc, un événement, le 24 juin. Sans doute le mot sera-t-il aujourd'hui le mot du jour. Vous pensez, vous espérez, vous souhaitez, vous appelez FO à vous rejoindre dans cette manifestation du 24 juin, Bernard Thibault ?

Evidemment. Je vous disais tout à l'heure qu'un des motifs d'échec pour l'équipe de France, c'est de ne pas avoir joué collectif. Il faut savoir jouer collectif sur le terrain syndical et nous l'avons dit dans le texte d'hier. Nous pouvons, entre les syndicats, avoir des propositions différentes à formuler sur l'avenir des retraites, mais aujourd'hui, ce n'est pas ça qui compte, ce n'est pas ça l'important. C'est que nous sommes tous en désaccord avec ce projet et la logique de cette réforme.

Il faut donc que nous réunissions nos forces, quelles que soient les différences que nous pouvons avoir par ailleurs sur les propositions à formuler. Maintenant, ce qui est sur la table, c'est le projet du gouvernement. La question est de savoir si ce projet va aller à terme ou pas, et, encore une fois, en réunissant toutes nos forces syndicales, nous pouvons donner confiance dans la capacité des salariés à empêcher cette réforme.

Si, au bout du compte, selon votre espoir, cet automne par exemple, ce texte était retiré, ce serait une crise politique - mais ça, on s'en remet toujours...

Oui, mais...

Oui, ça on s'en remet.

Ca, ce n'est pas la première fois qu'un gouvernement... Et un gouvernement ne tombe pas forcément parce qu'un de ses projets n'arrive pas au bout.

Alors, crise politique, on s'en remet toujours, c'est ce que je disais... Peut-être aussi une crise financière puisque, vous le disiez, les agences de notation regardent tout cela. Est-ce que vous évaluez ce risque, Bernard Thibault ?

Oui, mais alors, discutons-en. Pour le réformateur du capitalisme mondial qu'est le Président de la République, je m'étonne qu'il soit aux ordres, quelque part, de ces agences de notation, puisqu'il nous a expliqué en long, en large et en travers...

C'est sa seule motivation ? Il n'y a pas des problèmes financiers qui justifient une réforme des retraites ?

C'est la principale. Oui mais, en même temps, cette réforme là, elle ne règle pas la question sur le long terme. Il y a d'ailleurs un rendez-vous de prévu en 2018, justement pour en remettre une couche. On franchit la barre, on abandonne le droit au départ, une des dernières libertés qui restent aux salariés de pouvoir choisir de partir en retraite à 60 ans, en repoussant à 62. On repousse aussi les 65 ans, l'âge de départ à taux plein, pour les 67 ans, ce qui va être, notamment pour les femmes au travail, particulièrement néfaste.

Vous ne doutez pas, vous l'avez dit comme ça, que la principale motivation du Président de la République et du gouvernement, c'est la satisfaction des agences de notation ?

Evidemment. D'ailleurs, pourquoi il y a eu, et certains journalistes s'en sont fait écho, le matin même de la présentation du projet de loi par le ministre du Travail en conférence de presse pour présenter cette réforme, pourquoi il y a eu, parallèlement, un briefing, on dit "off" dans le milieu journalistique, mais vous savez sans doute de quoi il s'agit, à Bercy, de la part de la ministre de l'Economie, qui a dit combien cette réforme allait être "un acte politique très important à l'égard des marchés financiers", de nature à consolider la note qui caractérise la qualité du pays pour les emprunts internationaux.

Les responsables de gauche assurent que si l'un des leurs arrive à la Présidence de la République en 2012, ils remettront la retraite à 60 ans. Vous y croyez, Bernard Thibault ?

Ecoutez, la meilleure des garanties, pour lever toute incertitude quant à cette perspective, c'est de faire en sorte déjà de conserver ce droit au départ à 60 ans.

Mais si vous n'arrivez pas à le conserver, vous y croyez à la promesse ?

A chaque jour suffit sa peine. Pour l'instant, nous sommes encore dans la séquence où nous pouvons empêcher ce projet d'arriver à son terme et encore une fois, ça va dépendre du degré de mobilisation de chacun. Moi, j'appelle vraiment tous les salariés, quelle que soit leur profession, quel que soit leur âge. Je rappelle que tous ceux, qui ne seront pas partis en retraite au 1er juillet de l'année prochaine, devront travailler, si cette réforme passe, devront travailler plus longtemps que ce qui était initialement prévu.

Donc, un événement, le 24 juin, on va retenir le mot, Bernard Thibault. Je voudrais juste vous faire commenter un dernier fait d'actualité, parce que ça passe et puis on oublie. Le secrétaire d'Etat Christian Blanc, a fait payer sa consommation de cigares par son ministère. Ca vous choque ?

Oui, oui, évidemment, évidemment.

Et il est toujours secrétaire d'Etat. Ca vous choque aussi ?

Oui, mais ça, je pense que dans tous ceux qui prônent l'effort, la rigueur auprès de nos concitoyens, en un domaine ils ne montrent pas l'exemple et vous le savez, ça suscite de plus en plus de critiques, de polémiques sur l'écart qui existe entre ceux qui sont en poste de décider et ce que vivent concrètement au quotidien les salariés. Donc, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait un tel décalage entre les attentes sociales et la nature des décisions qui sont aujourd'hui sur la table.

Bernard Thibault, organisateur d'événement, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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2010-06-18 07:52:00