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Bernard Thibault : "Halte aux slogans incantatoires à la grève !"

Le secrétaire général de la CGT répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. Bernard Thibault a espéré que la mobilisation contre la réforme des retraites, jeudi, serait au moins aussi importante que lors de la précédente journée d'action. Selon le dirigeant syndical, à trois jours du but, "il y a plutôt de bonnes indications" sur la mobilisation. "Contrairement à ce que pense le gouvernement, le vote à l'Assemblée nationale ne va pas provoquer un effet dissuasif par rapport à la mobilisation: le sujet est trop important", a-t-il ajouté. Si la journée de mobilisation est réussie, "j'imagine tout y compris de la part du chef de l'Etat qu'il réexamine l'avenir des retraites en maintenant le droit au départ à 60 ans", a souligné Bernard Thibault.

Bernard Thibault sur RTL le 20 septembre 2010
Bernard Thibault sur RTL le 20 septembre 2010 Crédit : La rédaction de RTL
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- Bernard Thibault répond aux auditeurs de RTL


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Thibault.

Bernard Thibault : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Jeudi aura lieu la prochaine journée de contestation des retraites, de la réforme des retraites, vous en êtes le principal organisateur, de la journée de contestation. Le 7 septembre, qui était la précédente journée, entre 2,5 millions et 3 millions de personnes avaient défilé dans les rues. Pensez-vous que jeudi, il y en aura autant, ou plus ?

Parmi les principaux, disons. Il faut parvenir à ce qu'il y en ait au moins autant. C'est l'objectif, je ne le cache pas. Y arriverons-nous ? Nous verrons bien. Mais c'est l'objectif.

Dans les préparations, dans les perceptions que vous avez... ?

Il y a plutôt de bonnes indications. Il y a même de nouvelles inscriptions, et c'est heureux. Car contrairement à ce que pense le gouvernement, le vote à l'Assemblée nationale ne va pas provoquer un effet dissuasif par rapport à la nécessité de se mobiliser. Le sujet est trop important. Je crois que nous sommes parvenus depuis quelques mois, dans cette unité syndicale, à imposer à ce que le débat sur l'avenir des retraites s'impose dans le pays. Le gouvernement nous l'a refusé. Ca fait partie d'ailleurs, des critiques que formulent une grande majorité des salariés. Une réforme dont les principaux marqueurs sont imposés. Ils ne sont pas partagés, soient contestés : report des âges de retraite (60/62 ans, 65/67 ans).

Mais surtout, le gouvernement a refusé d'examiner des alternatives à son choix. Donc, à la fois le mécontentement provoqué par les mesures phares de cette réforme et le fait qu'il se soit conduit de manière très autoritaire, est en train de faire croître la colère. Le tout étant qu'elle s'exprime. Nous avons plusieurs enquêtes, elle sont parues ces derniers temps, il y a un soutien majoritaire à ce que défendent les syndicats, il y a plutôt une sympathie par rapport à ce mouvement. Ce qu'il faut que nous obtenions jeudi, c'est pas simplement de la sympathie, c'est une participation.

Si il y a beaucoup de monde jeudi, on imagine pas le gouvernement retirer son projet de loi ou le modifier de lui-même !

Moi j'imagine tout. Ca fait des mois qu'on nous dit, qu'on cherche à convaincre...

Ca veut dire quoi "tout" ? Retrait du projet ?

Y compris d'obtenir de la part du chef de l'Etat qu'il réexamine l'avenir de retraite, en maintenant le droit au départ à 60 ans.

Qu'est ce qui vous fait penser qu'il pourrait revenir sur...?

Ce qui me fait penser, c'est le monde susceptible de se mobiliser aujourd'hui..

Et aucun élément venant du gouvernement....

Ah non, je ne vous ai pas dit qu'il y avait des signes qui pouvaient, pour l'instant, laisser entendre que le chef de l'Etat serait prêt à revoir cette affaire. Mais c'est la raison pour laquelle nous organisons la journée de jeudi. Et je le redis encore une fois, tous ceux qui sont mécontents, et fortement mécontents dans cette affaire, tous ceux qui se sont adressés à leurs élus, à leurs députés, qui n'en n'auront fait qu'à leur tête, plus exactement à la tête du président, car vous avez remarqué qu'ils avaient été convoqués. C'est le président maintenant qui rédige précisément les lois. Comme ces derniers jours, convoquer les sénateurs. Non, je l'évoque, parce que ça finit par poser un gros problème dans le fonctionnement de nos institutions.

Il a convoqué les sénateurs, c'est vous qui le dites...

Les représentants de la majorité sénatoriale...

Qu'il leur ait demandé de passer boire un verre à l'Elysée, ce n'est pas la première fois que ça produit... Ca se produisait avant aussi.

Oui, il y a plusieurs formes de convocation, et joindre un verre pourquoi pas pour la forme.

Et les sénateurs sont prêts visiblement à étudier quelques amendements, notamment la possibilité réservée aux femmes qui ont eu trois enfants, de partir à 65 ans. C'est une idée qui vous parait bonne et suffisante ?

Et bien, c'est surtout une idée qui laisse apparaître que cette réforme ne passera pas en l'état. Pour que le chef de l'Etat incite les sénateurs à réfléchir et à améliorer un texte dont on nous a dit à l'Assemblée nationale, qu'il était "excellent". C'est bien pour moi quelque part, la démonstration que c'est en train de chauffer dans le pays à propos de ce projet, et que le chef de l'Etat a conscience que ça ne passera pas en l'état.

Vous pensez qu'il commence à avoir peur ?

Je pense qu'il est beaucoup plus inquiet qu'il n'y parait. Le tout étant d'obtenir pour ce qui nous concerne, une autre réforme des retraites qui assure un financement pérenne, sur des bases beaucoup plus justes et qui ne remette pas en cause ce droit, qui est tout, sauf un symbole, comme il a été qualifié par le passé : ce droit au départ à la retraite à 60 ans.

Des dirigeants socialistes, Ségolène Royal notamment, qu'évoquait Alain Duhamel, réclament un référendum sur les retraites. Vous pourriez soutenir cette proposition ?

Non, nous n'y sommes pas favorables, pour une raison simple : il s'agit de l'avenir du système de retraite des salariés, et même si nous avons regretté, nous le disons qu'il n'y ait pas eu un débat national qui engage l'ensemble du pays sur ce sujet là, nous ne pouvons pas à l'occasion d'un référendum reconnaître le même pouvoir d'intervention sur ce qui serait décidé sur ce sujet, pour un chef d'entreprise, comme pour un salarié. Pour un retraité, comme pour un actif. J'entends par exemple, qu'un certain nombre de retraités ne voient pas d'inconvénients à ce que les jeunes générations travaillent plus longtemps que ce que eux, ont pu effectuer comme carrière professionnelle. Je peux entendre leurs remarques, mais en même temps je suis bien obligé de remarquer, que pour certains d'entre eux, ils sont retraités et que là, il s'agit de mesures s'appliquant aux actifs.

Pourquoi ne pas soumettre le projet de loi du gouvernement au référendum après tout ? Ca serait classé, on saurait ce que veulent les gens.

Déjà le 7 septembre, à notre manière nous avons fait un référendum : 2,7 millions à 3 millions de personnes dans les rues, c'est une forme de référendum.

Permettez aux citoyens de s'exprimer à ce moment-là. Qu'est-ce qui vous retient ? J'entends que vous n'y êtes pas favorable. Mais pourquoi ne pas demander, voilà on soumet ça aux citoyens puisque ça concerne tout le monde.

Les salariés ont les syndicats pour représenter et défendre leurs intérêts, et les initiatives telles que celle de jeudi, permettent aux salariés d'intervenir. Maintenant je ne retiens pas le même pouvoir d'opinion d'un chef d'entreprise, d'un artisan, d'un notaire, d'un avocat à propos du système de retraites des salariés.Les avocats ou les médecins n'accepterons pas que les salariés sur le régime social applicable aux professions libérales. Ce référendum faisons le jeudi. Faisons ce référendum jeudi à l'occasion des grèves et des manifestations.

Pourriez vous donner un mot d'ordre de grève générale après la journée de jeudi, si de votre point de vue elle est réussie ?

Vous savez bien qu'il y a dans le milieu syndical, certaines organisations qui en font une rhétorique. Force Ouvrière a même organisé sa grève générale le 15 juin. Ca n'a pas marqué les esprits, et pour cause. Nous nous ne faisons pas dans le slogan. Je pense qu'à partir de jeudi, il y a un certain nombre des cas d'entreprises, parce que nous souhaitons qu'à partir de jeudi, il y ait aussi des assemblée du personnel, chacun connaît le calendrier. Le gouvernement, le chef de l'Etat, a voulu nous prendre, comment dire, de vitesse avec le calendrier qu'il a retenu. Chacun sait que cette loi va être mise maintenant à l'examen du Sénat et que les choses peuvent se conclure fin octobre. Et nous discutons donc, à la fois de la réussite de la journée de jeudi, et des initiatives qui peuvent s'en suivre.

Mais pas de grève générale...

Pas d'appels incantatoires, comme d'autres l'ont lancé, ou comme ils le diffusent parfois dans certaines entreprises, où ils ne sont même plus représentatifs. Donc nous ne sommes pas dans le slogan syndical. Nous sommes à un moment important où se jouent l'avenir d'un pan crucial pour les droits sociaux de notre pays, les formes pour défendre ce droit social là, sont arrêtées avec les personnels. Ca ne sert à rien d'avoir les slogans, dans lesquels les personnels, les salariés ne sont pas prêts à s'impliquer.

Pas de slogans, mais des questions... Celles des auditeurs de Bernard Thibault à partir de 8h30...

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