1 min de lecture Ingrid Betancourt

Bernard Kouchner : "Sans aucun doute, c'est une victoire pour Uribe"

Depuis la Colombie, Bernard Kouchner est revenu sur RTL sur la libération d'Ingrid Bétancourt. "Elle est rayonnante et infatigable" a commenté le ministre des Affaires étrangères. Sur les conditions de sa libération, il reconnaît qu'il s'agit "sans aucun doute d'une victoire pour Uribe", le président colombien. "Mais ce n'est pas une défaite pour d'autres qui ont participé à cette libération" a-t-il ajouté. "Notre mérite a été d'attirer d'abord l'attention sur ce qui était une affaire interne colombienne" déclare le ministre sur RTL.

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL

L'invité de Jean Michel Aphatie :
Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères

Bonsoir Bernard Kouchner
Bonsoir Monsieur Aphatie ...

Donc, vous êtes à Bogota. Vous avez vu Ingrid Bétancourt. Comment va-t-elle ?

Elle est rayonnante. Elle est émouvante. Elle est infatigable. C'était un vrai bonheur de voir ses enfants se précipiter à son cou, et j'étais évidemment très ému, et nous étions tous dans l'irréalité. Malgré nos efforts, malgré cette espèce d'obstination qu'on nous a parfois reprochée, malgré l'engagement formidable de Nicolas Sarkozy, est-ce qu'on y croyait vraiment ? Enfin là, c'était formidable. Elle est forte. Elle est, après cette épreuve incroyable quand même - 7 ans dans la jungle - elle était merveilleuse et elle est là.

Elle a une force extraordinaire ?

Elle a une force et elle a une présence, même muette. C'est un mystère.

Vous revenez avec elle, donc à Paris. Vous serez accueilli à Villacoublay à 16 heures. Le Président de la république sera là. Elle entend passer plusieurs jours à Paris ?

Ecoutez, je pense mais c'est à elle de répondre. Je pense qu'elle veut  passer un peu de temps avec sa famille et qu'elle veut aussi faire le net de cette terrible séquestration dont je connais quelques éléments. Je sais qu'elle a été plus que résistante. Elle a été le symbole de la résistance parmi ce groupe d'otages.

Elle vous a parlé de sa détention ? Des conditions de sa détention ?

Un petit peu mais franchement, moi je suis à ses côtés ; et je pense que je représente un engagement de la France et je suis son ami.

Vous avez eu l'occasion, Bernard Kouchner, de parler avec le Président colombien, Alvaro Uribe.
Oui.
Il est au fond le grand vainqueur dans cette histoire parce que lui n'était pas favorable ni à des concessions, ni à un véritable dialogue avec les FARC ; et c'est l'action militaire qui a permis la libération d'Ingrid Bétancourt !

On peut dire ça comme ça, oui. Lui que je ne crois pas être un tyran, il a dû faire preuve dans un pays où on ne pouvait pas sortir dans la rue, Monsieur, il a dû faire preuve d'autorité. Ce n'est pas facile, c'est toujours comme ça et il n'était pas très favorable, il ne l'est toujours pas à un dialogue avec les FARC, il n'était pas favorable à toutes les initiatives de la France mais nous l'avons tenu au courant... Toujours, toujours et en toute loyauté.

Il a lancé cet appel, hier, et il nous l'a dit tout à l'heure, nous l'avons vu longuement. Il est en faveur d'une espèce de liberté retrouvée pour les FARC qui sortiraient de la forêt et qui se réintégreraient dans la société. J'espère qu'il sera entendu. En tout cas, c'est une victoire pour lui. Sans aucun doute. Mais ça n'est pas une défaite pour d'autres qui avaient emprunté des chemins plus mal aisés et discutables et qui ont également participé à la libération des otages.

D'ailleurs, Ingrid Bétancourt a rendu hommage au Président Chavez et au Président Correa aussi. Pas de la même façon parce qu'elle est Colombienne. Et d'une certaine façon, elle est Nationaliste. C'est l'affaire des Colombiens tout ça, bien sûr.

C'est au Président Chavez que vous pensez quand vous employez l'expression "des chemins plus discutables", Bernard Kouchner ?

C'était à nous aussi, nous avons fait tous nos efforts et nous avons suivi toutes les pistes ; et c'était normal, et je crois que notre mérite -celui du Président Sarkozy en particulier- mais notre mérite a été d'attirer d'abord l'attention sur ce qui était une affaire interne, une affaire interne colombienne dont ne s'occupaient plus ni les opinions publiques, ni les dirigeants des pays d'Amérique Latine. Alors, nous avons fait ça et puis ensuite, nous avons emprunté tous les chemins mais nous avons toujours tenu le Président Uribe au courant. J'en ai parlé ce matin avec lui et je vous assure que non seulement, il nous en veut pas mais que les rapports entre nos deux pays vont s'améliorer encore et que d'ailleurs, en janvier, nous réunirons en Colombie puis, à Paris la commission mixte dont nous nous étions proposés de fixer la date, il y a bien longtemps.

On a appris d'ailleurs que l'Administration américaine avait, elle, été associée à l'action qui a permis la libération d'Ingrid Bétancourt. Donc Alvaro Uribe avait peut-être une vision très précise des personnes qui pouvaient l'aider dans cette tâche très difficile pour lui ?

Ecoutez, il nous a fait le récit très précis de l'opération, très réussie, sans une goutte de sang, sans une bataille pour délivrer 15 otages. Vous vous rendez compte ! dont "notre" Ingrid Bétancourt, la Française et la Colombienne, la Colombienne et la Française. Il n'y avait pas de traces peut-être dans le dispositif d'écoute, j'en sais rien (je ne suis pas un spécialiste) mais il n'y avait pas de traces d'Américains dans cette affaire. C'était au contraire, et il nous l'a dit, une opération entièrement montée par l'armée colombienne et proposée depuis longtemps dont il m'avait parlé d'ailleurs, il y a cinq mois déjà.

Donc, vous mettez en doute les informations selon lesquelles l'Administration américaine aurait pu être associée à cette opération ? Ca ne vous paraît pas forcément la réalité ?

Ah non, non, pas du tout. Techniquement peut-être ; mais je ne pense pas qu'il y eut autre chose que l'armée colombienne pour la mettre en oeuvre. Je ne mets rien en doute. Je vous dis ce que m'a raconté le Président Uribe, ce matin.

Pensez-vous qu'Ingrid Bétancourt sera encore à Paris pour les cérémonies du 14 juillet puisque, je crois, que vous la réinvitez à y participer si elle le souhaite ?

Je n'en ai pas parlé avec elle.
C'est une idée alors que je vous suggère !

Je n'en ai pas parlé avec elle. Je n'ai pas parlé des cérémonies du 14 juillet, et puis d'ailleurs j'ai surtout laissé Ingrid Bétancourt -et c'était normal, d'ailleurs ce n'était pas à moi d'intervenir avec sa famille, avec sa soeur, avec ses enfants, avec ses neveux et nièces- enfin, écoutez, c'était un bonheur de les entendre, je le répète et je le répèterai sans cesse. Et de temps en temps, vous savez Monsieur Aphatie, dans ce métier bien décrié de ministre des Affaires Etrangères, il n'y a pas de petit bonheur, il faut en profiter. Et là, j'en ai vraiment profité. Il n'y a pas de petits plaisirs dans cette affaire parce qu'on est soumis à une rude discipline et parfois à de rudes injustices. Alors, pour une fois, j'étais content et fier.

Pour vous aujourd'hui, Bernard Kouchner, c'est une journée de grand bonheur ?

C'est une journée de fierté d'être Français et d'avoir insisté, insisté, de s'être obstiné sur ce chemin et il y en aura d'autres. Nous avons dit notre disposition à jouer un rôle si c'est possible sous la direction du gouvernement colombien ou d'autres gouvernements dans la libération de tous les otages, de toutes les atteintes aux Droits de l'Homme et nous le ferons parce que c'est la vocation de la France.

Donc, nous vous attendons maintenant à Paris. Vous allez prendre l'avion ?
Oui, dans quelques heures.
Dans quelques heures !
Le voyage va être sans doute un peu long, beaucoup d'excitations pour Ingrid Bétancourt, ses enfants. L'accueil à Paris va être sans doute très émouvant ?

Je suis sûr que ce sera très émouvant. Je suis sûr que c'était nécessaire ; et encore une fois, je suis rétrospectivement encore tellement ému.
Alors, vous savez, on a beaucoup parlé d'Ingrid Bétancourt et on nous a reproché : il y a d'autres otages, il y a d'autres choses dans le Monde. Nous ne les négligeons pas mais cette obstination a payé d'une certaine manière. Et je crois qu'Ingrid est la seule capable de qualifier tout ça. Moi je suis un témoin très intéressé et très ému.

Nous vous retrouverons donc ce vendredi après-midi à Paris, Bernard Kouchner, en compagnie d'Ingrid Bétancourt.
Bonsoir.

Au revoir.

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Bernard Kouchner : "Sans aucun doute, c'est une victoire pour Uribe"
Depuis la Colombie, Bernard Kouchner est revenu sur RTL sur la libération d'Ingrid Bétancourt. "Elle est rayonnante et infatigable" a commenté le ministre des Affaires étrangères. Sur les conditions de sa libération, il reconnaît qu'il s'agit "sans aucun doute d'une victoire pour Uribe", le président colombien. "Mais ce n'est pas une défaite pour d'autres qui ont participé à cette libération" a-t-il ajouté. "Notre mérite a été d'attirer d'abord l'attention sur ce qui était une affaire interne colombienne" déclare le ministre sur RTL.
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2008-07-04 08:20:00