1 min de lecture Parti socialiste

Benoît Hamon : "L'altercation Bayrou - Cohn-Bendit, un épisode vraiment moche" (vidéo)

Le porte-parole du Parti socialiste, candidat pour les Européennes en Ile-de-France, répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Benoît Hamon a qualifié de "dérapages regrettables" l'altercation entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, jugeant que le président du MoDem était allé "très très loin". Et d'ajouter : "Je trouve l'épisode assez moche. Il confirme que moins on parle d'Europe, plus on est dans le règlement de comptes, plus on pense à une autre échéance".

Jean-Michel Aphatie

Ecouter aussi :
- A trois jours des Européennes, l'UMP toujours en tête devant le PS
- François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit s'étripent à la télé (vidéo)


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Benoît Hamon.

Benoît Hamon : Bonjour

Derniers jours de campagne électorale pour les élections européennes. Les Français voteront dimanche. Pourquoi voteraient-ils pour vous, Benoît Hamon ?

Pourquoi voteraient-ils pour les socialistes ? Parce qu'il va y avoir un verdict, le 7 juin. Ce Parlement change-t-il de majorité ou pas ? Une information est passée totalement inaperçue dans cette campagne. Les conservateurs britanniques et les conservateurs tchèques ont annoncé qu'ils ne siègeraient pas au groupe du PPE. Ce qui fait que la majorité est à portée de mains pour le Parti socialiste européen. A quelques sièges près, nous pouvons changer de majorité. Le Parti socialiste européen peut passer devant le groupe conservateur et aurait donc cette responsabilité de proposer aux Verts, aux Communistes, aux Démocrates qui le souhaitent, la constitution d'une nouvelle coalition majoritaire ; et donc, une nouvelle hiérarchie dans les priorités sur les services publics, sur les droits sociaux...

Vraiment, vous croyez que ça changerait quelque chose ?

Ah pardon de le dire ! Mais quand vous avez un conseil dominé par la Droite, une commission dominée par la Droite, un parlement dominé par la Droite, on peut peut-être essayer une Commission de droite, un Conseil de droite et un Parlement de gauche pour voir si ce contre pouvoir-là est en capacité sur des sujets importants. On va parler de la libéralisation des services de santé dès septembre prochain, c'est-à-dire la mise en concurrence de l'offre de soins en Europe ; ça, ça va être un sévère coup de bambou pour les retraités ou pour les Français, pour tous les citoyens qui veulent avoir accès aux soins et qui devront savoir que cette offre de soins sera mise en concurrence. Eh bien si on veut que ce texte passe, que cette directive soit adoptée, confirmons la majorité sortante et nous aurons une offre de soins concurrentielle en Europe.

On a toujours eu l'impression qu'entre la Droite et la Gauche, en France : Droite de gouvernement - Gauche de gouvernement, les projets européens n'étaient pas si différents que ça ; et au fond, c'était plutôt une continuité dans l'action européenne qu'une vraie différence ; et on ne peut pas dire que cette campagne nous ait permis de noter les différences entre l'UMP et le Parti socialiste ?

Hélas ! Hélas ! On a quelques solides preuves que ce n'est pas la même chose. Quand la Droite fait adopter le passage de la durée maximale hebdomadaire de travail de 48 heures à 65 heures, avec cette liberté nouvelle pour le salarié qui est celle de renoncer à ses droits au moment où il signe un contrat de travail, il peut renoncer à la durée légale hebdomadaire de travail, et accepter de travailler 65 heures.

Aujourd'hui dans une situation où le chômage monte, il y a peu de salariés qui vont aller construire un rapport de force avec leur employeur, ils accepteront l'emploi, ils accepteront ces règles-là. C'est un petit peu la même chose que Monsieur Lefebvre sur "le travail malades" ou le travail quand on est pour une personne enceinte.

En France, l'UMP n'a pas remis en cause les 35 heures. Donc, il n'y a pas d'impact direct ?

Soit ! Soit ! Pour aujourd'hui ! La réalité, aujourd'hui, c'est que nous savons que la durée légale dans les faits a été tellement démantelée qu'il y a peu de gens qui travaillent réellement 35 heures ; mais au-delà de ça, pourquoi donner un accord de la France à ce qui jusqu'ici, n'avait pas été le cas, même sous Jacques Chirac, au fait qu'on passe de 48 heures hebdomadaire à 65 heures hebdomadaires. Là-dessus, nous nous sommes opposés et nous nous opposerons aussi à quoi ? A ce qui est le démantèlement, même la démolition du service public telle qu'elle se prépare.
 
Monsieur Barroso, lui, a un mandat. Ce mandat, il l'a mis en œuvre. Il a abaissé, par exemple, les barrières anti-dumping aux frontières de l'Union européenne ; et pourtant, monsieur Sarkozy nous parle de volontarisme en matière industrielle. Comment concilier le volontarisme en matière industrielle et le fait qu'aujourd'hui, on s'ouvre encore davantage aux exportations de la Chine, de l'Inde, du Brésil ou de tous les pays émergents. Voilà encore une contradiction dont on ne parle pas. Comment éviter la concurrence fiscale dans le marché intérieur si on n'augmente pas la solidarité budgétaire, c'est-à-dire qu'on n'incite pas la Roumanie, la Hongrie, eh bien à augmenter leurs standards sociaux, à augmenter leurs salaires, à augmenter leur fiscalité. Tout ça, on en parle peu. Eh bien moi, je le regrette.

Là-dessus, on aurait vu qu'il y a une différence entre la Droite et la Gauche et que quand, nous, on signe une proposition, on la signe, par ailleurs, à 27. Il ne s'agit pas juste de faire ou de recycler le couple Merkel - Sarkozy, au beau moment, là où on l'aura attendu sur la relance économique européenne.

L'UMP terminera probablement en tête de ce scrutin. C'est une déception pour vous, Benoît Hamon, si ça se produit comme ça ?

Ecoutez moi, je me bats comme tous les socialistes avec un seul adversaire en tête, aujourd'hui : c'est la majorité présidentielle. Et plus on se rapproche du score de l'UMP, mieux c'est. Pourquoi ?

C'est une façon de convenir qu'ils vont finir en tête de ce scrutin !

En tout cas, l'objectif c'est d'essayer qu'ils fassent le score le plus bas et que nous, nous fassions le score le plus haut. Pourquoi ?

Ca, c'est clair !

Parce que plus ils seront hauts, plus le coup de bambou derrière...

L'objectif, ce n'est pas d'être en tête ?

L'objectif, aujourd'hui, honnêtement, de ce que donnent les sondages, il paraît difficile qu'on rattrape cinq, six points sauf à ce que les instituts de sondage se trompent complètement. Mais ce qui ne veut pas dire qu'il faut faire la campagne avec... Je le dis à celles et à ceux qui vont aller voter et qui pourraient être tentés, à la fois d'un vote sanction contre Nicolas Sarkozy mais aussi parce qu'ils sont un peu déçus par le Parti socialiste, de dire : on va faire autre chose. A la fin au Parlement européen, il y aura le PSE face au PPE... Et plus le PSE sera faible, plus le coup de bambou sera dur derrière. Qu'on se le dise sur des sujets concrets ! Services publics, la Poste, le rail, l'électricité, les droits sociaux, la santé : le coup de bambou sera dur !

La campagne électorale se termine dans la polémique. Hier soir, sur France 2, François Bayrou a reproché à Daniel Cohn-Bendit d'épargner Nicolas Sarkozy pendant la campagne. Partagez-vous ce point de vue de François Bayrou, Benoît Hamon ?

Ecoutez, moi je trouve honnêtement l'épisode assez moche d'hier soir. Je l'ai entendu sur vos antennes. Assez moche, pourquoi ? Parce qu'il confirme que moins on parle d'Europe, plus on est dans le règlement de comptes, plus on pense à une autre échéance, plus ça conduit à ce type de dérapage ; et je les trouve regrettables. Surtout que ça illustre quoi ? Au bout du compte, que les questions essentielles sont passées sous silence et qu'on aura eu un débat de savoir combien de fois Daniel Cohn-Bendit a vu Nicolas Sarkozy ; est-ce que c'est dans le cadre de son mandat ou pour un métier personnel pour Président de la République ? Honnêtement, tout le monde s'en moque.

Mais vous-même, vous avez qualifié Daniel Cohn-Bendit d'opposant chéri du Président de la République !

Mais je pense qu'il y a une posture qui est celle du Président de la République qui a consisté - parce qu'il sait et qu'il est lucide- que cette élection va lui être défavorable et que les mécontents seront nombreux, à favoriser tout ce qui affaiblissait le Parti socialiste et à choisir ses opposants pour justement, favoriser la dispersion. Et là encore...

Et Daniel Cohn-Bendit est entré dans ce jeu, d'après vous ?

... Mais ce n'est pas qu'il est entré dans ce jeu. Il a pu avoir raison...

Il était manipulé, d'après vous !

... Mais en tout cas, c'était le choix de Nicolas Sarkozy. Il lui sourit - Nicolas Sarkozy - chaque fois qu'il voit ce type d'épisode... Parce qu'il sait quoi ? C'est qu'au bout du compte, il pourra revendiquer un passeport pour continuer comme avant. Et je le répète : le seul vote efficace est celui qui autorise qu'on change de majorité au Parlement européen.

"Les propos et la façon de faire de la politique de François Bayrou m'écœurent." C'est ce qu'a dit, Xavier Bertrand, hier. Vous êtes d'accord avec lui ?

Ecoutez, c'était vraiment moche. Je le répète : vraiment moche ! Et en tout cas, je ne me sens pas appartenir à ce type ou cette race d'hommes politiques qui sont prêts à tout pour essayer de gratter une petite place sur l'échiquier.

Là, vous parlez de François Bayrou ?

J'ai un peu l'impression qu'il a été très, très loin, oui.

Et vous êtes un peu d'accord avec Xavier Bertrand, on le constate, ce n'est pas grave !

C'est surtout que Xavier Bertrand devrait nous dire pour commencer ce qu'est le programme de l'UMP, à part soutenir monsieur Barroso.

Le désordre reprend, lundi matin, au Parti socialiste ?

Absolument pas ; et j'espère que non. En tout cas, je milite pour tout le contraire. Aujourd'hui, nous avons une responsabilité, c'est de continuer à servir celles et ceux qui perdent leur boulot, qui voient leur retraite baisser, qui voient leurs Services Publics remis en cause ; et c'est à ça que servira le Parlement européen dès le 8 juin. N'oubliez pas - eux - si vous pensez que l'Europe ne s'intéresse pas à vous, l'Europe, elle, s'intéressera à vous, dès le 8 juin.

On dit que si vous n'êtes pas élu, dimanche soir, "Ciao la politique !". C'est vrai, Benoît Hamon ?

Peut-être pas tout à fait "ciao la politique !" ; mais évidemment, ça sera une nouvelle étape personnelle.

On ne dit jamais "ciao !" à la politique. Benoît Hamon était l'invité deRTL, ce matin. Bonne journée.

Lire la suite
Parti socialiste Chroniques L'invité de RTL
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants