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Benoît Hamon : "Je suis proche d'un accord politique avec Martine Aubry"

Le député européen et candidat de toute l'aile gauche du PS au poste de premier secrétaire (sa motion a remporté environ 20% des voix après le vote des militants) répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. Après l'intervention télévisée de Ségolène Royal mercredi soir, Benoît Hamon l'a qualifiée de "lucide". Pour lui, "il faut qu'elle construise une majorité". Principale annonce : "Je suis près d'un accord avec Martine Aubry".

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL



Ecouter aussi : Ségolène Royal a "envie" de prendre la tête du PS


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Benoît Hamon.
 
Benoît Hamon : Bonjour.

Ségolène Royal a expliqué, hier soir, sur TF1 que pour laisser à chacun des dirigeants du Parti socialiste, la possibilité de trouver un accord en vue du congrès de Reims, elle ne déclarait pas sa candidature au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. Comment jugez-vous cette attitude, Benoît Hamon ?

Lucide. Il faut qu'elle soit capable d'abord de construire une majorité. Elle n'ignore pas ce que sont les rythmes d'un congrès ; et nous saurons à Reims s'il y a une majorité ou pas pour diriger ce parti. Il ne suffit pas d'avoir un ou une première secrétaire, il faut avoir une équipe majoritaire qui partage le même projet.
   
Donc, bien joué, Ségolène Royal !?

Je ne sais pas si c'est bien joué ; en tout cas, je pense que c'est lucide. Elle ne dispose pas de cette majorité. Elle a une grosse minorité. Juste une grosse minorité. Est-celle capable, aujourd'hui, sur son projet politique de passer de 29% à 51% ? Nous le saurons au congrès de Reims.

Non. Vous avez une partie de la réponse, peut-être ce matin, puisque vous avez vu Ségolène Royal. Elle vous a écrit une lettre qui a été communiquée à la presse. Donc, ce matin, Benoît Hamon, où en  êtes-vous dans le dialogue avec Ségolène Royal ? Est-ce qu'une possibilité d'accord se dessine ou pas avec elle ?

Je ne suis pas convaincu par sa stratégie d'alliance ; et l'interview à TF1, hier soir, a été de ce point de vue assez éclairante : entre ce qui est écrit et ce qu'elle a dit, il y a déjà un fossé. Qu'a-t-elle dit ? Que la question de l'ouverture au MoDem ou de l'alliance avec le MoDem n'était pas d'actualité, aujourd'hui. Ce n'était pas  une question pour le congrès mais que c'était une question pour l'entre-deux-tours des Présidentielles.

Je ne pense pas que cela soit sérieux de renvoyer à un entre-deux-tours des élections présidentielles, le fait de savoir si oui ou non nous nous allierions avec le MoDem à une élection nationale. Pourquoi ? Parce que ces questions de stratégie sont aussi des questions de contenu. Qui peut penser que nous partagerions le même projet si nous gouvernions demain, si le MoDem avait des postes de ministre ; ou voir que son chef était Premier ministre d'une présidente ou d'un président socialiste. Ca n'a pas du tout la même signification.
   
Ca fait des mois que vous débattez, Benoît Hamon, entre vous ; et vous réduisez ces mois de débats à la question de : alliance ou pas avec François Bayrou. C'est tout ce qui vous différencie les uns des autres ?

Non, non mais je m'explique. On peut avoir le projet le plus socialiste qui soit : parler d'un pôle financier public, éventuellement même de restrictions européennes au libre-échange, d'une grande politique salariale, qui peut penser qu'avec le MoDem et François Bayrou, Premier ministre, ce projet serait mis en œuvre ? Tout ça c'est parfaitement illusoire. Et moi, je prétends qu'aujourd'hui c'est utile de nous mettre d'accord sur notre projet. Si nous ne tranchons pas cette question de savoir si demain nous travaillons avec les libéraux au pouvoir ou pas, parce que ce sont les libéraux. Ils appartiennent au groupe libéral européen, eh bien je pense que nous serions dans une situation où nous nous mentirions au parti aux Français.

Donc, ce que vous demandez à Ségolène Royal, c'est qu'elle dise : Jamais l'alliance avec le MoDem ?

Jamais d'alliance avec un parti qui est un parti, aujourd'hui, qui appartient au groupe libéral européen et qui partage des politiques qui nous sont opposées, en l'occurrence le MoDem.

Donc, si elle dit ça, il y a  accord politique. Si elle ne dit pas ça, il n'y a pas d'accord politique, c'est ça ?

Ah je pense que ce serait une clef qui est une clef importante. Mais je ne dis pas que ça. Mais je pense que cette question-là est une question fondamentale. Pourquoi ? Parce qu'on voit bien, aujourd'hui, que cette affaire de la manière dont on veut reconquérir le pouvoir ou le rassemblement de la Gauche, ou la possibilité aujourd'hui de nous allier avec un parti qui est un parti du Centre, n'en porte pas les mêmes conséquences.
- Est-ce qu'on veut un parti démocrate à l'italienne, comme celui de M. Veltroni qui dit : "Je ne suis ni de Gauche, ni de Droite, je suis Réformiste" ;
- Ou est-ce qu'on veut un Parti socialiste qui soit ancré à Gauche, qui s'adresse ensuite à tous les électeurs. J'ai bien compris qu'il y avait des gens qui étaient à notre Gauche, qui ne votent pas pour nous, à notre Droite qui ne votent pas pour nous mais qu'il faut rassembler pour gagner des élections  présidentielles.
La Ve République est toujours là. Et moi je suis favorable à ce qu'on parle aux électeurs mais qu'on ne salit pas un appareil qui est un appareil dont je juge qu'il est aujourd'hui d'inspiration libérale. La preuve, ses solutions à la crise financière.

Donc, on a compris que ce qui vous sépare  de Ségolène Royal, c'est le MoDem. Vous discutez aussi avec Martine Aubry, Bertrand Delanoë. Par exemple, avec Martine Aubry, vous êtes sur le point de faire un accord politique ou pas, Benoît Hamon ?

On discute. On discute. Et on parle de tout cela. Et on parle aussi des désaccords qu'on a pu avoir. Ce n'est pas...

C'est quoi votre désaccord avec Martine Aubry ? La clef, comme vous dites, c'est quoi avec elle ? Il y en a eu ou il n'y en a pas ?

Je pense qu'aujourd'hui, nous sommes près d'un accord politique avec Martine Aubry, en tout cas tous les éléments dans son texte, dans sa volonté, dans sa démarche nous rapprochent de ce moment-là sur la question du rôle des Services Publics, du réarmement de la puissance publique, de l'idée d'une réorientation en profondeur de la construction européenne, d'une politique salariale, c'est-à-dire que moi je pense, aujourd'hui, qu'il va falloir qu'on s'attache - nous socialistes - à parler au milieu populaire et aux classes moyennes qui voient et leur retraite, et leurs salaires se dégrader, et que cette question n'est pas subalterne, qu'on ne peut pas réduire les questions du Pouvoir d'achat des ménages en créant des primes ou je ne sais quel avatar de salaires comme on le fait aujourd'hui mais qu'il va falloir parler de la répartition capital - travail dans l'entreprise. Sur ces questions-là, des rapprochements existent et je suis assez heureux de voir que le travail progresse.

Donc ça, c'est une information ce matin sur RTL. Benoît Hamon, vous dites que vous êtes proche d'un accord politique avec Martine Aubry. Si vous parveniez à un accord politique, qui d'elle ou de vous serait candidat au poste de premier secrétaire ?

Je suis candidat au poste de premier secrétaire.

C'est-à-dire que dans un accord avec Martine Aubry, c'est vous qui représenteriez cet accord politique ?

Pour l'instant,  moi ma candidature a été déposée depuis le départ. Moi j'ai essayé d'être clair dans ce congrès.

Mais ma question est claire aussi.

Je ne suis pas là à exprimer une envie.

Non. Ma question est claire : s'il y a un accord avec Martine Aubry, c'est vous ?...

Je suis toujours candidat au poste de premier secrétaire.

C'est-à-dire que dans cet accord, ce serait vous qui représenteriez...

Ecoutez, les deux leçons de ce scrutin, c'est :
- un désir d'ancrage du PS à Gauche
- et un désir de renouvellement.
 Je pense qu'à bien des égards, aujourd'hui, je remplis ces deux critères.

On poursuit le tableau. Avec Bertrand Delanoë, vous êtes aussi proche d'un accord politique, Benoît Hamon ?

Ecoutez, c'est à Bertrand de dire, ce sera à Bertrand de dire quel type de parti il souhaite et il a exprimé avec beaucoup de clarté, un refus d'alliance nationale avec le MoDem pour les raisons identiques à celles que j'ai exprimées, c'est-à-dire qu'il ne sépare pas la stratégie du projet et il a bien raison. Ce serait une erreur de le faire. Il devra dire à un moment ou à un autre ce qu'il entend faire et ce qu'il préfère. Moi je ne suis pas là pour lui poser des ultimatums ou des oukases à Bertrand Delanoë. Il est à la tête d'une motion qui a fait 25%. Il a exprimé une sensibilité. On a pu avoir des désaccords. Je pense qu'il y a certains d'entre eux qui sont surmontables parfaitement. Il devra dire. Mais aujourd'hui, la balle est plutôt dans son camp.

C'est toujours très subtil un congrès d'un Parti politique. Mais ceux qui auront bien écouté RTL, ce matin, ceux qui vous auront bien écouté, Benoît Hamon, pourront se dire qu'est en cours de constitution un pole Aubry-Delanoë-Hamon qui va contrer Ségolène Royal ?

Ecoutez, moi si demain il sort de ce congrès une forme de statu quo où derrière l'illusion de nouvelles équipes, on reconduit une ligne politique qui nous a conduit à l'échec à la dernière élection présidentielle par confusion, par improvisation stratégique, je pense que se prépare le long déclin du socialisme dans ce pays.

Et donc moi j'en appelle à celles et ceux qui pensent qu'il faut ancrer le Parti socialiste à Gauche, reparler au milieu populaire et pas leur parler, aujourd'hui, pour les abandonner demain. Eh bien, je leur dis : aujourd'hui, nous avons l'opportunité de faire en sorte qu'au Parti socialiste aussi, cela change. Eh bien, la balle est dans leur camp. Ils sont tous des dirigeants expérimentés. Il y a la possibilité, aujourd'hui, d'avoir une offre audacieuse, volontariste et en même temps des équipes renouvelées.

C'est bien ce que je disais : c'est subtil un congrès ! Vous avez très envie d'être premier secrétaire, Benoît Hamon, du Parti socialiste ?

Je pense que j'ai aussi bonne chance de l'être la semaine prochaine !

Allez, il a très envie, Benoît Hamon ! Et c'était sur RTL. Bonne journée.

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2008-11-13 07:50:00