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Benoît Hamon : "Je prends acte des explications de Frédéric Mitterrand" (vidéo)

Le porte-parole du Parti socialiste répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Benoît Hamon a pris acte des explications de Frédéric Mitterrand sur sa vie sexuelle et jugé que le ministre de la Culture pouvait "sans doute" rester au gouvernement. Prié de dire si l'intéressé pouvait rester ministre, il a répondu : "Il peut sans doute le rester." Il a d'autre part estimé que "c'était au président de la République de s'exprimer" et jugé "curieux aujourd'hui que par un curieux renversement des choses on se retourne vers celles et ceux qui ont été choqués par ça".

Jean-Michel Aphatie

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Benoît Hamon.

Benoît Hamon : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Vous vous êtes dit, mercredi dernier, violemment choqué qu'un homme puisse justifier à l'abri d'un récit littéraire, le tourisme sexuel. Cet homme - Frédéric Mitterrand - a dit, hier soir, sur TF1 : "Je condamne absolument le tourisme sexuel qui est une honte". Cette déclaration vous apaise-t-elle, Benoît Hamon ?

Dont acte ! C'était une explication qui était attendue de la part d'un ministre qui a longtemps entretenu l'ambiguïté sur ce sujet dans les déclarations qu'il avait faites autour de son livre, dans les déclarations sur Roman Polanski qui avaient éclairé d'un regard un peu curieux, une forme d'indulgence ou de complaisance à l'égard de ce qui était une violence sexuelle sur une mineure ; et dont acte. Cette explication, nous l'attendions. Je la reçois mais je veux re-situer ce qui s'est passé.

On s'émeut aujourd'hui et on est bouleversé par l'émotion de Frédéric Mitterrand. Et on n'écoute pas ou on écoute peu l'émotion de celles et ceux qui disent qu'à travers le tourisme sexuel, il y a quoi ? Il y a des hommes qui achètent dans des pays pauvres le corps souvent d'une ou d'un mineur - peu importe qu'il soit homosexuel et hétérosexuel -, et c'est pour ça que l'amalgame abject de l'extrême-droite entre homosexualité et pédophilie est insupportable. Mais l'exploitation sexuelle, elle, elle existe. Et toute forme de récit autobiographique ou pas, qui laisse entendre de la part d'un ministre de la république qu'il y a là une forme, en tout cas, de commerce qui est une forme de commerce qui pourrait être acceptable, était insupportable.

Moi, cette émotion, je l'ai eue comme beaucoup d'autres. Je l'ai exprimée et j'ai dit que j'étais choqué. Et je trouve curieux aujourd'hui que par un curieux renversement des choses, eh bien on se retourne vers celles et ceux qui ont été choqués par cela pour le mettre en situation de se justifier de cette émotion-là.

Vous avez l'air mal à l'aise quand vous dites ça aujourd'hui, Benoît Hamon...

Mais non !

Vous avez été trop hâtif dans votre déclaration de mercredi ?

Non, non. Pardon, non pas du tout. Je maintiens. Il s'agit de l'exploitation sexuelle, il ne s'agit pas de rapport sexuel librement consenti. La prostitution n'est pas une liberté. La Thaïlande est un lieu où pour l'essentiel, ceux qui s'y rendent, s'y rendent pour consommer du sexe et consommer du sexe avec des mineurs.

Mais cela, tout le monde en est d'accord. Frédéric Mitterrand l'a dit hier soir. L'apologie du tourisme sexuel, il ne l'a pas fait dans son livre.

C'est ce que je dis : dont acte. Dont acte. Il s'explique mais jusqu'ici, reconnaissons que Frédéric Mitterrand, c'est un parangon d'ambiguïté. Et la manière dont il avait, dans son récit, parlé des garçons : "J'ai pris le pli de payer pour des garçons". La façon dont il avait commenté son livre au moment où ce livre a été publié, jusqu'ici cette explication n'était pas intervenue. Elle est intervenue". Dont acte.

Donc, l'affaire Mitterrand pour vous, Benoît Hamon, est terminée ?

Ah non, elle laissera des traces.

Oui, mais vous suggériez que le Président de la République devait réfléchir ou pas à sa démission. Pour vous, c'est terminé aujourd'hui ?

Mais moi je maintiens que c'était au Président de la République de s'exprimer ; et de dire : qu'est-ce qui est grave ? Et qu'est-ce qu'il ne l'est pas ? Nous avons là un ministre de la République, il représente la France aux yeux des Français, il représente la France à l'extérieur. Or, il y avait un doute sur le - comment dire - l'opinion qu'il avait vis-à-vis du tourisme sexuel. Il a levé ce doute, aujourd'hui. Il a eu des déclarations extrêmement claires, hier, c'est incontestable ; mais il reste autre chose.

Hier, Frédéric Mitterrand s'est livré à un amalgame que moi je ne supporte pas. Il a justement pris la critique ou en tout cas, les mots scabreux de l'extrême-droite, les a dénoncés et y a, quelque part, un petit peu associés celles et ceux qui, eux, s'étaient exprimés contre l'exploitation sexuelle.

Moi je dis, aujourd'hui que dans une affaire comme celle-là qui est une affaire grave, il ne faut pas mélanger les genres. Est-ce que quand nous, nous nous sommes exprimés, dirigeants de Gauche, contre l'exploitation sexuelle, il est inadmissible que nous ayons pu être associés d'une manière ou d'une autre, à celles et ceux qui, justement, voulaient faire l'amalgame entre homosexualité et pédophilie. Mais je veux un peu plus loin.

Moi je pense que Frédéric Mitterrand est ministre de la Culture...

Il peut le rester ?

Il peut sans doute le rester, maintenant il s'exprime...

Donc, c'est terminé ?

Mais attendez, il y a aucune et je veux préciser ce que je veux dire et l'émotion qui est la mienne. On nous dit que nous sommes populistes parce que nous aurions mis en cause Frédéric Mitterrand ; mais moi je suis un Républicain et parce que je suis un Républicain, je réclame quand même  l'égalité des droits, et que personne ne soit au-dessus de la loi - personne ne soit au-dessus de la loi -, et que tout le monde se justifie et je suis heureux, en tant que républicain, nous ayons pu obtenir cette explication et cette clarification de sa part.

Donc l'affaire Mitterrand est terminée.

En tout cas, sur le point qui concerne le tourisme sexuel, elle l'est, oui.

Avez-vous été, Benoît Hamon, dans ce débat autour des écrits de Frédéric Mitterrand le porte-parole du Parti socialiste ? Ou pas ?

Ah je me suis exprimé en tant que porte-parole du Parti socialiste, mais pas au nom de tout le Parti socialiste, c'est manifeste puisque d'autres socialistes se sont exprimés différemment.

Bertrand Delanoë, maire de Paris, a parlé. Vous avez employé l'adjectif, il y a un instant...

Oui, et j'ai un désaccord avec lui.

... D'"offensive  populiste".

Et j'ai un désaccord avec lui. Je ne pense pas qu'on puisse qualifier ce que nous avons dit d'offensive populiste et je regrette que ce soit qualifié ainsi. Il y a des émotions, des prises de parole, des positions politiques contre l'exploitation sexuelle qui est l'exploitation du riche sur le pauvre parce que c'est ça la réalité et qui méritent d'être entendues dans le débat politique. Et c'est ce que nous avons exprimées à quelques uns, et je maintiens et je signe que cette position, cette conviction, l'expression de cette conviction était légitime.

Avez-vous le soutien de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, dans cette critique de Frédéric Mitterrand ?

Oui. Oui, je le crois. Elle s'est exprimée. Et si elle a à la redire, elle le confirmera.

Elle ne s'est pas exprimée ! Elle a dit qu'elle n'avait pas lu le livre.

Oui, mais elle a dit qu'elle ne pouvait imaginer qu'il puisse justifier le tourisme sexuel.

Pouvez-vous rester porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon ?

Pourquoi je ne le resterais pas !

Parce que peut-être vous l'avez mal représenté dans cette affaire ?

Parce que Daniel Cohn-Bendit a demandé ma démission ?

Non. Peut-être parce que vous avez mal représenté les dirigeants du Parti socialiste dans cette affaire ?

Eh bien si des dirigeants socialistes souhaitaient que je quitte cette fonction, qu'ils s'expriment ! En tout cas, je n'ai pas le sentiment, aujourd'hui, que dans le Parti socialiste, chez ses militants comme chez ses électeurs, les positions que j'ai prises soient des positions qui ont été incomprises.

On vous reproche d'avoir suivi le Front National dans cette  histoire. Le regrettez-vous ?

Eh bien, c'est honteux. C'est honteux. Me dire ça à moi, c'est honteux. Franchement, si aujourd'hui on ne peut pas comprendre que des dirigeants de Gauche s'élèvent contre l'exploitation sexuelle, contre l'ambiguité qu'il y a autour de cela, si on ne peut pas poser des actes et marquer le débat politique en s'exprimant ainsi, eh bien c'est honteux. Franchement, c'est ça qui est honteux.

Et moi j'assume la totalité de mes propos depuis le début jusqu'à la fin. Oui, j'ai été choqué, j'ai entendu l'explication du ministre de la Culture mais je demeure, aujourd'hui, un homme qui sur la question de la République, de l'égalité, sur la question de la lutte contre l'exploitation sexuelle et la misère, reste un homme debout.

Benoît Hamon, porte parole du Parti socialiste, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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