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Arnaud Montebourg : "On va vers un racisme officiel en France"

Le député socialiste et président du Conseil général de Saône-et-Loire répondait aux questions de Philippe Corbé jeudi matin. Arnaud Montebourg a vivement critiqué des propos tenus la veille par la secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano sur les enfants Roms, accusant le gouvernement d'instaurer "une sorte de racisme officiel". "Stigmatiser un groupe en raison de son origine, le désigner à la vindicte populaire comme la cause de nos malheurs est une très grave et condamnable attitude", a-t-il dit Arnaud Montebourg. "Notre rôle d'homme politique est de rappeler que dans les années 30 on désignait les Juifs comme la cause de tous nos malheurs", a-t-il fait valoir.

Philippe Corbé
Philippe Corbé
et La rédaction numérique de RTL

Philippe Corbé : Bonjour, Arnaud Montebourg.

Arnaud Montebourg : Bonjour.

86 expulsions de Roms hier, 139 autres aujourd'hui ; on estime qu'ils sont 15.000 sur le territoire français. Si la Gauche gagne en 2012, est-ce que vous continuerez ces reconduites à la frontière ?

Nous avons d'abord à expliquer à la population qu'il s'agit de citoyens de l'Union européenne qui, en 2013, ne pourront plus être reconduits à la frontière parce qu'ils sont étrangers, pour d'autres raisons : parce qu'ils auraient commis une infraction aux lois, à nos lois, ce qui en effet est le minimum lorsqu'on est dans un pays étranger que de respecter les lois de ce pays qui vous accueille. Donc, moi je crois qu'on ne peut pas à la fois avoir soutenu l'élargissement de l'Union européenne à des pays qui n'ont pas réglé un certain nombre de problèmes, et  notamment des problèmes de discrimination, car les Roms...

... sont victimes d'un racisme anti-Roms bien plus violent qu'en France.

Mais dans toute l'Europe. Je veux dire, à la fois, les pays dont ils sont originaires : la Bulgarie, la Roumanie mais également des pays qui ne veulent pas les accueillir. Nous sommes dans l'Union européenne et nous participons par la politique de la France qui est aujourd'hui conduite par ceux que vous connaissez, en train de construire, finalement, une discrimination à l'échelle européenne. Donc lorsque d'ailleurs, j'entends quelques déclarations de ministres... Pardon !

D'Eric Besson, par exemple.

Je pensais à madame Morano.

Allez-y ! Madame Morano...

... Qui s'en prend aux enfants qui pratiquent la mendicité.

Parce qu'elle pense qu'ils sont exposés pour attirer la compassion.

Je dirais qu'un ministre a le devoir, d'abord de préserver les enfants surtout lorsqu'on est ministre de la famille mais même de manière générale, aujourd'hui stigmatiser un groupe à raison de son origine, le désigner à la vindicte populaire comme la cause de nos malheurs est une très grave et condamnable attitude, d'abord parce qu'elle a eu déjà un certain nombre de conséquences dans l'Histoire. Notre rôle de responsables publiques de parler à la population et de lui rappeler que dans les années 30, on désignait les juifs comme la cause de tous nos propres malheurs.

Ce n'est pas sinon, vous n'accusez pas Nadine Morano de xénophobie ?

Ca commence comme ça. Mais nous sommes en train d'arriver à une sorte de racisme officiel qui consiste à dire : "Voilà ceux qui sont la cause de nos malheurs, veuillez-vous en prendre à eux et comme ça, oubliez - au passage -  notre propre responsabilité dans l'échec de la lutte contre la délinquance qui n'a cessé d'exploser dans notre pays".

Donc, cette espèce d'attitude qui consiste à désigner des gens, est une attitude dangereuse, irresponsable, condamnable et qui, en plus, ne règle rien. Car lorsque vous démantelez un camp illégal de Roms, vous l'envoyez où ? D'abord parce qu'il y a des gens tout à fait respectables...

Mais parce qu'il y a plein de communes de Gauche qui n'appliquent pas non plus les règles de la loi Besson, notamment, qui obligent des campements organisés pour ces gens du voyage.

Mais vous avez raison de dire que c'est un problème. C'est qu'aujourd'hui dans toute commune de plus de 5.000 habitants, il y a l'obligation d'organiser l'accueil des gens du voyage. Je rappelle d'ailleurs que les gens du voyage  pour la plupart sont Français. Ce sont d'ailleurs des gens qui ont décidé de vivre ainsi, qui vivent de cette manière. Le président des gens du voyage de Bordeaux s'est exprimé de cette manière où il a expliqué qu'eux mêmes votaient, qu'ils avaient choisi cette vie et qu'ils demandaient qu'on respecte leurs droits. Et de ce point de vue, vous avez un gouvernement qui a décidé de détourner l'attention de son propre échec sur des populations malheureuses. Est-ce qu'il est possible qu'on parle et je demande à des ministres d'être humains, c'est-à-dire de considérer des personnes et non pas des groupes. Et chaque personne dans l'ensemble de ces groupes doit être considéré individuellement. Il y a les bons, il y a les mauvais, il y a des gens qui violent les lois et les gens qui respectent scrupuleusement.

Arnaud Montebourg, on a entendu tout l'été des responsables socialistes dénoncer l'offensive sécuritaire de Nicolas Sarkozy, le tout sécuritaire, d'instrumentaliser les peurs ; et vous, vous l'avez accusé à plusieurs reprises d'angélisme, cet été.

Oui, parce que lorsque vous videz les commissariats, que vous ne mettez plus de policiers sur le terrain  (je rappelle que depuis 2007, le nombre de policiers en moins, c'est 9.131) et  nous venons de découvrir ...

Les finances publiques sont dans un état difficile et il faut tailler un peu dans le gras.

Je considère que la sécurité publique, la protection des personnes est une priorité, c'est-à-dire que vous ne pouvez pas...

Mais tout est une priorité !

Pardonnez-moi  ! Vous ne pouvez pas dès lors que vous avez une délinquance qui monte, des atteintes aux personnes qui explosent : +16% en quelques années.

L'augmentation se tarit un peu.

Non, elle est très importante...

-0,65% : le dernier chiffre des six  mois de l'année.

L'augmentation statistique est d'ailleurs en rapport avec l'impression que les Français ont, c'est qu'aujourd'hui ils vivent plus difficilement qu'il y a quelques années, alors qu'il y a eu quand même huit années d'exercice avec les pleins pouvoirs pour monsieur Sarkozy comme ministre de l'Intérieur.

Enfin, qu'est-ce qu'il a d'angélique, Nicolas Sarkozy ? Au contraire, on peut lui reprocher d'avoir un ton trop sécuritaire.

Je vais vous répondre. Il a de faire des déclarations, des imprécations et de ne pas mettre les moyens pour faire en sorte que ça change dans la vie des gens. Nous, notre proposition est de dire : il faut remettre la police sur le terrain qui a été retirée du terrain ; par exemple, vous allez en Seine-Saint-Denis : moins 400 ; à Grenoble : moins 110 policiers. Vous allez à Grande-Synthe, dans le Nord, il y a le maire de Grande-Synthe qui vient de s'exprimer qui a dit : allez voir le nombre de policiers qui manquent en sous-effectifs dans notre commissariat : moins 40.

Vous allez partout en France, vous avez un gouvernement qui a décidé de supprimer des policiers. Je ne vous parle pas de ce qui se passe en milieu rural - je suis un élu rural - où les gendarmes eux aussi se plaignent du manque d'effectifs. Donc, nous avons un Etat qui a décidé de se retirer et qui, ensuite, stigmatise telle ou telle catégorie pour faire oublier son propre échec. Donc, je crois, j'accueille à Frangy en Bresse Jean Pierre Chevènement qui est l'inventeur de la police de proximité...

Pour le secrétaire national, la rénovation du PS, Jean-Pierre Chevènement ce n'est pas vraiment de la rénovation ?

Parce que vous faites des analyses sur le terrain de l'âge ; mais moi je pense que Jean-Pierre Chevènement a vu dans certaines circonstances tout à fait justes et qu'il a des choses tout à fait intéressantes à dire. L'expérience parfois permet d'établir la solidité des idées nouvelles.

Martine Aubry ! On vous entend, vous Arnaud Montebourg ce matin sur RTL. Martine Aubry, on n'a pas eu la chance d'entendre le son de sa voix de tout l'été. C'est un débat important, la sécurité ? Un simple communiqué envoyé il y a trois semaines, un dimanche après-midi et depuis plus rien. Vous avez des nouvelles de Martine Aubry ?

Ecoutez, vous lui demanderez.

Volontiers.

Je crois que tous les orateurs socialistes se sont exprimés fermement. Ce que je sais c'est que les socialistes aujourd'hui tirent les leçons de leur propre échec. Nous ne pouvons pas être nous-mêmes angéliques et nous pouvons constater avec les Français l'échec des sécuritaires et des ultra-répressifs. Donc maintenant, nous devons - il est normal qu'on nous pose des questions et qu'on nous demande des comptes aussi sur nos choix politiques sur la sécurité -, nous devons donner des résultats à la population. Pour ce faire, je crois qu'il serait utile qu'on puisse discuter tranquillement des résultats en matière de sécurité. Donc moi je propose un pacte de tranquillité publique où on discuterait de l'utilisation des forces telles qu'elles sont utilisées aujourd'hui ou mal utilisées, qu'on puisse associer et ça, c'est une proposition innovante qu'il existe, par exemple, à Chicago.

Dans certains états des Etats-Unis d'Amérique on associe les habitants à la politique de sécurité, c'est-à-dire que les gens qui vivent participent eux-mêmes à des demandes. Ils disent : voilà ce qui se passe. Pourquoi ? C'est ce que font aujourd'hui nos maires mais ils sont tout à fait abandonnés par le pouvoir parce que les commissariats se vident et eux-mêmes n'ont pas les responsabilités au titre de la sécurité, de la protection des personnes.

Arnaud Montebourg, qui accuse Nadine Morano de racisme officiel - on entendra probablement sa réponse dans la journée -, était l'invité de RTL ce matin.

   
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2010-08-20 09:54:00