
Laurent Fabius / RTL
Jean-Michel Aphatie
01 sept. 2008
Màj 03 nov. 2008 10h50
01 sept. 2008
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Bonjour Laurent Fabius.
Bonjour .
L'université d'été du Parti Socialiste à La Rochelle à laquelle vous avez participé, s'est tenue ce week end. Elle a été confuse et opaque. Nous allons essayer d'être clair, ce matin, Laurent Fabius. Martine Aubry a-t-elle votre préférence pour succéder à François Hollande à la tête du Parti Socialiste ?
Oui, je pense que ce serait un choix sage.
C'est le vôtre ?
Si elle se lance sur la base d'un collectif qui répond au problème, ce serait un bon choix.
Va-t-elle annoncer sa candidature ?
C'est à elle à le dire.
Vous a-t-elle dit qu'elle souhaitait elle-même prendre la succession de François Hollande ?
Ecoutez, elle en parlera.
Ca reste toujours opaque.
Je reviens, un instant, sur la question de fond qui était soulevée par Alain Duhamel.
Le Parti Socialiste, il est malade. Et surtout au plan national, d'ailleurs parce qu'une chose qui doit nous frapper c'est qu'au plan local, les élus locaux sont, en général, de grande qualité, de grand talent, soutenus alors qu'au plan national, ça ne va pas. Pourquoi ? Je pense qu'il y a trois raisons pour aller vite.
- Première raison. Au niveau de la direction, c'est une pétaudière. Et il y a besoin de changer ça. Et il y a besoin justement d'un collectif avec une ligne, au niveau national.
- Deuxièmement, au niveau des propositions. Les propositions ne sont pas jugées assez crédibles. Donc, il y a un travail à faire sur toute une série de questions. Et en particulier, je reviens à Martine Aubry, la question sociale, la question économique, la question éducative.
- Et puis, troisième point. Il faut une stratégie claire qui est celle de la Gauche décomplexée. On ne peut pas, un jour, être d'un côté ; le lendemain d'un autre côté. Et pour arriver à faire ça, il faut qu'on ne recommence pas les divisions du Passé mais qu'un certain nombre de gens qui n'ont pas toujours pensé la même chose, qui parfois n'ont pas travaillé ensemble, se mettent d'accord pour le futur parce que c'est le futur qui nous intéresse.
Vous voulez faire oublier votre position lors du référendum de 2005 ?
Je ne veux faire oublier rien du tout ; mais ce qui m'intéresse, c'est les enjeux du futur. Puisque vous parlez de l'Europe, moi j'ai participé avec d'autres responsables à une table ronde extrêmement intéressante sur qu'est-ce que nous devons faire en matière européenne ? J'ai défini un certain nombre de propositions et je n'ai pas rencontré là-dessus d'opposition. Donc, ce que je veux dire c'est qu'il faut maintenant créer une majorité de renouveau, collectif ...
Avec Martine Aubry, on l'a bien compris.
... et avec d'autres. Avec Benoît Hamon, avec des amis de Dominique Strauss Kahn et d'autres encore.
Qu'est-ce que Martine Aubry a de plus ou de mieux à vos yeux, Laurent Fabius que Bertrand Delanoë qui est aussi candidat à la succession de François Hollande ?
Ecoutez, je ne vais pas me lancer parce que c'est toujours un défaut et ça fait beaucoup de mal dans une espèce de vision personnalisée des choses.
Mais c'est le problème.
Moi même évidemment, il m'intéresse que le Parti Socialiste rebondisse ...
Vous citez l'Editorial d'Alain Duhamel. Et Alain Duhamel dit : le problème du Parti Socialiste est un problème de leader. Et vous dites : il ne faut pas parler des personnes ! C'est très artificiel tout ça.
Non, non, non. Ce que je veux vous dire c'est que, d'abord, je réponds, moi, en tant que Laurent Fabius. Tout cela m'intéresse ...
Pourquoi Martine Aubry plutôt que Bertrand Delanoë ?
Tout cela m'intéresse, pas seulement parce que je suis Socialiste mais parce que si on veut sortir la France de ses difficultés, il faut qu'il y ait quand même une alternative.
Question simple : les réponses sont plus complexes, Laurent Fabius ?
Non, mais écoutez, je peux quand même aborder un sujet, un verbe et un complément.
Je vais le faire.
Oui mais la question que je vous pose : c'est pourquoi vous choisissez Martine Aubry plutôt que Bertrand Delanoë ? Quelle est la différence entre les deux, d'après vous ?
De toutes les manières, pour le moment, la question ne se pose pas puisque Bertrand Delanoë qui est d'ailleurs un excellent maire, a dit qu'il ne voulait pas parler avec mes amis, avec moi-même, pour des raisons d'ailleurs que j'ignore.
C'est juste un problème personnel, alors ? Ce n'est pas un problème politique ?
Non, non, je n'ai aucun problème personnel avec Delanoë. Mais simplement ce que je veux dire : c'est qu'il faut une majorité de renouveau. Donc, il ne faut pas prendre exactement les mêmes avec simplement un petit changement sur le Casting. Il faut qu'on ait une ligne stratégique nouvelle. Il faut qu'on ait un rassemblement. Il faut qu'en même temps, les propositions soient claires. Et il faut aussi, à mon avis (dernier point) qu'on ne confonde pas l'échéance présidentielle et l'échéance du congrès.
Or, ce n'est faire une injure à personne (en particulier à Bertrand Delanoë) de dire que si on prend comme premier responsable quelqu'un qui (c'est tout à fait d'ailleurs respectable) a évidemment une visée présidentielle, on mélange deux échéances.
Martine Aubry n'a pas de visée présidentielle, d'après vous Laurent Fabius ?
Moi je suis pour une idée où il n'y a ni automaticité, ni impossibilité.
Mais Martine Aubry n'a pas de visée présidentielle, d'après vous, Laurent Fabius ?
Je ne sais pas ce qu'elle fera dans le futur mais elle ne se présente pas en ayant dit : moi, je veux être candidate à la présidentielle. En tout cas, majorité de renouveau.
On a compris. Vous l'avez déjà dit deux fois. Qu'avez-vous pensé de cette phrase de Ségolène Royal - elle citait Juliette Greco, a-t-elle dit : "pas au premier degré, aimez-vous les uns les autres (pour les Socialistes) ou bien disparaissez" !
Oui, ah écoutez, c'est une phrase.
C'est une phrase.
Voterez-vous, Laurent Fabius, le revenu de solidarité active que le gouvernement va présenter au parlement à la fin du mois de septembre ?
Alors question précise, réponse précise. Sur le principe du RSA, je suis d'accord.
Je pense que c'est un bon principe. Moi-même, je l'ai défendu. J'ai créé la PPE. Vous vous rappelez peut-être. Et je crois que le RSA c'est un bon principe ; et un principe qui peut être tout à fait défendu par la Gauche, c'est-à-dire : on encourage le travail. Bien.
Cela dit, là on va avoir un projet de loi. Donc, on va regarder les détails. Et il y a deux ou trois détails (qui ne sont pas simplement des détails) pour lesquels pour le moment, je n'ai pas la réponse.
- Premièrement : est-ce que le financement, ce sera les couches moyennes ou plutôt les couches privilégiées. Pour le moment, c'est les couches moyennes, c'est-à-dire 12 millions ou 13 millions de personnes.
Assurance vie.
- Deuxièmement, est-ce que oui ou non, ça va encourager le temps partiel contraint ou pas ?
- Troisièmement, est-ce que les départements, donc les contribuables locaux vont avoir à payer ou non ou pas ?
Donc, c'est toute une série de questions sur lesquelles je n'ai pas la réponse, pas plus que vous. Je n'envisage pas de voter CONTRE, je vous le dis clairement ; mais j'imagine qu'on va déposer des amendements et à partir du traitement qui sera réservé à nos amendements : ou bien nous voterons POUR ou bien nous nous abstiendrons. En tout cas, c'est ce que je recommanderais à mes amis.
Quel discours souhaitez-vous que les dirigeants européens réunis aujourd'hui à Bruxelles tiennent vis-à-vis de la Russie ?
Je pense qu'on ne peut pas rester inactifs parce que ce qui se passe là-bas est extrêmement grave en soi-même et par rapport au futur. Et en même temps, il faut éviter la surenchère. Donc, je crois qu'il faut soutenir la Géorgie, refuser politiquement l'intégration de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, et vraisemblablement suspendre un certain nombre de choses et en particulier, conditionner le dialogue que nous avons avec la Russie à ce qui se fera. J'ajoute deux points qui sont les plus importants parce que c'est pour le long terme. Si on veut éviter que cette tension se développe avec les risques extrêmement graves que cela comporte. Il faut, d'une part, qu'on ait enfin une politique énergétique européenne parce que c'est quand même ça la clef. Pourquoi est-ce que nous hésitons à faire des sanctions ? Parce que nous dépendons de la Russie.
On n'aura jamais de gaz. C'est eux qui l'auront. Ce n'est pas nous.
Non, non, non mais on peut faire des gazoduc.
... et ne pas tout laisser ... C'est nécessaire, nécessaire, Monsieur Aphatie.
Mais c'est eux qui ont le gaz !
Mais il y en a d'autres qui ont le gaz.
Nous, on aura les tuyaux mais c'est eux qui ont le produit.
Il ne faut pas passer uniquement par la Russie.
- Deuxièmement, c'est la question de la défense européenne. Donc dans l'immédiat, ni passivité, ni surenchère. Soutien à la Géorgie. Refus de l'intégration mais aller très vite vers une politique énergétique européenne, et une politique de défense européenne.
Rapidement ... Nicolas Sarkozy, sa diplomatie, vous la soutenez ?
La diplomatie par rapport à la Russie. Son action diplomatique vis-à-vis de la Russie ?
Je pense qu'il a eu raison d'aller vite au contact des Russes et des Géorgiens pour organiser le cessez-le-feu ; mais il a commis deux graves erreurs : ne pas exiger le respect de l'intégrité de la Géorgie dans l'acte de cessez-le-feu, alors que c'était fondamental.
Deuxièmement : dire qu'en attendant un accord international, les forces russes dites de sécurité pouvaient se renforcer. Donc il a agi vite ; mais il faut aussi agir juste.
Laurent Fabius qui préfère parler de la Russie plutôt que du Parti Socialiste (remarquez, on le comprend !) était l'invité d'RTL ce matin.
Non je parle des deux, Monsieur Aphatie.
Des deux, d'accord.
Auteurs :
Jean-Michel Aphatie & La rédaction de RTL

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