André Daguin, le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) / AFP
RTL info
21 avr. 2008
Màj 05 juin 2008 09h42
Bonjour André Daguin
Bonjour
Les hôtels, cafés, restaurants que vous représentez, emploient depuis longtemps des travailleurs sans papiers, c'est-à-dire des Immigrés illégalement présents sur le territoire mais qui ont des bulletins de salaires et qui paient des impôts. Depuis une semaine maintenant, plusieurs centaines de ces travailleurs de l'ombre se sont mis en grève. Ils occupent des lieux symboliques. Ce week-end, c'était le café de la Jatte à Neuilly dont Nicolas Sarkozy fut longtemps un client fidèle. Vous soutenez, André Daguin, ces travailleurs dans leur demande de régularisation. Mais le gouvernement, Xavier Bertrand encore hier, a dit : non, non, ce sera du cas par cas, et c'est les préfets qui gèreront le dossier. Vous êtes déçu par la réponse du gouvernement ?
Non. Je m'y attendais puisque depuis le 1er juillet dernier, pour embaucher quelqu'un il faut que le préfet ait vérifié les papiers.
L'employeur soumet au préfet les papiers... Les cas, c'est avant le 1er juillet le problème ?
Mais ceux-là, il faut les régulariser et puis c'est tout.
Mais le gouvernement ne le veut pas !
Mais si, vous verrez, on ne pourra pas faire autrement.
Vous verrez quoi ! Vous avez des contacts avec le gouvernement ?
Bien sûr. Bien sûr. Avec Bertrand. Avec Hortefeux.
Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?
Mais ils nous ont dit depuis plusieurs mois. On travaille dur à ça, et cette grève ne va pas arranger les choses.
Ca fait plusieurs mois que vous travaillez et personne n'en savait rien ?
Mais bien sûr.
Parce qu'on a quand même l'impression que les patrons des hôtels, des cafés et des restaurants concernés, et puis il y a aussi le Bâtiment et puis donc, les syndicats, vous même André Daguin, ne s'en souciaient pas beaucoup de ce problème des travailleurs sans papiers ?
C'était une mine amorcée. On sentait bien que ça allait péter une fois ou l'autre. Mais ça pète pour de mauvaises raisons. Ca pète parce que la CGT veut se faire un peu d'adhérents sur l'image. Et ce n'est pas ça qu'il faut faire. Il faut qu' humainement, les gens qui travaillent chez nous, qui sont déclarés par leur patron, qui paient leurs impôts, à qui la Sécurité Sociale a pris des sous, des cotisations, ceux-là, il faut les régulariser. Mais il ne s'agit pas de régulariser n'importe qui, n'importe comment. Rocard a dit avant bien d'autres "qu'on ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde ...
Mais qu'il fallait en prendre sa part", disait-il.
Voilà. Et il faut que ceux qui donnent satisfaction, qui paient leurs cotisations soient régularisés. Bien sûr, il faut examiner tous les cas.
Vous estimez à combien de travailleurs sans papiers régularisables aujourd'hui dans les cafés-restaurants pour ceux qui vous concernent seulement ?
2 ou 3%.
On dit 50.0000. On se trompe ou pas ?
En tout. Oui, voilà, à peu près.
Vous vous rendez compte : 50.000 cafés, hôtels, restaurants, je ne sais pas combien dans le Bâtiment. C'est une régularisation de masse à laquelle il faudrait procéder ?
Oui. Mettons 100.000 régularisations.
Et ça, vous pensez que le gouvernement va faire ça ?
Mais quels sont les inconvénients à le faire ?
Je ne sais pas ; mais en tout cas c'est contraire à tous les discours gouvernementaux ... Discours de campagne de Nicolas Sarkozy que vous avez soutenu ...
Oui, que je continue à soutenir, voilà.
Alors, vous n'êtes pas sur la même longueur d'ondes, là ?
Plus il est en bas, plus je le soutiendrai. Voilà. Mais ce qui est sûr c'est qu'il faut trouver une solution humaine et économique. Economique pour les chefs d'entreprise. Et humaine pour ceux qui sont là. Je vous assure que si on ne les régularise pas, il faut les licencier. Donc, vous avez, dans Paris surtout (en province, ce n'est pas pareil), dans Paris vous avez des tas de restaurants qui vont être totalement désorganisés. On va tuer une partie du tourisme. Donc, il faut faire très attention à ça. Je suis d'accord qu'il ne faut pas faire ça de manière globale mais sans regarder ; mais il faut le faire.
C'est quoi les critères ? Vous dites : ceux qui ont plus d'un an de feuilles de salaires, il faut les régulariser ?
Et ceux qui ont donné satisfaction dans leur boulot, ceux qui n'ont jamais agressé qui que que ce soit, ceux qui mènent une vie normale, il faut les régulariser.
Mais quand vous dites que le gouvernement va bouger, qu'est-ce qui vous permet de dire ça, André Daguin ?
Mais parce que de manière évidente, avec bon sens. On ne peut pas penser qu'on va rester immobile sur ce sujet.
Mais la Politique, ce n'est pas toujours le bon sens !
Oui. Ah ! ... eh, c'est quand elle s'en éloigne, que ça va plus.
Voyez, là ça ne va pas très bien ?
Ca ne va pas très bien. Mais ça ira mieux. Vous verrez, on est têtu. On y arrivera.
Et donc, vous allez faire quoi cette semaine ? Je ne sais pas, par exemple, vous avez vu Brice Hortefeux ou Xavier Bertrand, ça n'a pas beaucoup avancé. Qu'est-ce que vous allez faire ?
Mais je vais voir Novelli, demain matin.
Ah, il a du poids Novelli !
On ne va pas faire de grands mouvements de geste, on ne va pas faire de grands effets de manche comme la CGT à qui je le reproche parce que ... c'est contre productif cette affaire.
Vous voyez, vous dites ça André Daguin, au micro de RTL ce matin, et nous on a envie de dire : au moins la CGT a permis que le problème éclate parce qu'alors ça, vous, vous connaissiez peut-être mais nous, on l'a un peu découvert !
Bon très bien, le problème éclate. Mais nous, ça fait trois semaines qu'on négocie une grille de salaires avec tous les syndicats. On a proposé une grille en augmentation sensible. Tous les syndicats l'ont signée, sauf la CGT.
Oui. Mais la CGT, je parle de ce problème-là, des travailleurs illégaux. Il faut du courage quand on est travailleur illégal pour faire grève, pour s'afficher. Ils savent ce qu'ils risquent. Il y en avait un qui disait, hier, à la télévision. Il disait : "voilà, moi si ça se trouve, je serais expulsé, aussi. Maintenant que j'ai dit, eh bien je suis sans papier, tiens !" Il faut du courage quand même pour faire ça ?
Oui, oui, ou de l'inconscience.
Oui, mais enfin, il faut sortir de la situation dans laquelle ils sont.
Oui avoir été poussés. Mais ils veulent sortir de ça.
Est-ce qu'il y a de l'hypocrisie de la part des patrons qui ont quand même embauché des gens en sachant qu'ils étaient en situation illégale ?
Attention ! Ils ne savaient pas. Hop là ! Un patron qui a embauché quelqu'un sur le vu de Papiers. Il l'embauche. Il le déclare. Il n'y a pas d'hypocrisie. Il est réglementaire.
Oui, mais quand ils sont faux ?
Mais comment il le sait ?
Il y en a un qui disait : moi j'ai présenté la carte d'identité de mon frère, on m'a embauché. Il disait, avec la photo ... et il ne me ressemble pas ?
Bon. Mais s'ils sont payés au vrai prix, et s'ils sont déclarés, on ne peut rien reprocher aux patrons. En revanche, si un patron a embauché un clandestin pour le garder clandestin et le payer mal ou avec des conditions de travail dégradées, là je ne défends pas.
Mais on peut embaucher un clandestin, en se disant : celui-là, il ne fera pas grève ...
Oui, mais c'est un peu parisianiste tout ça aussi. En province, je préfère dire que quand il y a un clandestin quelque part, il ne le reste pas dix minutes. Tout le monde le sait : ah c'est lui le clandestin. Donc, il n'est plus clandestin
D'accord. Donc, vous espérez que vous aurez gain de cause assez vite sur cette affaire et qui vous préoccupe ?
Oui, le plus vite sera le mieux.
Dites. Vous êtes ... d'une loi pour la TVA de 19.6 à 5. Vous me disiez : ça va être fait. Et puis dès que Nicolas Sarkozy sera élu, tranquille, ce sera fait. Tiens, un an après, on attend toujours
Ca sera fait.
A la Saint Glin-Glin ?
Vous verrez, vous verrez. Ca sera fait parce que l'Europe s'est mis en mouvement. Et l'Europe va pondre une directive et tous les pays qui voudront passer la TVA à la restauration au taux réduit, pourront le faire. Ca veut dire que si la France ne le fait pas, c'est parce qu'elle n'aura pas voulu. Le paravent est tombé. Ce n'est plus la faute à l'Europe.
Ah ! Vous voyez des trucs que nous, on ne voit pas du tout. Ah, on est content de vous avoir invité. En tout cas, vous ne perdez pas confiance. Il n'y a que 20% des Français, aujourd'hui, qui jugent que Nicolas Sarkozy a fait une bonne première année. Vous êtes dans les 20% André Daguin.
Je ne sais pas s'il a fait une bonne première année. Mais plus, plus elle est mauvaise, plus il faut le soutenir. Même s'il y on est socialiste parce que s'il ne fait pas les réformes, ça va être un champ de ruines. Après s'ils reviennent, ils ne seront plus quoi faire ! Alors, on est condamné à soutenir.
La solution, c'est que les Socialistes soutiennent Sarkozy. André Daguin, on va l'embaucher pour faire des analyses politiques, était l'invité d'RTL ce matin.
Auteur : Jean-Michel Aphatie
André Daguin, le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) / AFP
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