
Martin Hirsch sur RTL le 11 janvier 2010 / RTL
RTL info
11 janv. 2010
Màj 11h12
11 janv. 2010
Ecouter aussi :Enquête RTL : comment lutter efficacement contre l'absentéisme scolaire ?![]()
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Martin Hirsch.
Martin Hirsch : Bonjour.
On a appris, en lisant "Le Parisien", vendredi, que des députés UMP parmi lesquels - il a l'air d'être en pointe dans ce débat - Eric Ciotti, élu des Alpes-Maritimes et secrétaire national de l'UMP - mais ces élus souhaitent relancer le débat sur la suspension des allocations familiales aux parents des lycéens ou des collégiens trop souvent absents à l'école. Est-ce une bonne idée, Martin Hirsch ?
A mes yeux, pas du tout. Et je ne suis pas le seul à penser cela. Je pense qu'il faut se méfier de ces vraiment fausses bonnes idées. Alors ça paraît logique : un enfant ne vient pas, boom, on coupe les allocations familiales à ses parents.
"On responsabilise les parents" : c'est ce qu'ils disent.
Non.
Si.
Mais le mot "responsabilité" est un beau mot, mais il ne faut pas le mettre à toutes les sauces. Moi, je pense que l'on n'a plus le droit de se permettre d'y aller uniquement pour des raisons idéologiques, politiques et que l'on doit faire les choses sérieusement en regardant ce qui fonctionne, ce qui a un effet et ce qui n'a pas d'effet. Mais comme votre radio le disait ce matin...
Mais ce sont vos amis de terrain. Eric Ciotti, par exemple, il est président du conseil général des Alpes-maritimes, il expérimente dans son département. Vous êtes au courant de ça ?
Oui. Je crois qu'il y a vingt familles qui ont pu être concernées en quatre ans. Donc, s'ils veulent faire une vraie expérimentation sérieuse pour sortir de l'idéologie, pourquoi pas et je veux bien les aider à faire le protocole, comme on l'a fait sur d'autres choses.
Aujourd'hui, il y a d'autres perspectives qui s'ouvrent. Aujourd'hui, vous savez que c'est pour la première fois : dans ce pays, on a montré que l'on pouvait sérieusement travailler sur la lutte contre l'absentéisme des enfants, non pas en responsabilisant les parents c'est-à-dire en les stigmatisant ou en les remettant face à de fausses responsabilités qu'ils ne peuvent pas assumer, mais en les aidant à assumer leurs responsabilités.
Comment vous les aidez ?
On a démontré que des parents, pour lesquels l'école est un monde étranger, voire un monde hostile, un monde bizarre, si on leur ouvre les portes en leur apprenant ce que l'on va apprendre à leurs enfants, en leur disant ce qu'on attend de leurs enfants, en leur disant ce qu'on attend de leurs parents, en les sensibilisant pour un effort minime, on s'aperçoit qu'on peut avoir dans les classes dans lesquelles ont l'a fait, comparées à d'autres classes témoins - avec la même rigueur qu'on teste un médicament j'allais dire - on peut diminuer l'absentéisme, on peut augmenter le nombre des élèves de la classe qui ont des récompenses, des félicitations des profs, etc. On peut augmenter le niveau de français et on peut diminuer, justement, tout ce qu'il y a de négatif dans la scolarité.
Je ne comprendrais pas que l'on ne s'appuie pas sur ces résultats qui sont des résultats prouvés, estampillés, démontrés, pour l'étendre y compris à Nice, pour l'étendre dans l'ensemble des académies. Vous savez combien ça coûte par classe ces jours d'intervention ?
Non. Vous allez nous le dire, Martin Hirsch.
1.500 euros par an et par classe.
En ces temps de disette budgétaire, c'est des factures supportables ?
Oui, c'est supportable. J'ai un budget d'expérimentation, cet argent existe, on est prêt à le faire. Et je travaillerais avec Luc Chatel pour faire en sorte qu'on s'appuie sur ce genre de chose plutôt que sur l'idéologie.
Mais ces députés UMP qui parlent de supprimer les allocations familiales, ils n'ont pas connaissance de vos expériences, vous ne vous parlez pas, ils ne veulent pas vous parler ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Oh si, l'expérience dont je parle va être publiée aujourd'hui. Donc, moi j'irais l'évoquer avec eux. Je ferais passer les résultats à l'ensemble des députés UMP, socialistes, à l'ensemble des parlementaires.
Vous allez par exemple devant le groupe UMP. Cela vous arrive parfois d'aller devant le groupe des députés UMP ?
Oui.
Rarement ?
Non, j'y vais très souvent.
Vous leur parlez ? Vous n'avez pas un problème de culte ?
Oui j'y vais souvent. On ne me donne pas souvent la parole.
Pourquoi vous dites que l'on ne vous donne pas souvent la parole ?
Parce qu'il y a des autres sujets. Ces derniers temps vous avez vu qu'ils ont parlé surtout de burqa et de choses comme ça. Mais j'y vais souvent parce que j'estime que dans le métier que je fais, dans les fonctions que j'exerce, j'essaie de me couper de personne, au contraire. Et justement d'aller argument contre argument. Donc, je ne suis pas en train de m'enfermer dans un circuit particulier : je suis en train de leur dire : "Utilisez ce qui a été démontré pour ouvrir un peu d'espoir dans ces nouvelles quand on voit "violence à l'école", etc." Là, on peut tirer un fil et aller le planter. Et j'ai des tas d'autres projets comme ça. J'ai des tas de projets qui mûrissent sur le terrain, dans l'académie de Marseille, Lille, partout, et qui, je pense, apporteront des solutions à ces problèmes qui sont insupportables.
Ces députés-là, ils vous semblent faire de l'idéologie, et à l'inverse, de ne pas tenir compte de ce que vous faites, vous.
Oh oui. Quand on ressort une loi qu'on a votée une première fois en sachant qu'elle ne marcherait pas, qu'on a supprimée deux ans après puis qu'on a revotée dans le même sens sans se demander comment elle marche. Oui, je pense. Mais voilà. Ils ont le droit de m'engueuler. J'ai le droit de leur dire ce que je pense d'eux parce que c'est comme ça qu'on fait avancer les sujets plutôt que de faire les béni-oui-oui.
Voilà. Vous les engueulez un peu, ce matin sur RTL.
Non, non, mais je leur dis : "Fait contre fait, utilisons les vraies choses".
La loi sur la burqa, c'est de l'idéologie Martin Hirsch ?
En partie, oui, je pense, en partie. Oui, quand je vois que le même rapporteur du groupe de travail sur la burqa veut interdire la burqa, mais il y a un mois et demi il voulait bâillonner les prix Goncourt.
Eric Raoult ?
Oui. Vous ne trouvez pas qu'il y a un petit risque d'instrumentalisation ? Et je voudrais attirer l'attention sur quelque chose. Moi, je suis contre la burqa, vous aussi. Tout le monde est contre la burqa. Interdire est un des arts les plus difficiles. Fumer de l'herbe est interdit.
Oui. Et alors, vous en fumez ?
Non, mais beaucoup de gens en fument. Le fait d'interdire et de dire dans la loi : "Article 1 : telle chose est interdite", ne veut pas dire que telle chose va disparaître. Donc, je pense que l'objectif doit vraiment être celui, effectivement, de faire en sorte que dans ce pays et dans d'autres pays, les femmes ne soient pas obligées de cacher leur visage pour des raisons qui leur sont imposées ou qu'elles se croient imposées. Mais brandir les interdictions peut parfois avoir exactement l'effet inverse.
Si vous étiez député, Martin Hirsch, vous ne voteriez pas la loi contre le port de la burqa ?
Mais je ne suis pas député, je ne me suis pas présenté.
Non, mais vous ne la voteriez pas, vous n'aimez pas cette loi, l'idée de cette loi ?
J'ai dis : "Faisons attention" dans la manière dont on le pose pour ne pas penser que le fait de marquer "Article 1 la burqa est interdite" veut dire que la burqa disparait.
Vous vous sentez bien ou mal aujourd'hui dans la majorité gouvernementale Martin Hirsch ?
Dans le gouvernement...
Dans la majorité gouvernementale, je veux dire.
Je ne sais pas ce que c'est que la majorité gouvernementale.
Le camp politique qui est le vôtre aujourd'hui.
Non, mais mon camp est celui des changements. Ce n'est pas une question de langue de bois. Comme vous le savez très bien et comme vous aussi vous avez fini par l'accepter, ma participation au projet actuel, ma participation au gouvernement de François Fillon à la demande de Nicolas Sarkozy est une participation qui essaie de faire avancer les choses sans que je me demande si je me sens bien ou pas bien, hein.
Enfin, vous avez quelques motifs, visiblement, de vous sentir...
Mais depuis le début ! Trois jours après ma nomination j'expliquais ce que je pensais des franchises médicales, on ne m'a jamais engueulé pour ça. On a toujours considéré que j'étais quelqu'un qui ne savait pas se renier, qui ne savait pas trahir mais qui savait servir ses convictions dans tout contexte et dans ce gouvernement actuellement.
Vous êtes électeur en Ile-de-France, Martin Hirsch : vous allez voter pour la liste UMP ou pour la liste socialiste ?
Ah ah ! Même réponse, même question : vous auriez pu vous épargner celle-là puisque vous connaissez la réponse.
Non. Allez-y.
Vous savez très bien que je ne dis pas pour qui je vote.
Ah la, la.
Mais oui...
Ah la la, c'est mon commentaire. J'ai le droit.
Oui, vous avez le droit de faire le "Ah la la", sous-entendant que vous ne reconnaissez pas un espace pour une sorte d'apolitisme dans la politique. Je fais des politiques, je ne fais pas de la politique.
Martin Hirsch Ah la la était l'invité de RTL, ce matin, bonne journée.
Il a du mal à s'en remettre, mais vous m'accepterez un jour.
Auteur : Jean-Michel Aphatie

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