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04 janv. 2010

Màj 09h55

Bernard Kouchner : "J'ai bon espoir que les otages français soient vivants" (vidéo)

Le ministre des Affaires étrangères répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. La France a "bon espoir" que les deux journalistes français enlevés en Afghanistan "soient vivants", a déclaré Bernard Kouchner. Avant de préciser : "Nous n'avons pas de preuves de vie mais tout le monde pense qu'ils sont vivants". Et d'ajouter : "Nous pensons connaître la zone où ils se trouvent". Il a prévenu que le groupe responsable du rapt pourrait "ne pas se manifester pendant huit jours ou quinze jours, pour laisser retomber la pression". Concernant l'Iran, Paris rejette la "dernière pirouette" de Téhéran qui a posé un ultimatum au groupe 5+1 sur une offre concernant son programme nucléaire.

en vidéo

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Jean-Michel Apathie : Bonjour, Bernard Kouchner.

Bernard Kouchner : Bonjour.

Quelles informations pouvez-vous nous donner sur le sort des deux journalistes de France 3 enlevés mercredi dernier avec leurs trois accompagnateurs afghans dans la province de Kapisa, en Afghanistan ?

Aucune information que vous n'ayiez déjà.

Ils sont vivants ?

Nous avons bon espoir bien sûr, qu'ils soient vivants, oui. Nous pensons...

C'est de l'espoir, ou ce sont juste des informations ?

D'après la zone où ils se trouvent, mais, pour l'heure vous comprendrez bien que toutes les questions précises que vous allez me poser, je ne pourrais pas y répondre et cela compromettrait, si j'y répondais le sort de ces journalistes. Et nous voulons, vous et moi qu'ils sortent bien vite.

Un porte parole des talibans, dit : "Ce ne sont pas des talibans qui les détiennent". Est ce vrai ?

Quel est ce taliban ? Quel est ce porte-parole ? C'est un homme qui de temps en temps prend contact avec la presse et qui ne représente pas les talibans. D'ailleurs, qui les représente ? Qui pourrait les représenter ? C'est une nébuleuse très particulière, surtout dans les vallées où les soldats français sont responsables de l'ordre et aussi des projets qui concernent de très près la population de cette vallée. Et c'est d'ailleurs notre grand atout de savoir parler à ces paysans, de connaître ces gens, de connaître les villages. Et nos informations, en particulier, bien sûr tous les services sont alertés. Le dispositif est très complet, ces informations passent souvent par ces paysans qui nous font confiance.

Peut-on dire ce matin, Bernard Kouchner, que des négociations ont commencé avec ceux qui détiennent ces journalistes en otages ?

On ne peut pas dire ça. D'ailleurs, si elles étaient commencées, je ne vous le dirais pas. Mais pour le moment, il n'y a pas eu de revendications, ça vous le savez.

Les journalistes ont-ils été imprudents à votre connaissance ? Y a-t-il eu des fautes ? Conseillez-vous à d'autres journalistes de ne pas aller sur ce terrain ?

Nous leur avons conseillé de ne pas y aller. Nous mettons en garde très fermement non seulement les journalistes, mais il y a aussi des gens qui visitent, il y a des gens qui sont là et qui ne sont pas indispensables. Nous le faisons tout le temps, nous l'avions fait. Mais à part ça, le métier de journaliste comporte des règles. Journaliste d'investigation et journaliste de guerre, c'est un métier que je connais bien et je sais que parfois il faut aller chercher les informations. Mais en l'occurrence cette fois-ci, et nous verrons bien plus tard, à distribuer les blâmes ou les félicitations. C'est une région dangereuse. Il ne faut pas y aller. Il ne faut pas y aller dans toutes les conditions et il ne faut pas faire le malin, ça c'est sûr. On ne connaît pas les interlocuteurs. Vous savez, hier j'ai reçu, parce que nous recevons de jeunes Afghans, qui viennent en stage, ou qui viennent se perfectionner. Là il y en avait beaucoup au Quai d'Orsay. Certains étaient, ce qu'on appelle des fixeurs...

C'est-à-dire des gens qui rencontrent les journalistes sur le terrain...

En particulier l'un deux... Oui, qui aident les journalistes... Mais avec qui sont-ils en contact ? Forcément avec l'adversaire, comme on dit. Parce que sinon, ils ne pourraient rester en vie, et puis ils ne pourraient pas faciliter la tâche des journalistes. Donc, il faut être très méfiant, très méfiant.

Je voudrais revenir sur une question du début, sur laquelle vous avez commencé à répondre. Mais pour essayer d'être précis : avez-vous des preuves de vie concernant ces deux personnes ?

Non pas de preuves de vie, mais tout le monde pense qu'ils sont vivants. Et ce que nous savons, (d'après le) parcours qu'ils ont effectué très grossièrement, nous le prouve, oui.

Nous allons changer de sujet, Bernard Kouchner, puisqu'il y a beaucoup d'événements dans le monde qui concernent votre ministère...

Avant ce changer de sujet si vous le permettez...

Bien sûr.

Cette négociation tout dépendra du groupe qui les a enlevés bien sûr. Mais elle risque d'être longue, il faut le savoir.

Vous confirmez indirectement qu'il y a négociations ?

Non pas du tout. Ces négociations lorsqu'il y en aura. Il n'y en a pas. Je vous l'ai dit. Nous ne savons pas. Il n'y a pas eu de revendication.

Il n'y a pas eu de revendications. Mais vous avez des contacts avec les preneurs d'otages ?

Nous essayons d'établir des contacts. Je n'ai pas dit du tout que nous en avions. D'ailleurs, je vous dis très clairement, nous n'en n'avons pas.

D'accord.

Mais cette négociation viendra un jour. Mais ça peut être très long. Il faut s'y attendre. Et les gens qui les détiennent peuvent se manifester, c'est la coutume, pendant huit jours ou quinze jours, pour laisser retomber la pression.

Et pour l'instant, ils ne se sont pas manifestés...Vous secouez la tête en disant "Non"...

Non, nous ne savons pas pour le moment. Mais écoutez, souvent je ne peux pas vous répondre sur un tel sujet, mais je ne vous mens pas.

D'accord, c'est entendu comme ça. Le régime iranien, Bernard Kouchner, vous paraît il menacé par les manifestations de rue ?

Le régime iranien et son devenir, ne sont pas une affaire internationale, mais une affaire interne. Vous avez raison. Nous voyons tous qu'il est menacé par des gens très déterminés. Par des Iraniens, certains très religieux. Par la hiérarchie chiite elle-même. Oui, le régime est menacé par une contestation interne, dont je ne sais pas sur quoi elle débouchera.

Souhaitez-vous la chute du régime iranien ?

Ce n'est pas à moi de la souhaiter ou pas. Nous, nous continuons à parler avec les Iraniens. On peut condamner de façon très théorique toutes les fraudes électorales. Sont elles prouvées, pas à nos yeux. Mais aux yeux des Iraniens eux mêmes. C'est ça qui compte. C'est aux Iraniens de répondre. Elles semblent vraiment très manifestes. Et puis surtout, il y a une contestation religieuse. A l'intérieur de ce clergé, il y a une énorme majorité - si je comprends bien, et encore une fois, je n'ai pas à juger -  de chiites de rang extrêmement élevé (les vingt qui sont les plus... Ceux qu'on doit imiter), qui ne sont pas en accord avec ce régime, qui contestent sa valeur religieuse elle-même. C'est ça qu'un observateur peut constater. A part ça la pression est énorme. Et part ça, nous devons condamner toutes les répressions, mais celle-là en particulier, qui fait que des manifestants désarmés se voient exposés aux balles, à l'arrestation, aux condamnations très sévères dont les condamnations à mort.

Avez-vous le sentiment Bernard Kouchner  que le fait que Clotilde Reiss soit toujours retenue, empêchée de quitter l'Iran soit comme une monnaie d'échange pour faire pression sur la France aujourd'hui ?

J'espère bien que non. Ce serait inadmissible. Clotilde Reiss qui a 24 ans, qui est à l'ambassade de France, qui a été accusée de façon un peu grotesque d'être un espion...

Et qui ne peut pas sortir aujourd'hui d'Iran aujourd'hui.

Elle ne peut pas sortir parce que nous attendons - elle est libre de ses mouvements à l'intérieur de l'ambassade et du compound de l'ambassade -, mais nous ne pouvons pas la faire sortir parce que nous attendons le jugement du tribunal révolutionnaire qui doit statuer dans les jours ou les semaines qui viennent. Nous espérons fortement que cette jeune fille ne constituera pas un moyen de pression. Ce ne serait vraiment pas accepté par toute la communauté internationale. Vous savez il y a eu d'autres exemples, et y a la dernière pirouette des Iraniens : vous savez ils ont donné un ultimatum à ceux qui eux mêmes, c'est-à-dire la communauté internationale, dont la France, proposaient de les aider à l'enrichissement de l'uranium...

Un ultimatum...

Ils ont inversé, avec une science un peu lourde de la diplomatie : "Non c'est vous que l'on attend". Non, on ne peut pas faire comme ça. Il y a eu une date, c'était le 31 décembre pour que les conversations techniques sur l'enrichissement des l'uranium - c'est-à-dire leur permettre de fabriquer des isotopes médicaux - cette date est expirée. Et c'était pas à nous d'accepter ce que, eux, veulent nous imposer. Ils ne veulent jamais parler. Je dis nous parlons, nous parlons tout le temps, et nous continuerons à parler avec les Iraniens. Mais parler du développement nucléaire avec eux, ça n'est pas possible.

La date est expirée. On vous a entendu. Êtes vous scandalisé, par l'annonce, je dis docteur, l'annonce de la revente des vaccins contre la grippe A par la France, qui visiblement en a acheté beaucoup, beaucoup trop.

Avec votre bonne mine, monsieur Apathie, vous êtes-vous fait vacciner ?

Oui, monsieur Kouchner.

Et bien voyez vous, moi aussi monsieur.

Nous sommes deux...

Voilà la vraie réponse.

Non, ça n'est pas la vraie réponse.

Vous savez, ça aurait été bien pire. Attendez, attendez...

Vous êtes scandalisé par la revente des vaccins ?

Mais pas du tout.

On en a trop achetés ?

Je suis scandalisé par le scandale que ça provoque. Voyons, attendez, attendez. Laissez mois m'expliquer. Qu'est ce qu'on aurait dit si l'épidémie avait été grave. Qu'est ce qu'on aurait dit si les gens avaient risqué leur peau !... Qu'est ce qu'on est content que ce virus soit un peu moins virulent qu'on le pensait. Et puis attendons un peu, parce que l'hiver n'est pas fini, et souvent on appelle ça le "V grippal", monsieur. Ça rebondit.

On est en bas, et ça rebondit.

Et voilà, c'est à peu près ça. Et ben voyez..

Bernard Kouchner, le ministre qui rebondit et qui est vacciné contre la grippe, était l'invité de RTL.

Auteur : Jean-Michel Aphatie

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Bernard Kouchner, le 7 avril 2009 à RTL / RTL.fr

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