Christine Lagarde sur RTL le 20 novembre 2009 / RTL
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20 nov. 2009
Màj 11h56
20 nov. 2009
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Christine Lagarde.
Christine Lagarde : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Le Président de la République avait annoncé un Grand Emprunt. On parlait de 50, 80 ou 100 milliards d'euros. La commission Juppé-Rocard a finalement préconisé, hier, 35 milliards d'euros d'emprunt. Pourquoi ce rétrécissement, Christine Lagarde ?
35 milliards d'euros, c'est beaucoup d'argent.
Mais c'est beaucoup moins qu'on avait annoncé au début ?
C'est beaucoup d'argent et c'est structuré de manière intelligente, c'est ça que je trouve remarquable dans les préconisations Juppé-Rocard puisqu'ils envisagent, évidemment, que ce soit 35 par l'Etat dont une partie qui viendra du remboursement par les banques de l'argent que nous leur avons prêté l'année dernière...
Combien ?
13.
13. Donc, 35 moins 13.
Donc, on descend à 22...
Donc, ça rétrécit encore !
... D'engagements nouveaux. Non, non, ah non ! Attendez, parce que 35 ce sera bien l'engagement d'argent public ; mais surtout ce qui est très intéressant dans les préconisations Juppé-Rocard, c'est qu'ils proposent dans un certain nombre de cas qu'il y ait aussi de l'argent public...
Privé, vous voulez dire.
... Pardon ! De l'argent privé et que nous ne mettions de l'argent public que s'il y a de l'argent privé.
Donc, s'il n'y a pas d'argent privé, il n'y a pas d'argent public.
Le fait d'allier à la fois de l'argent public et de l'argent privé, c'est à mon avis une bonne idée parce que chaque fois qu'on a eu des partenariats public-privé comme ça, on a souvent bénéficié du regard du secteur privé, de la gestion héritée des habitudes du secteur privé et puis, de la pérennité, du soutien, de la solidité de l'argent public. Donc, ça me paraît un bon gage à la fois de stabilité et de dynamisme dans l'utilisation de la dépense et dans l'efficacité du projet.
Ces 35 milliards représentent 2% du PIB sur plusieurs années. Impact : zéro, disait Jean Louis Gombeaud, ce matin, sur RTL.
Impact zéro en matière de croissance, d'économie ?
C'est-à-dire, on ne le sentira pas, quoi.
Ah vous savez, si on interroge les industries, dans le secteur, par exemple, je pense aux bio-énergies, à la recherche pharmaceutique dans le secteur qui utilise les biotechnologies, vous leur dites qu'il va y avoir un milliard 500 millions d'euros disponibles, ils sont très, très contents. Donc, je crois qu'il faut se garder de conclusions hâtives, de considérer que c'est petit. D'abord, 1/ Ce n'est pas petit ; 2/ C'est préconisé, couplé avec de l'argent privé ; 3/ C'est bien centré sur un certain nombre de secteurs dont la commission Juppé-Rocard dit, ça ce sont nos secteurs d'avenir. Moi je suis assez frappé par le fait que c'est à la fois, deux dimensions : l'université, la recherche, d'un côté ; les petites et moyennes entreprises innovantes de l'autre ; et puis un certain nombre de secteurs, notamment les biotechnologies, notamment le numérico-débit et un certain nombre d'autres.
Le 24 juin, Christine Lagarde, vous disiez ceci : "J'espère que nous aurons un emprunt mixte avec une partie souscription par les Français et une partie sur les marchés". Maintenez-vous ce point de vue, Christine Lagarde ?
Vous savez, j'ai examiné,
1/ L'histoire de nos grands emprunts ;
2/ J'ai consulté mes spécialistes, l'agence France Trésor qui refinance la dette française en permanence ;
et je crois compte tenu de l'état de nos finances publiques, que nous avons intérêt à choisir la formule qui sera la plus efficace sur le plan financier, c'est-à-dire la moins coûteuse pour le pays.
Vous avez changé d'avis ?
Ca veut dire quoi ? Ca veut dire qu'à ce moment-là, on va sur le marché parce qu'on n'est pas obligé d'assortir l'emprunt d'un espèce de petit hochet fiscal.
D'un bonus. Donc, vous avez changé d'avis ?
Oui, j'ai changé d'avis parce que je crois que nous devons être absolument attentifs à l'utilisation des deniers publics, à la manière dont on engage nos finances, et je crois qu'on a intérêt à être le plus économe possible.
Un autre dossier qui fait beaucoup parler mais dont les responsables politiques, eux, dans le commentaire sont très prudents : Henri Proglio sera nommé président d'EDF, la semaine prochaine. Et il y a deux jours, dans le journal "Les Echos", il a dit vouloir réorganiser la filière nucléaire française en transformant une partie d'Areva en filiale d'EDF. Ce projet tel qu'il a été présenté, est-il le projet personnel d'Henri Proglio ou est-il le projet du gouvernement, Christine Lagarde ?
Ecoutez, c'est manifestement une expression d'Henri Proglio qu'il a exprimée dans un journal économique.
Vous n'en partagez pas le fond ?
Je crois qu'il faut faire chaque chose en son temps. Il est sur le point d'être nommé patron d'EDF.
Mercredi prochain.
Il conserve un certain nombre de fonctions au sein du groupe Véolia comme président non-exécutif, ça fait déjà beaucoup.
Trop ?
Non, non, je ne suis pas en train de dire ça, je suis en train de dire que c'est beaucoup de projets, beaucoup de stratégies à définir. Je comprends très bien - et j'approuve - sa détermination à vouloir renforcer la position de la France dans le domaine nucléaire parce qu'on y est puissant, reconnu et qu'on a largement une longueur d'avance. En revanche, je crois qu'il y a un groupe qui s'appelle Areva aujourd'hui dont on est en train de financer un plan de développement très important et je crois qu'il faut que chacun s'occupe de ses dossiers.
C'est bien dit. Il a parlé un peu vite, Henri Proglio, c'est ça ?
Chacun doit s'occuper de ses dossiers ; il a beaucoup, beaucoup, beaucoup à faire avec EDF ; et je pense que le renforcement d'une filière, les éléments de l'intégration que présente le groupe Areva dans la perspective d'investissements et donc d'identification de financement par la session notamment de l'activité transmission et distribution, par la recherche de nouveaux partenaires, c'est un projet qui suit son cours, qui a été approuvé par le conseil d'administration, et il faut laisser les choses avancer...
Donc, ce matin, Christine Lagarde sur RTL, vous défendez Areva.
Attendez, je ne défends pas Pierre, Paul ou Jacques...
Si, si, vous défendez Areva ! Il faut appeler un chat un chat !
Je dis qu'il y a des stratégies d'entreprise qui ont été identifiées par des conseils d'administration, il faut les mettre en oeuvre. Donc voilà.
Voilà, donc vous défendez Areva. L'actuel PDG d'EDF, Pierre Gadonneix, gagne un peu plus d'un million d'euros par mois et pour ce même poste, Henri Proglio souhaite une augmentation de salaire...
Mais ce n'est pas un million par mois !
1,1 million, par an (pardon) ! Et pour le même poste, Henri Proglio souhaite une augmentation de salaire, à peu près le doublement du salaire, ceci vous paraît-il légitime, Christine Lagarde ?
Ce qui me paraît légitime - c'est ce que j'ai d'ailleurs dit -, c'est qu'il n'y ait pas de cumul de rémunération. Quand on exerce des fonctions non exécutives dans un groupe, exécutives dans l'autre, il ne faut pas qu'il y ait de cumul, il ne faut pas qu'il y ait un avantage comparatif tiré d'une double activité de ce type.
Mais ma question, c'est l'augmentation du salaire du P-DG d'EDF ?
Je n'ai pas à statuer sur l'augmentation du salaire du P-DG d'EDF, d'abord elle sera fixée...
Je disais, les responsables politiques ont du mal à parler de tout ça !
Mais non, chacun doit faire son métier. Elle sera fixée...
Oui, mais Henri Proglio veut que le salaire d'EDF augmente, EDF est une entreprise publique.
... Et il évoquera ça avec le comité des rémunérations ; puis, ça sera décidé par le conseil d'administration et on verra en fonction des propositions qui seront faites.
Je rappelle que l'Etat est l'actionnaire très majoritaire à EDF...
C'est pour ça qu'on sera amené à s'exprimer au moment du conseil.
Mais vous ne souhaitez pas le faire ce matin ?
Mais on n'est pas au conseil d'administration d'EDF, Jean-Michel Aphatie.
Je vous le confirme...Trouvez-vous normal, Christine Lagarde, que l'Equipe de France de football se trouve qualifiée pour la coupe du monde à la suite d'une tricherie ?
Je trouve ça fort triste ; je suis évidemment très contente que l'équipe soit dans la Coupe du Monde mais je trouve ça très triste de s'être qualifiée... Voilà, sur cette tricherie. Et je trouve que la FIFA ferait bien de regarder les règles en vigueur parce que je trouve que ça serait bien de pouvoir, dans de telles circonstances, décider peut-être de faire rejouer un match.
Ouh !!! Des propos qui vont être commentés, ce matin, c'était sur RTL et pas au conseil d'administration d'EDF, qu'ils étaient tenus...
Ah non, non c'était sur RTL...
Vincent Parizot : C'était sur RTL : "Rejouez le match" !
... C'était la ministre des Finances, de l'Economie ...
Changer les règles.
1/ On respecte l'arbitre
2/ On respecte les règles.
Mais si les règles sont mauvaises, il faut les remettre en cause...
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Auteur : Jean-Michel Aphatie
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