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Christophe Pacaud

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17 nov. 2009

Màj 11h00

Gérard Collomb : "Ministre d'ouverture ? Non, pas pour tout de suite !"

Le sénateur-maire PS de Lyon répondait mardi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Interrogé à propos d'un entretien au cours duquel Nicolas Sarkozy lui aurait demandé de venir travailler avec lui, Gérard Collomb a répondu : "Oui, c'est vrai, à la fin de l'entretien. Je ne sais pas si c'était la boutade. Moi je lui ai dit : 'Ecoutez, ce n'est pas pour tout de suite'. Et il m'a dit : 'dans le deuxième mandat...'". "Ah non, je ne serai pas ministre d'ouverture", a-t-il ensuite assuré, faisant valoir qu'il avait "des convictions tout à fait enracinées". Au sujet du duel entre Ségolène Royal et Vincent Peillon, l'ex-soutien de la présidente de la région Poitou-Charentes a déploré ces "petits affrontements de personnes qui font oublier les grands enjeux qui devraient être ceux sur lesquels se focalise le Parti socialiste".

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Gérard Collomb.

Gérard Collomb : Bonjour.

Vous êtes avec nous depuis Lyon, dans les bureaux de RTL avec Frédéric Perruche. Est-ce que vous serez à Paris tout à l'heure dans l'après-midi pour écouter le discours du Premier ministre devant le Congrès des maires de France ?
   
Oui je serai là, je prends le train à 9 heures, je suis à Paris à 11 heures, et tout de suite au Congrès des maires.

Avec les sifflets pour accueillir le Premier ministre, c'est ça ?

Ah pas avec les sifflets ! Simplement avec, j'espère, la possibilité de s'exprimer et de lui faire enfin comprendre que cette réforme de la taxe professionnelle, si elle suscite une telle bronca, c'est que vraiment pour nous, elle est un gros problème.

Concrètement, Gérard Collomb, dans votre ville de Lyon, vous allez perdre de l'argent ? Votre budget va être diminué et de combien ?

Ecoutez, aujourd'hui, la taxe professionnelle, c'est 523 millions d'euros. L'impôt que j'aurai qui sera lié aux activités économiques sera de 220 millions d'euros. Et moi, je ne me situe pas parmi les villes les plus défavorisées. En tête des villes défavorisées, ce sont les villes qui ont la plus grosse industrie, par exemple Fos-sur-Mer, qui va y perdre 69%, Dunkerque qui va perdre 68%, Montbéliard 67%, alors qu'à l'autre extrémité, Nice qui n'a pas d'activités économiques, va gagner 17% à la réforme. On voit  bien que là, il y a un déséquilibre.

Et la compensation promise par l'Etat, vous y croyez ou pas, Gérard Collomb ?

Oui, elle va être vraie en première année. Le véritable problème c'est qu'on l'a vu déjà par le passé, plus le temps passe et plus évidemment, cette compensation s'érode. Ca veut dire que dans cinq ou six ans, on aura perdu la moitié de la compensation et donc, par rapport  à un impôt qui était un impôt qui permettait de développer les collectivités locales, on vivra finalement de subsides appauvris.

Et donc, pour compenser, il faudra augmenter les impôts locaux, c'est ça, si jamais la réforme passe, d'après vous ?

Mais évidemment. Si vous voulez, lorsque d'un côté, vous prenez 20 milliards que vous redonnez aux entreprises, vous êtes bien obligé d'avoir 20 milliards qui sont pris sur les ménages. C'est vrai que la tentation, ça risque d'être pour boucler mon budget, je vais augmenter les ménages puisque désormais, je peux les augmenter.

Donc, on lisait, Gérard Collomb, dans "Libération" du 7 octobre que vous vous posiez cette question à propos de la réforme de la taxe professionnelle : "Je me demande bien quel est le connard qui a pondu cette réforme !" Vous avez enquêté, depuis, Gérard Collomb ?

Ecoutez, je pense  qu'un jour, le Président de la République a fait une annonce en disant qu'il allait supprimer la taxe professionnelle. Alors, il a demandé aux administrations qu'on lui cherche des modèles ; et puis, il n'a pas regardé de très près ce qu'était le modèle qu'on lui proposait.

C'est la faute à l'administration, cette réforme ?

Non, il y a toujours des projets qui trainent dans les couloirs à Bercy. Quand on rappelle que Mitterrand avait déjà dit : "C'est un impôt imbécile !" Ca veut dire qu'il y a toujours eu des gens à travers tous les gouvernements qui, dans les ministères, trouvaient que les élus locaux avaient trop d'autonomie et donc qu'il valait mieux que ça soit l'administration qu'eux qui gère.

Et il y a toujours eu des députés et des sénateurs pour voter ces réformes ?

Oui, mais vous avez vu que cette fois-ci, cela renâcle beaucoup, parce que lorsque vous regardez, par exemple, celui qui s'occupe des finances locales à l'AMF - l'Association des Maires de France -, c'est quelqu'un, monsieur Laurent, qui est UMP, eh bien il dit : "C'est cette fois-ci une rupture radicale par rapport au passé, et on est sur une vraie recentralisation. Il n'y aura plus de possibilités d'action pour les pouvoirs locaux demain si la réforme passe".

Oui, mais vous savez bien, Gérard Collomb, que la réforme va être votée. Là, on discute... Elle n'est pas bien, mais elle va être votée, vous le savez.

Je ne suis pas sûr qu'elle soit votée dans les formes. Moi je serai jeudi au sénat pour discuter un certain nombre d'amendements et j'espère bien qu'on va faire changer les choses parce que voyez, mon collègue de Fos-sur-Mer, par exemple, dont je vous parlais tout à l'heure m'a écrit : pour lui, il perd 80% de l'impôt économique ; donc, il va avoir 80% de dotations. Dans ce cas-là, il ne faut plus avoir un maire ; il vaut mieux avoir un préfet qui gère l'argent donné par le gouvernement.

Vous lui avez dit tout ça à Nicolas Sarkozy ?

Oui, je lui ai dit tout ça et je lui ai dit que c'était une erreur profonde. Il n'a pas été très explicite parce qu'il voit bien qu'il y a un problème maintenant, à la fois sur la réforme des collectivités locales où là, j'ai espoir qu'on puisse faire progresser les choses. Mais cette réforme de la taxe professionnelle, ça a été fait à l'emporte-pièces ; et aujourd'hui, on s'aperçoit que cela cause des dégâts terribles et d'abord dans la Majorité présidentielle.

Vous avez vu le Président de la République, d'après ce qu'on lit dans la presse, à la fin du mois d'octobre. Et il vous aurait demandé : "Quand est-ce que vous venez travailler avec moi ?" C'est vrai ?

Oui, c'est vrai, à la fin de l'entretien. Je ne sais pas si c'était la boutade. Moi je lui ai dit : "Ecoutez, ce n'est pas pour tout de suite". Et il m'a dit : "Dans le deuxième mandat..."

Ah ! C'est pas pour tout de suite ! Ah ! Vous serez peut-être un prochain ministre d'ouverture alors ?

Ah non, je ne serai pas ministre d'ouverture. Vous savez, moi j'ai des convictions tout à fait enracinées. Ce que je veux faire c'est faire évoluer la Gauche pour en faire une Gauche adaptée aux réalités d'aujourd'hui et capable, justement, de pouvoir offrir une alternance.

Vous voulez faire évoluer le Parti socialiste, Gérard Collomb ?

Je sais que c'est un gros travail, monsieur Aphatie...

Oh là, vous avez vu ce week-end là ! Vous avez vu Ségolène Royal... Vincent Peillon...

Mais je suis prêt à me révolter et donc, j'essaie de le faire dans les mois qui viennent. Je vais essayer de m'engager plus activement de manière à le faire évoluer. Je crois qu'on a besoin, aujourd'hui, en France d'une grande force d'alternances.

Qu'est-ce que vous avez pensé du psychodrame de Dijon ?

Ah écoutez, je n'ai pensé ce que les Français en ont pensé que...

C'est-à-dire ?

C'est-à-dire que finalement, il y a des petits affrontements de personnes qui font oublier les grands enjeux qui devraient être ceux sur lesquels se focalise le Parti socialiste. Aujourd'hui, quand même, le déficit de l'Etat, la difficulté économique. On devrait se concentrer sur ces problèmes.

Mais pourquoi vous ne le faites pas ? Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce que les dirigeants socialistes passent leur temps à se chamailler ?

Ecoutez, c'est un véritable problème pour moi. Mais pas tous.

Vous avez la réponse ?

Pas tous.

Non, mais vous avez la réponse ? Pourquoi ce spectacle absolument affligeant ?

Peut-être parce qu'au congrès de Reims, on a mis la charrue avant les bœufs, c'est-à-dire qu'au lieu de se mettre d'accord sur un projet, sur une analyse, on a essayé de promouvoir des destins personnels ; et à partir de là, tout a déraillé. On s'aperçoit bien qu'aujourd'hui...

Vous souteniez Ségolène Royal, vous ?

Je soutenais à l'époque Ségolène Royal...

Vous le regrettez ?

Non, je ne le regrette pas. C'était un épisode.

Vous recommenceriez, vous la soutiendrez encore ?

Je l'ai déjà dit : pour moi aujourd'hui, j'ai pris du champ par rapport à tout ça, parce que ce qui m'intéresse, par exemple, c'est ce que vont faire les présidents de régions qui parce que, eux, ils sont sur des bases réalistes qu'ils prennent en charge l'économie, les problèmes sociaux des gens dans le pays, vont gagner alors que le Parti socialiste a une image tout à fait détestable. Donc, il faut en faire changer, il faut que le Parti socialiste redevienne une grande force d'Opposition.

Allez, l'espoir fait vivre, Gérard Collomb !

Toujours.
 
Contre les réformes professionnelles et pour la réforme du Parti socialiste, il y a du boulot !

Ah il y a du boulot, monsieur Aphatie !

Auteur : Jean-Michel Aphatie

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Gérard Collomb / AFP / Boris Horvat

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