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Christophe Pacaud

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09 nov. 2009

Màj 11h20

Marie-George Buffet : "Nous aurions dû aller au bout de la critique des régimes du bloc de l'Est" (vidéo)

La secrétaire nationale du PCF répondait lundi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Marie-George Buffet a reconnu, à l'occasion du vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, que son parti n'avait pas été "au bout de la critique" des régimes communistes du bloc de l'Est et qu'il aurait dû les "condamner". Pour elle, la chute du Mur fut "à la fois un soulagement et un immense choc". Selon elle, "ce n'était pas la mort du communisme" mais celle "de régimes (...) du socialisme réel", qui "se targuaient du mot communisme".

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Marie-George Buffet.

Marie-George Buffet : Bonjour.

Le Mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989. Avez-vous bu du champagne ce jour-là ou avez vous pleuré ?

Non, je n'ai ni bu de champagne ni pleuré. C'était à la fois un soulagement, et puis un immense choc. Je crois qu'aujourd'hui, vingt ans après, j'ai envie de réfléchir aux causes de ce terrible échec de cette tentative de socialisme. Et puis réfléchir aussi à quelle alternative au capitalisme aujourd'hui. Comment construire une alternative au capitalisme aujourd'hui.

9 novembre 1989, c'était la mort du communisme ?

C'était pas la mort du communisme, c'était la mort d'une construction de régime, qu'on avait appelée les régimes du socialisme réel, qui se targuait du nouveau communisme, et qui quelque part avaient installé des régimes autoritaires, centralisés, bureaucratique.

Et que vous avez soutenus jusqu'au bout ?

On a pas soutenu ces régimes jusqu'au bout, mais on n'a pas été clair. On a toujours...

Non, vous avez soutenu jusqu'au bout...

On a parlé de bilan globalement positif, on a toujours essayé de justifier quelque part ces régimes, alors qu'ils étaient voués à l'échec. Non, on les a critiqués, mais on n'a pas été au bout de la critique, on aurait dû condamner ces régimes. On les a seulement critiqués. Et aujourd'hui, on s'aperçoit que c'est les atteintes aux libertés, mais ces atteintes aux libertés elles vont plus loin que la souffrance humaine qu'elle provoque bien évidemment, on a parlé de Tien An Men, on aurait pu parler des goulags on aurait pu parler d'autre chose. Mais c'est aussi cette absence de liberté de démocratie qui faisait que ces régimes étaient incapables de construire des réponses adaptées aux nouveaux enjeux du XXème siècle, que ce soient la globalisation, que ce soient les mutations, les nouvelles aspirations qui montaient des peuples.

Dans l'esprit de tout le monde, Marie-George Buffet, allez dans la rue aujourd'hui... Le Mur de Berlin, ça symbolise la mort du communisme, de tout le monde...

Mais la mort de ce communisme là, la mort de ce communisme. Mais aujourd'hui, vous êtes face à un régime, un système capitaliste qui est en crise. Vous avez de nouveaux murs qui se sont dressés.

C'est un autre problème ça...

Le mur de la financiarisation, le mur de la centralisation des pouvoirs, le mur de l'absence de partage des pouvoirs et des savoirs. Tout cela ce sont des murs qu'il faut aujourd'hui démolir également, et c'est à cela que les communistes français doivent travailler.

C'est un autre problème, cela...

Mais non, le problème est le même... C'est-à-dire est ce qu'il y a une alternative à ce régime capitaliste dont on a parlé que c'était la fin de l'histoire. On voit aujourd'hui vingt ans après la chute du Mur, que ce régime n'a pas résolu les grands problèmes, que ce soit la famine, que ce soit la pandémie, que ce soient des tentatives de domination ou pillage des ressources naturelles sur notre planète, qui entrainent des conflits et des guerres meurtrières, donc il y a bien besoin encore aujourd'hui de travailler une alternative. Mais ceci dit, ce travail sur l'alternative, la grande leçon du Mur de Berlin, enfin du moins de ce qu'a témoigné le Mur de Berlin, c'est que l'alternative, elle pourra se construire que par la démocratie, voilà.

Dix-huit ans après la chute du mur de Berlin, c'était au printemps 2007, vous étiez candidate, Marie-George Buffet, à l'élection présidentielle au nom du parti communiste français. Vous avez recueilli 707.000 voix, 1.93% des suffrages. Est ce que ce n'est pas la preuve de la mort du communisme ?

Mais vous savez très bien que le résultat à la présidentielle n'est pas lié à la chute du mur de Berlin, vous savez très bien que c'est lié à la présidentialisation de ce système institutionnel français. On fait qu'on joue sur deux grands partis dominants, et puis au fait, il y avait, comme je dirais... Emiettement des candidatures de la gauche et je pense que c'est ça qui a provoqué ce résultat. Ce n'est pas lié à la chute du mur.

Ce score n'indique pas la mort du communisme aussi en France.

Mais non, vous le savez très bien, il y a eu d'autres élections depuis et nous avons montré que le parti communiste, lorsqu'il a une démarche de projet, lorsqu'il a une démarche de rassemblement, est capable de rassembler.

Nicolas Sarkozy sur Facebook ce matin. "Le 9 novembre 1989 au matin, nous nous intéressons aux informations qui arrivent de Berlin et semblent annoncer du changement dans la capitale divisée de l'Allemagne. Nous décidons de quitter Paris avec Alain Juppé pour participer à l'évènement qui se profile". Vous, vous êtes restée à Paris ?

Oui, je suis restée à Paris, nous avons organisé partout des rencontres, des débats... C'est vrai qu'à cette époque-là, les communistes étaient interpellés, et nous avons essayé de mener ce débat et ce soir encore, au siège du parti, il y a un débat qui a lieu sur, justement, les enseignements à tirer de l'échec du socialisme réel, et aujourd'hui, comment présenter une nouvelle... une nouvelle chance j'ai envie de dire au changement.

Mais Nicolas Sarkozy était à Berlin ce jour-là. C'est lui qui avait raison.

Ecoutez... Mais Nicolas Sarkozy il était à Berlin, et aujourd'hui il mène une politique qui est contraire aux intérêts populaires, donc on va pas excuser sa politique parce qu'il a été à Berlin ce jour là.

C'est une journée difficile pour vous aujourd'hui, Marie-George Buffet ?

Ah pas du tout, pas du tout.

C'est pas une journée ordinaire ?

C'est pas une journée ordinaire, et je le dis dans un interview ce matin dans "L'Humanité". Moi, je me plains pas qu'on parle de cette question. Je me plains pas que depuis une semaine, les antennes bruissent des analyses, des enseignements à tirer de la chute du mur, parce que pour nous, communistes français, c'est une journée où justement nous avons besoin de réfléchir à la construction d'une alternative réelle... Nous avons besoin de réfléchir à ce qui s'est passé dans les pays du socialisme réel. Nous avons besoin de réfléchir à qu'est ce que porte aujourd'hui l'idéal communiste, cet idéal de partage, cet idéal de liberté, d'égalité. Donc je pense que c'est une journée au contraire qui doit nous provoquer du bouillonnement au niveau intellectuel.

Ce matin, le journal "Libération" donne la parole à Stéphane Gatignan, qui est maire communiste de Sevran. Il annonce qu'il sera candidat aux élections régionales de mars prochain en région parisienne, mais sur les listes d'Europe Ecologie, pas sur les listes du PC. Et il dit ceci à "Libération", Stéphane Gatignan : "J'en ai parlé avec Marie-George Buffet, elle a trouvé que je n'avais pas tort, c'est tellement le marasme intellectuel et le désarroi dans le Parti communiste".

J'ai rencontré en effet Stéphane, et nous avons beaucoup parlé parce que Stéphane a fait part de sa lassitude par rapport à la difficulté en effet de gérer aujourd'hui des villes où il y a beaucoup beaucoup de difficultés. Il m'a fait part de son... forme peut être de désespoir par rapport à la perspective, bon, et d'un choix nouveau qu'il fait au niveau de son engagement politique, intellectuel. Mais moi, je respecte Stéphane, moi je pense qu'il y a matière à poursuivre le combat tel que nous le menons. Nous sommes aujourd'hui dans une phase où nous avons de nouveau proposé à la gauche de se rassembler. Nous avons pris l'initiative d'un front de gauche pour les élections régionales, et je pense que ce front de gauche, va, comme il l'a fait aux élections européennes, marquer des points.

Marasme intellectuel et désarroi dans le Parti communiste, dit il.

Mais ça... Il n'y a pas de désarroi dans le Parti communiste, au contraire. Autant nous avons connu il y a deux ans une période très difficile où on s'est beaucoup questionné sur l'avenir même du parti. Nous avons eu depuis un congrès où nous avons décidé de poursuivre le parti, de le transforme. D'ailleurs, le 5 décembre,  nous allons réunir l'ensemble des animateurs du PC pour procéder à l'examen de ces transformations nécessaires, puis nous avons décidé surtout que face à la dérive que connait la gauche aujourd'hui, au fait que la gauche est inerte face à la politique particulièrement violente de la droite, il était temps d'appeler à un rassemblement des forces de gauche sur la base d'un projet politique. Nous avons pris l'initiative d'ateliers où nous avons rassemblé toute la gauche, du parti socialiste aux partis de gauche, à la gauche unitaire, à des écologistes, etc.

C'est fini avec Olivier Besancenot ?

Ecoutez, la réponse qu'il nous a encore rapportée samedi est une réponse de fermeture.

Donc c'est terminé ?

Bah, nous nous sommes dans une démarche d'ouverture à gauche. Nous sommes dans une démarche de rassemblement. Nous voulons non pas des bonnes oppositions de gauche, nous voulons des bonnes majorités de gauche pour changer la vie quotidienne dans les régions.

Jean-Luc Melenchon sera candidat en Ile-de-France ?

Ecoutez, ça, ça va se débattre avec les adhérents des différents partis en Ile-de-France. On en est pas encore là.

Vingt ans après, Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PC français était l'invitée de RTL. Bonne journée.

Auteur : Jean-Michel Aphatie

RTL info - Marie-George Buffet sur RTL, le 9 novembre 2009

Marie-George Buffet sur RTL, le 9 novembre 2009 / RTL

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