Martine Aubry, dans les studios de RTL, le 8 avril 2009 / RTL.fr
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04 nov. 2009
Màj 16 déc. 2009 07h56
04 nov. 2009
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Martine Aubry.
Martine Aubry : Bonjour.
Les dépêches AFP d'hier soir rapportent les propos de Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, tenus devant des élus de la majorité présidentielle : "Je suis de plus en plus partisan, dit le ministre Brice Hortefeux, d'une mesure qui aurait le mérite de la simplicité, de la lisibilité, de l'efficacité : qu'un jeune de moins de 13 ans qui aurait déjà commis un acte de délinquance, ait une interdiction de sortie nocturne s'il n'est pas accompagné d'un adulte". Bonne ou mauvaise idée Martine Aubry ?
Ca ne sera jamais que le vingt-troisième que sort le gouvernement, depuis maintenant deux ans, sur la sécurité, nous faisant croire qu'à fois qu'il y avait un problème, qu'il suffisait de faire voter une loi pour ça change. Moi, ce que je crois, c'est que la sécurité c'est un problème global. C'est un problème de prévention. Il faut savoir quelles sont les situations de ces jeunes. C'est un problème de sanctions, et c'est un problème aussi de moyens. De moyens, notamment en hommes pour régler les problèmes.
Et le couvre-feu pour les mineurs, vous qui êtes élue d'une ville où il doit y avoir des problèmes particuliers ?...
Vous imaginez alors qu'on a perdu dans ma ville 160 policiers, comme la France en perd, comme ce gouvernement va encore dans le budget actuel, vient d'annoncer plusieurs milliers de policiers en moins, et plusieurs milliers de gendarmes. Vous pensez vraiment qu'il va y avoir des policiers pour aller contrôler la nuit, si un jeune qui est dans la rue a moins de 13 ans, ou plus de 13 ans. S'il a été condamné, et s'il peut sortir. On se moque du monde.
Vous disiez vingt-troisième texte. C'était de l'ironie, ou c'est juste un comptage précis ?
Non, c'est la vérité.
D'accord.
Oui, on ferait mieux de remettre de la police de proximité qui puisse accompagner les gens, aller rencontrer les familles, les convoquer, leur expliquer qu'il y a des choses qui ne vont pas. Ce que je fais dans ma ville, en faisant en sorte que toute incivilité donne lieu à une réaction et à une sanction proportionnée.
Participerez vous Martine Aubry au débat sur l'identité nationale ?
Non, nous n'irons pas à ce débat. Pour raison simple : c'est qu'aujourd'hui la France n'a pas besoin de savoir où est son identité. Elle le sait.
Elle sait ? Il n'y a pas d'incertitudes aujourd'hui en France, sur l'identité ?
Il y a de vraies inquiétudes sur l'identité de la France qui est aujourd'hui remise à bas. Vous savez que depuis plusieurs mois, je fais un tour de France, je vais à la rencontre des Français. Non pas pour leur demander des réponses à des questions où le Parti socialiste doit apporter ses réponses : comment relancer, comment sortir de la crise, comment aider chaque enfant à réussir à l'école, chaque personne âgée à aller jusqu'au bout de sa vie ? Non, pour leur dire : c'est quoi la France que nous aimons ? Dans quelle France voulez-vous vivre ? Dans quel projet de société avez vous envie de vous inscrire ?
Et bien, qu'est ce que nous disent les Français ? Ils nous parlent tous les jours de cette identité de la France que nous, nous défendons. Ils nous parlent de la France des droits de l'homme en premier. Et donc, vous voyez bien, la supercherie, je dirais même ce côté malsain, je crois extrêmement dangereux, quand on veut opposer identité nationale et immigration. Comme si aujourd'hui, le problème de la France, c'était les immigrés qui le posaient. Comme si le problème de l'identité de la France, c'était les immigrés. Non. Le problème de l'identité de la France, c'est qu'aujourd'hui on casse ce à quoi nous tenons. Notre modèle social, les services publics, la France des droits de l'homme, la France des libertés quand on s'attaque aux juges d'instruction, ou même aux média. La France de la solidarité, la France de la fraternité quand on renvoie des Afghans en Afghanistan. Donc, aujourd'hui ce ne sont pas ceux qui cassent cette France qui doivent nous donner des leçons d'identité nationale. Ce sont les Français qui leur demandent des comptes.
Vous avez dit "débat malsain", Martine Aubry ?
Oui, je crois que c'est un débat malsain. Et je crois qu'il faut dire un mot du contexte dans lequel ça arrive. Cette rentrée est très difficile pour la droite. Après cette agitation générale du président de la République, ses promesses non tenues, et bien le temps des chiffres est là, le temps des échecs : échecs économiques, l'explosion de la dette, la Sécu qui est quasiment en faillite. Il faudra le dire, la Sécurité sociale, parce que c'est leur politique qui a conduit cela. Moi, je le sais. J'avais rétabli les comptes, pas facilement, mais je l'avais fait. Dans ce contexte là, et l'échec d'ailleurs aussi sur la sécurité, il y a une espèce d'improvisation en cette rentrée. On a l'impression que le président de la République perd pied, y compris dans son projet à lui. D'où la cacophonie sur le grand emprunt, sur la taxe professionnelle. On ne sait plus où on va.
Quel lien avec ce débat ?
Donc comme d'habitude à droite, quand on échoue, au lieu de se poser des questions et de changer de cap, et bien on revient vers les vieux, les vieilles recettes : l'immigration, l'identité, l'insécurité. L'insécurité, c'est quand même un peu difficile, car il est quand même responsable. Alors on nous remet identité-immigration. C'est une honte !
Le mot d'ordre, Martine Aubry, c'est : les élus du Parti socialiste, ne participeront pas à ce débat, ne se rendront pas dans les préfectures pour débattre de l'identité nationale ? C'est ça le mot d'ordre ?
Si vous permettez... Non, le mot d'ordre c'est l'identité de la France, nous la défendons tous les jours...
Oui, ça j'entends, mais... Si des élus socialistes se rendent à ces débats, ils n'engageront qu'eux mêmes, pas le Parti socialiste ?
Bien évidemment nous n'irons pas. Mais non pas parce que ce débat, encore une fois, n'est pas un vrai sujet, mais qu'on l'oppose mal. Aujourd'hui nous, nous pensons que l'identité de la France, elle n'est pas ethnique, elle n'est pas religieuse, elle n'est pas culturelle. L'identité de la France, c'est l'appartenance à des valeurs communes. Et quand je vois dans toutes ces rencontres, comment des gens de toutes cultures, se disent fiers effectivement de vouloir porter dans le quotidien la devise de liberté, égalité, fraternité de laïcité, et qu'ils nous disent aujourd'hui : ce qui nous inquiète c'est que ce gouvernement, tous les deux jours en ronge une partie ( le débat sur la poste, le débat sur le bouclier fiscal) tout ça est dans l'identité de la France. Donc le Parti socialiste est en plein dans la défense de l'identité de la France car il faut trouver les réponses d'aujourd'hui pour la défendre. Donc nous, c'est un sujet sur lequel nous parlons tous les jours, sur lequel nous allons faire des propositions mais pour le conserver, mais pas pour poser des mauvaises questions.
Comme toujours Ségolène Royal fait entendre une musique différente sur ce débat. Elle disait dans le "Parisien" dimanche : "La Gauche ne doit pas rejeter ce débat, et encore moins le craindre".
Je suis d'accord avec ce qu'elle dit...
C'est une façon de dire que c'est un débat...
Attendez, je sais lire quand même. J'ai lu. Voilà...
Et je sais ce que vous alliez dire : vous pensez que la presse instrumentalise toujours les propos de Segolène Royal contre vous.
Et bien, vous avez compris. Voilà, moi je sais lire, et vous vous avez compris. Nous étions hier au bureau national du Parti socialiste. Il y avait tous les amis de Ségolène qui ont confirmé la même position que nous. Oui, nous sommes d'accord,c'est ce que je viens de vous dire. Ca fait quatre mois que je suis auprès des Français pour parler de l'identité de la France, elle nous appartient à nous la gauche, comme elle appartient à des hommes et des femmes de Gauche. Chirac le gaulliste pourrait peut-être nous en parler... Mais ce que nous voulons c'est la défendre, ce que nous voulons, c'est la faire vivre. Et ce n'est pas la manipuler. On ne manipule pas l'identité de notre pays, de manière malsaine en opposant l'immigration. On unit quand on veut défendre l'identité de la France, on essaye d'unir les Français. Et aujourd'hui, il essaye de les diviser. J'ai retrouvé hier une petite formule...
Oui, vous avez beaucoup de petits papiers devant vous. Je ne sais pas si vous allez le retrouver.
Si je l'ai. Une phrase de Levi-Strauss : "J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats.On sait quels désastres en résultèrent". Voilà.
La participation de Levi-Strauss dans le débat sur l'identité nationale...
Ce n'est quand même pas inintéressant, parce qu'aujourd'hui ce que nous disent aussi les Français, c'est que l'identité de la France c'est aussi porter ses valeurs de manière universelle. Donc, ce n'est pas une France fermée sur elle même qui se divise. C'est une France fière de ses valeurs et unie qui veut les porter à l'extérieur. Et ça c'est le vrai débat.
Voilà c'est dit... Julien Dray, actuellement visé par une enquête préliminaire, souhaite être candidat sur les listes socialistes pour les élections régionales en Ile-de-France, mais il se demande si la direction du Parti sociale, veut encore de lui. Il l'a expliqué au "Figaro" hier : "Si je ne suis pas utile à mon parti, il faut qu'on me le dise, mais qu'on me le dise en face". Que lui dites-vous, vous Martine Aubry ?
Alors, je lui dis à lui, comme à tous les candidats que c'est à chacun de prendre une décision. La prise de décision, et je lui fais confiance pour prendre la décision qui sera la meilleure, pour lui même, pour les idées...
Il est candidat...
On verra. Pour l'instant, il a dit "je suis candidat" et pour le camp qu'il représente, à savoir le nôtre auquel il fait pleinement partie puisqu'il c'est une personnalité du parti socialiste. A partir de là, les militants choisiront.
Et le fait, qu'il soit visé par une enquête préliminaire, c'est un obstacle, une difficulté pour qu'il soit candidat.
Ecoutez, je crois profondément à la présomption d'innocence. Elle fait partie de notre identité nationale, celle que nous défendons tous les jours. C'est pour cela que nous voulons pas la suppression des juges d'instruction, et c'est pour cela que nous avons été choqués que l'enquête menée sur Julien Dray, se retrouve dans les colonne de l'ensemble des journaux avant même d'ailleurs, qu'il puisse avoir accès à son dossier.
Donc, il peut représenter le Parti socialiste aux élections régionales ?..
C'est lui qui prendra la décision, et ensuite les militants.
Le Parquet de Paris ne fera appel de la décision du juge d'instruction qui renvoie Jacques Chirac devant le tribunal correctionnel. Il y aura donc un procès Jacques Chirac. Qu'en pensez-vous, Martine Aubry ?
Ecoutez, je dis simplement les choses. Ca ne fait plaisir à personne de voir cela. On l'a dit, Jacques Chirac, bon, il a certain âge, et les faits sont anciens. En même temps, je le dis sans aucune hésitation : la justice doit s'appliquer à tous le monde. Et se pose d'ailleurs, les problèmes d'immunité du chef de l'Etat. Aujourd'hui, est ce qu'elle n'est pas trop large, est ce qu'on devrait pas la limiter aux actes qui dépendent de sa fonction. Voilà des questions qui doivent aussi se reposer, et se posent au Parlement. Mais je crois que la seule chose qu'on peut dire, c'est que la Justice doit être la même pour tous, et donc acte, il faut y aller.
Dernier sujet, Martine Aubry : Henri Proglio devient PDG d'EDF à la fin du mois. Et aujourd'hui le PDG de Veolia en tant que PDG de Veolia gagne deux fois plus que ce qu'il gagnerait en tant que PDG d'EDF. Il voudrait une augmentation de salaire, pour compenser cette perte de salaire. Qu'en pensez-vous ?
Il ferait mieux d'abandonner Veolia, parce que véritablement c'est un vrai problème de politique industrielle dans notre pays. Comment peut on accepter que monsieur Proglio, que je connais bien, et qui est un homme de grande qualité, soit à la fois le président d'EDF et de Veolia. Il y a l'évidence, un problème de concurrence par rapport à d'autres entreprises. Il n'y a pas une réalité de politique industrielle et de stratégie industrielle . On a plus l'impression, que là encore, que ce sont des copinages, des organisations qui font plaisir aux amis du président de la République. Ce n'est pas sain...
Et l'augmentation de salaire...
Ecoutez, moi l'augmentation de salaire, moi je voudrais simplement que Nicolas Sarkozy fasse ce qu'il a dit à Toulon dans les Ardennes...
Vous n'avez pas répondu...
Oui, mais c'est lié .. Il avait dit ; je mettrais fin à ces hautes rémunérations comme je limiterai les bonus. Nous avons présenté, nous les socialistes une proposition de loi. L'UMP s'est opposé..
Ce n'est pas une réponse à la question que je vous ai posée...
Et bien si...
Sur ce cas précis...
Non bien sûr...Si cette loi avait été votée, le problème ne se poserait plus. Car cet écart de rémunération est scandaleux surtout aujourd'hui où les Français souffrent de leur perte de pouvoir d'achat...
Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, était l'invitée de RTL ce matin. Merci.
Auteur : Jean-Michel Aphatie
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