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24 juil. 2009

Màj 13h17

Christian Estrosi : "Je vais demander des comptes aux dirigeants d'Alcatel" (vidéo)

Le ministre de l'Industrie répondait vendredi matin aux questions de Marc Tronchot. Christian Estrosi a annoncé qu'il allait "demander aux responsables d'Alcatel d'expliquer pourquoi on veut externaliser" certaines activités du groupe de télécommunication, ce qui entraîne la suppression en France de 850 emplois sur deux ans. Il s'est dit "un peu intrigué, un peu surpris".

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Marc Tronchot : Bonjour, Christian Estrosi.

Christian Estrosi : Bonjour, Marc Tronchot.

Un coup d'œil, tout d'abord, sur l'actualité dans une région que vous connaissez bien, la région Provence-Alpes Côte d'Azur. On est passé ces dernières 48 heures à côté d'un drame. Un exercice militaire semble bien être à l'origine d'un incendie de garrigue qui a gagné les portes de Marseille. Le Premier ministre parle de "faute professionnelle grave", demande des sanctions. L'ex vice-président de la région, le maire de Nice que vous êtes, porte-t-il un regard particulier sur cet événement ? J'imagine que oui ?...

La faute est impardonnable ; une enquête est en cours. Et il faut que des sanctions que soient prononcées parce que nul n'est au-dessus des lois. Et moi qui connais bien cette région, et qui sais les risques naturels dus au vent, à la chaleur, à la sécheresse, etc., nous ne pouvons pas passer notre temps, nous, les élus, à donner des leçons de morale et à demander aux autorités policière et judiciaire de poursuivre tous ceux qui ne respectent pas les règles et ne pas les appliquer à l'égard d'un militaire qui les a enfreint. Voilà pourquoi je soutiens de toutes mes forces, bien évidemment, le Premier ministre qui a fait les menaces nécessaires pour que les sanctions les plus exemplaires soient prononcées. Non seulement, c'est la biodiversité, c'est la nature, mais c'est aussi des hommes et des habitations qui étaient menacés.

Il y avait eu un précédent en 2008 à Canjuers dans le Var. Il y a un problème avec l'armée ?

C'est pas un problème avec l'armée. L'Armée française est faite d'hommes et de femmes qui sont des grands professionnels mais que ce soit dans l'armée, que ce soit parmi les hommes politiques, que ce soit parmi les magistrats, que ce soit parmi les policiers, les médecins, les journalistes. Quand on ne se comporte pas conformément aux règles de la république, on est un citoyen comme les autres et c'est normal que l'on subisse les conséquences de ses erreurs.

Qui va payer les dégâts ?

Malheureusement, c'est la collectivité. C'est l'Etat puisque un militaire est en cause, et qu'un militaire c'est l'Etat.

Christian Estrosi, de l'incendie de forêts à l'incendie social, il y a une transition facile. Des départs de feux, des incendies qui couvent. Les conséquences de la crise, les salariés de New Fabris ne relâchent pas la pression. On les a entendus tout à l'heure : ils maintiennent leur ultimatum au 31 juillet. Les bonbonnes de gaz sont prêtes à ressortir. Qu'est-ce que vous dites ce matin aux salariés de New Fabris ?

Ce que j'ai entendu tout à l'heure, c'est qu'on remerciait l'action qui était celle de mon ministère, la mienne, parce qu'il y avait une véritable ouverture. "Porte ouverte", j'ai entendu. Et un appel à l'apaisement. Et moi je salue le comportement là aussi comme dans d'autres entreprises au cours des jours écoulés, que j'ai rencontrés. Et qui rentrent dans une phase constructive de dialogue social, celle à laquelle j'appelle parce que la menace est une impasse. Là où il y a encore quelques jours de cela, ils proféraient des menaces lourdes. Je le dis : l'ultimatum du 31 juillet reste pour moi tout à fait inacceptable. Mais en même temps, je sens que jour après jour les propositions concrètes que j'ai faites, leur permet de mesurer que le gouvernement est très ouvert.

Je veux du dialogue. Je veux la recherche du compromis. Nous avons fait des propositions très intéressantes. On ne dit pas suffisamment que deux-tiers des salariés de New Fabris ont déjà signé pour 236 d'entre eux sur 366, le contrat de transition professionnelle. 95% de leur salaire garanti pendant un an, une prime de 17.500 euros et, en plus conformément à mon engagement, alors que ça n'est pas mon rôle, j'ai fait pression. J'ai engagé une discussion avec les constructeurs automobiles - PSA et Renault - pour leur dire : il y a des outils qui peuvent être utiles pour le constructeur, vous avez fait appel pendant des années à cette entreprise pour assurer la sous-traitance de votre industrie, il est normal que vous apportiez votre contribution. On a réussi à ce qu'ils reprennent 4 millions de stocks et d'outillage ; et ces 4 millions, j'ai souhaité qu'ils reviennent intégralement aux salariés de New Fabris. Parce que ça leur est du. Ca fait 11.000 euros...

Pourquoi ils s'arrêtent pas alors ?

Retenez ce chiffre : 17.500 euros de prime légale plus 11.000 euros. Ca fait 28.500 euros en moyenne.

Vous avez l'impression qu'ils se transforment en chasseur de primes les salariés ?

Mais c'est bien pour cela que moi je ne veux pas rentrer dans ce jeu. Et je le dis : la menace est une impasse. On voit bien que chacun commence à le comprendre et je remercie d'ailleurs les responsables nationaux des grandes centrales syndicales, notamment la CGT qui hier a déploré la menace d'explosion d'usine par des salariés. Il y a d'autres entreprises. Je pense, par exemple, à la papeterie Malaucène, dans le Vaucluse, qui elle-même dit : "Nous, ce qui compte, c'est pas la prime, c'est le retour à l'emploi". Moi je veux redonner à chaque salarié sa dignité par l'emploi, et j'y mettrai toute mon énergie.

Christian Estrosi, vous n'avez pas fini, les semaines qui viennent risquent d'être difficiles. C'est l'équipementier en télécom Alcatel Lucent qui hier confirmait la suppression de 850 emplois et l'externalistion de 150 autres . Quatrième plan social en trois ans. Vous craignez pas d'être le ministre des plans sociaux ?

Je veux être à la fois le ministre qui va essayer d'être le meilleur pompier possible ; mais en même temps, ne doutez pas un seul instant que je ferai tout pour être un architecte de l'innovation, de la sortie de crise, pour faire dans les secteurs stratégiques de la France un champion du monde, parce qu'il faut penser à la crise. Il faut sauver les entreprises qui peuvent être sauvées et penser en matière de recherche, de développement et d'innovation à être les meilleurs aussi à la sortie et j'investirai tous les moyens nécessaires. Et c'est pour ça que concernant Alcatel, vous avez raison de poser cette question. Je suis un peu intrigué, je suis un peu surpris. Je ne comprends pas que l'on puisse dire alors qu'il y a des savoir-faire chez ces salariés qui sont extraordinaires. Ce qui me permet de dire que je ne suis pas que le ministre de l'Industrie. Je veux que les ouvriers sachent que je suis leur ministre. Je suis le ministre des ouvriers. C'est pourquoi je vais demander aujourd'hui aux responsables d'Alcatel de m'expliquer pourquoi on veut externaliser.

Philippe Camus le dit dans "Le Figaro". Il dit qu'il y va du leadership de son groupe et de sa compétitivité.

Et bien moi je ne pense qu'au leadership de la France. La France a beaucoup mis sur Alcatel en matière de recherche, de développement, en les prenant dans des pôles de compétitivité, en mettant du crédit impôt recherche. Et donc aujourd'hui, j'aurai une conversation avec les responsables d'Alcatel Lucent. Je prendrai contact avec les salariés. Je veux qu'ils sachent que je veux être à leur écoute comme je suis à l'écoute de tous les autres et je leur proposerai d'ailleurs que ce soit en me rendant sur un site, comme celui de Vélizy lundi prochain, ou en les recevant à mon ministère comme ils préfèrent. Mais je veux leur dire que je suis aussi à leurs côtés pour tout comprendre. Je ne comprendrais pas pourquoi on enlèverait des emplois en France dans la plus-value, la valeur ajoutée des savoir-faire que sont celles de nos chercheurs, de nos ingénieurs, de nos techniciens, de nos ouvriers pour les confier à d'autres centres et d'autres laboratoires à l'étranger dans un domaine de télécommunications où la France doit rester un leader mondial.

Christian Estrosi, "ministre des ouvriers", était l'invité de RTL ce matin.

Auteur : La rédaction de RTL

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