
Jean-Marie Bockel / AFP
RTL info
27 févr. 2008
Màj 11h56
27 févr. 2008
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*Bonjour Jean Marie Bockel.
Bonjour.
*Vous allez partir juste après le Conseil des ministres,
tout à l'heure, avec le Président pour l'Afrique du Sud. Il y aura un arrêt de
quelques heures au Tchad et Nicolas Sarkozy rencontrera Idriss Déby. Or, il y a
toujours deux dirigeants de l'Opposition Démocratique qui ont disparu, est-ce
bien le moment d'aller serrer la main du Président Déby alors qu'on ne sait
rien du sort de ces deux Opposants et que le Président Déby fait quand même
preuve d'autoritarisme depuis qu'il a réussi à se maintenir au Pouvoir il y a
quelques semaines ?
Oui, c'est une manière aussi -par notre présence- d'exercer
une pression extrêmement forte. D'un côté, ce qui se passe là-bas est
stratégique. L'armée française pendant cette période où le Pouvoir a été remis
en cause par les rebelles, est restée parfaitement dans son rôle. Je crois que
tout le monde le reconnaît aujourd'hui. On a évacué tout de même 1.500
personnes dont 900 Etrangers de 76 nationalités ; et nous ne sommes pas ...
*On a un petit peu assisté Idriss Déby !
Et nous ne sommes pas intervenus, nous ne sommes pas sortis
de notre rôle. C'est d'ailleurs une PREMIERE et ça, ça marque aussi un
changement. Mais effectivement, au passage, on peut leur rendre hommage. Nous allons donc
là-bas parce qu'il y a maintenant l'installation, l'enjeu de l'installation des
Forces Eufor. Il y a tout de même un enjeu très important de paix et de
stabilité dans le Darfour voisin ; mais en même temps sachez qu'avant le
déplacement, en ce moment et pendant le déplacement et ça ne s'arrêtera pas,
nous maintenons une pression. Nous maintenons la pression que des amis qui
peuvent se faire entendre, qui peuvent être écoutés, maintiennent pour arriver
à ce que là-dessus ...
*Vous n'avez pas peur qu'il y ait une forme de caution quand
on va visiter comme ça un Chef d'Etat chez lui.
C'est un Allié de la France dans une région où la France joue un rôle
important. L'attaque rebelle qu'il a subie nous aurait amenés à une situation
épouvantable. Donc, à partir de là, si vous voulez, nous n'avons pas à nous
immiscer dans des questions de souveraineté des pays, mais par contre, nous
pouvons sur la question des Droits de l'Homme, la libération des prisonniers,
également le respect des accords militaires à la fois agir -c'est ce que nous
avons fait pendant le conflit - et faire passer des messages. Il y a déjà eu
des résultats. Il y a déjà un ancien Président qui a été libéré. Nous allons
continuer. C'est comme ça que nous pouvons peser. En restant chez nous, en
jugeant de loin, en s'arrogeant le droit de dire : celui-là il est
fréquentable, celui-là il n'est pas fréquantable, nous n'avons aucun poids.
*Est-ce qu'il sera aussi question de la Grace des membres de l'Arche
de Zoë ?
Ce sont des questions sur lesquelles franchement, nous avons
bien évolué. Je crois que nous avons progressé. Je crois que le Président Déby
a fait des ouvertures et ce sont des questions, évidemment, qui font tout le
temps partie des discussions.
*Ce n'est pas aujourd'hui qu'on saura si les membres de
l'Arche de Zoë sont graciés à l'occasion de cette visite ?
Je ne puis vous le dire mais je pense qu'il est préférable
que les choses se déroulent normalement, à leur rythme normal.
*Alors, depuis que vous êtes ministre, on vous sent vraiment
dans les clous du Sarkozysme. Vous êtes un ministre d'ouverture, vous êtes de
Gauche ; et quand on écoute, par exemple, Fadela Amara, par rapport à Christine
Boutin ou Martin Hirsch, on arrive à discerner leur spécificité. Par exemple, il ne faut pas être extra-lucide pour deviner
que vous ne deviez pas être ravi de la visite du Colonel Kadhafi. Eh bien, à
l'époque, c'était Rama Yade, une ministre UMP pur jus qui a mis les pieds dans
le plat pour dire tout bas ce que vous pensiez, sans doute. Comment ça se fait
?
Elle était dans son rôle. Moi-même j'ai mis les pieds dans
le plat lorsque j'ai parlé de la France Afrique, lorsque j'ai parlé quand même, je
l'ai fait très fortement d'une autre coopération avec l'Afrique, d'un autre
rapport avec l'Afrique, d'une écoute des sociétés civiles. Je pense que je me
suis exprimé avec beaucoup de force. Ca a eu un certain écho en France, mais
aussi en Afrique sur l'évolution de la relation pour donner sens à la feuille
de route ...
*Vous n'êtes pas satisfait de ce qui se passe ? La relation
France-Afrique est toujours "à l'ancienne" avec la diplomatie
parallèle ?
Là, les choses ont changé tout de même. La cellule Afrique
...
*Quand M. Balkany va en Afrique mandaté par M. Sarkozy ?
Il n'est pas mandaté, si vous voulez.
*Oui, mais il y va.
Tout le monde peut voyager, la question n'est pas là.
Les choses évoluent. Le Président a réaffirmé sa volonté de
changement. On attend son discours en Afrique du Sud qui, je crois, sera important. Mais moi, je suis dans
mon rôle, à la fois de responsable de la Coopération mais aussi d'homme de Gauche, de
rappeler un certain nombre d'exigences dans l'évolution de cette relation.
Et pour le reste, si vous voulez... ma démarche à moi, je
respecte totalement la démarche de mes collègues que vous avez cités qui
viennent de la société civile, qui ont comme moi une sensibilité de Gauche, ma
démarche c'est d'avoir créé une formation politique de manière à pouvoir,
au-delà même des Municipales, inscrire à travers une Gauche Moderne -dans la
durée- une démarche, certes, d'allié de la Politique de réformes du Président et de son
gouvernement mais d'exigences également en amont des réformes, au-delà du
simple coup de gueule sur certaines inflexions. Moi, je suis un Social Libéral.
*Vous êtes de Gauche et vous êtes avocat de formation.
Comment vous jugez la façon dont le Président insiste sur
l'application immédiate de la loi de Rétention de Sûreté, malgré la décision du
Conseil Constitutionnel ? Vous savez, je suis aussi maire. Je suis beaucoup sur le
terrain, j'écoute les gens. Je suis aussi père et évidemment ce sont des
questions comme citoyen auxquelles je suis extrêmement sensible. On a mis
beaucoup de choses en avant. Moi j'ai regardé ça de près. Le premier Président
de la Cour de
Cassation, tout en reconnaissant évidemment la décision du Conseil
Constitutionnel, accepte la mission qui lui est confiée. Et moi, ce qui
m'intéresse ...
*C'est pas tout à fait ça. Il dit qu'il veut bien regarder
ce qu'il peut faire mais il rappelle (et quand même il le fait avec ses mots
!), le Premier Président de la
Cour de Cassation rappelle qu'il est hors de question,
évidemment, d'aller à l'encontre du Conseil Constitutionnel. C'est une fin de
non-recevoir.
Mais ce qui est intéressant dans cette démarche, c'est de
savoir comment on va trouver une solution pour les personnes qui, en attendant
l'application du texte (c'est toute la question de la rétroactivité) comment
elles vont trouver une solution.
Une solution,
d'abord, et là il faut que la
Droite et la
Gauche balayent devant leurs propres portes sur la situation dans les prisons, les soins.
Ca, ce sont des questions que je connais bien. Comme maire, nous sommes souvent
appelés à prendre des décisions par rapport à des personnes qui sont des
personnes dangereuses. Donc là-dessus, il y a tout un chemin, il y a tout un
travail qui peut être fait pour que déjà, un certain nombre de personnes
n'arrivent pas à la fin de leur Peine dans une situation de grande dangerosité,
et ensuite, il y a la question de savoir pour celles qui malgré tout, quoiqu'on
ait pu faire et qui est améliorable, seraient en situation extrêmement
dangereuse ...
*Il y a les moyens de le faire, sans ...
La question est là. Je crois qu'il faut se mettre autour
d'une table. Moi je pense que la ligne qui a été tracée, c'est l'esprit de la Loi, c'est l'idée qu'on ne
peut tout de même attendre des années et des années. A partir de là, on a
entendu le point de vue du Conseil Constitutionnel, on a entendu l'ouverture et
une réflexion qui est faite par le premier Président de la Cour de Cassation, à partir
de là, je crois qu'il faut que le travail continue, il ne faut surtout pas que
les Français aient le sentiment ...
*Vous n'êtes pas troublé par ce que dit, par exemple, Nadine
Morano. Est-ce que les Socialistes sont du côté des assassins ?
Moi, c'est moi ; moi, j'emploie mes mots ...
*Mais au-delà des mots et de la forme ?
Je n'emploie pas des formules à l'emporte-pièces. Ce qui
m'intéresse très concrètement, c'est comment dans les années à venir, nous
allons dans le respect de la
Loi Française, en la faisant, bien sûr, changer comme on l'a
fait mais trouver des solutions ...
*Même sur ce sujet, vous n'avez pas de différence avec le
Président ?
La question n'est pas là, si vous voulez.
*Ma question est là.
Moi, ma question aujourd'hui, c'est comment ... mon sujet,
mon souci aujourd'hui ... non, je n'ai pas de désaccord avec le Président sur
la sensibilité qu'il a à des personnes qui restent extrêmement dangereuses.
Alors là, aujourd'hui évidemment, on lui cherche querelle
absolument sur tout. Moi je souhaiterais que de temps en temps, on lui fiche un
petit peu la paix. Moi j'ai l'impression qu'aujourd'hui, chaque fois qu'il pose
une question, et même des questions extrêmement importantes pour nos
concitoyens, on va constamment lui chercher querelle, on va constamment essayer
de savoir ce qu'il y a derrière, on va constamment le mettre en accusation
d'être dans la Politique
politicienne et dans l'immédiateté alors que lui-même est avocat aussi. Il a
rencontré des victimes. Il a rencontré à Pau des familles de victimes. Il a été
absolument non seulement révolté mais il en était malade, si vous voulez ...
C'est terrible ce qui se passe parfois. Et parfois, vous voyez ensuite des pays
entiers se mobiliser après des actes horribles ; et on dit : mais qu'est-ce
qu'on peut faire ? On met en place des commissions.
Là, il y a une piste
qui est proposée. Bien sûr que nous sommes respectueux et de la Loi et de la Constitution ; bien
sûr que le Président est respectueux de la Constitution, il en
est le garant. Mais il faut qu'on trouve une solution et il faut qu'on la
trouve ensemble, et pas en se traitant de noms d'oiseaux, ça n'a pas de sens.
*Merci. Jean Marie Bockel était notre invité, premier
défenseur de Nicolas Sarkozy mais pas de Nadine Morano.
Oui, mais homme de Gauche. Homme libre et capable de dire
non.
Auteur : Thomas Legrand

Jean-Marie Bockel / AFP
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