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Philippe Bouvard

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19 juin 2009

Màj 29 juin 2009 06h26

Pierre-Henri Gourgeon : "Air France est en contact avec plus de 1.800 proches des victimes du vol Rio-Paris" (vidéo)

Le directeur général d'Air France-KLM répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Pierre-Henri Gourgeon a indiqué que son groupe était en contact avec plus de 1.800 proches des victimes du crash de l'A330 d'Air France le 1er juin entre Rio et Paris. Une avance de 17.500 euros est en train d'être versée aux familles des 228 disparus.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Pierre-Henri Gourgeon.

Pierre-Henri Gourgeon : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Où en est l'enquête sur les causes de la catastrophe de l'avion d'Air France ?

Le Bureau Enquêtes Accidents a fait un point, mercredi. Ils estiment qu'ils cernent un petit mieux le lieu ou la localisation possible de l'épave. Des moyens extraordinaires sont mis en place par à la fois le gouvernement brésilien mais beaucoup le gouvernement français pour donner une chance de retrouver cette épave. L'espoir n'est pas perdu, au contraire. Et l'objectif essentiel, c'est bien sûr d'atteindre ces fameuses boîtes noires.

Sans les boîtes noires, on ne peut pas savoir la vérité, Pierre-Henri Gourgeon ?

On peut imaginer des choses. On peut combiner les éléments qu'on a sans les boîtes noires pour essayer de mieux comprendre des scénarios, mais ce sera beaucoup plus difficile ; et bien évidemment, l'enregistreur simplifierait tout et nous donnerait beaucoup d'éléments de compréhension de cet accident.

On a jusqu'à la fin du mois, si on a bien compris pour espérer retrouver les boîtes noires, après ça ne sera plus possible ? Nous sommes le 19 juin.

Disons que la localisation par l'émission des balises qui sont avec les boîtes noires fonctionne pendant un mois mais même au-delà, si on connaît la localisation de l'épave, à ce moment-là, on peut imaginer que des travaux puissent continuer.

Cette absence de connaissance des causes de la catastrophe aérienne, évidemment, suscite beaucoup de tensions, on le comprend, parmi les proches des victimes ; et certaines vous reprochent de ne pas donner assez d'informations, vous critiquent de les abandonner. Que leur répondez-vous, Pierre-Henri Gourgeon ?

Nous avons deux devoirs vis-à-vis des familles des victimes, bien sûr : l'information et l'aide. Et je vous assure que nous sommes totalement mobilisés, toute la compagnie. Toute la compagnie qui est très meutrie par cet accident est mobilisée. Nous avons dès le début mis en place tous les moyens pour être en contact avec les familles des victimes. Ce n'est pas facile. Le monde moderne est différent et nous avons souvent seulement un portable ; et comme vous l'imaginez, ce portable est malheureusement dans l'avion. Et donc nous avons probablement mis plusieurs heures à pouvoir avoir l'ensemble des proches. Les chiffres sont impressionnants. Nous avons, aujourd'hui, une liste de proches avec qui nous sommes en contact régulièrement : elle est supérieure à 1.800 personnes.

Et donc, ce sont des personnes avec lesquelles vous essayez de rester en contact aujourd'hui ?

Nous restons en contact, et ils disposent chacun de numéros de téléphone où ils peuvent contacter des personnels d'Air France. Dans chaque pays, un représentant a été désigné et est disponible pour les recevoir ou pour être en contact avec eux. Nous mettons en place d'autres moyens de communication. Nous avons créé une équipe tout à fait importante, de plus de vingt personnes au niveau central à Air France qui est complètement dédié à ça et qui sera permanente. Nous voulons être présents dans le long terme auprès des familles.

C'est-à-dire vous apportez un soutien, vous essayez d'apporter un soutien psychologique à ceux qui peuvent le réclamer, par exemple ?

Bien sûr, ce n'est pas toujours facile. Nous faisons le maximum pour cela. Nous avons des psychologues dans chaque pays, dans chaque escale. Vous savez que les passagers étaient de trente-deux nationalités différentes ; donc tout ça est d'une grande complexité. Mais nous avons la capacité de gérer cette complexité. C'est juste une question de moyens et il n'y a pas de limites aux moyens que nous mettons en place. Et pour l'instant, on va être dans la phase actuelle, beaucoup concentré sur la première avance qui est versée pour chaque victime : environ 17.500 euros. Cette avance ne demande aucun engagement, bien sûr ; et les avocats de nos assureurs dans chaque pays sont en train de parler aux familles des victimes pour arriver à mettre en place cette avance.

Gérer une catastrophe comme cela est, bien entendu, très difficile, Pierre-Henri Gourgeon. Certains vous reprochent de ne pas avoir accompli des gestes, certes symboliques, mais qu'on pouvait attendre de vous, par exemple aller à Rio,  vous montrer davantage, parler davantage. Que répondez-vous ?

Vous savez, notre première attention a été auprès des familles. Et là, on a été très présent, je pense auprès des familles. J'en ai rencontrées plusieurs fois, bien sûr ; et de faire tous les efforts pour les accompagner. Alors, nous sommes en train d'étudier et nous allons contacter les familles et essayer de comprendre quel est leur désir ? Dans quelles conditions nous pouvons organiser un hommage solennel et à quel endroit, bien sûr ? Et ceci, nous allons essayer de le définir dans les jours qui viennent.

Des experts brésiliens autopsient les corps retrouvés sur les lieux de la catastrophe : une cinquantaine de corps aujourd'hui. Selon eux, ils présentent de multiples fractures, aux jambes, aux hanches, aux bras ; et du coup, les spécialistes aéronautiques estiment que cette présentation des corps aujourd'hui, ces fractures-là suggèrent plutôt une dislocation de l'appareil en vol. Est-ce que ce type d'hypothèse et de déduction vous paraît acceptable, Pierre-Henri Gourgeon ?

Je n'irais pas jusque là pour l'instant parce que d'abord, je ne suis pas un spécialiste. Ce que je sais c'est que les enquêteurs souhaiteraient connaître les causes du décès que l'autopsie permet normalement dans beaucoup de cas, de les connaître et que la connaissance des causes du décès permettra de  mieux préciser ce qui s'est passé exactement. Est-ce que les victimes ont perdu la vie avant l'impact ? Ou à l'impact ? C'est sans doute l'analyse ; mais il y a une difficulté, je crois, qui est en train d'être résolue d'échanges d'informations entre les représentants du Bureau Enquêtes Accidents et les médecins légistes brésiliens.

Oui, la partie française a regretté de ne pas avoir été associée aux autopsies ?

Oui et donc ceci va sans doute se compenser rapidement ; et les informations vont sans doute être acquises.

On a appris que la société Airbus avait diffusé une alerte dès septembre 2007 sur la qualité des sondes pitot qui sont des capteurs de vitesse déposés sur les avions et vous n'avez procédé, vous, à Air France à ces changements que durant ce printemps. Est-ce que vous n'avez pas tardé à prendre en compte la mise en garde d'Airbus sur l'écran des vitesses ?

Non, absolument pas. Je voudrais simplement rectifier peut-être les choses. La mise en garde d'Airbus, nous l'avons appliquée. Elle était destinée à faire face à un autre problème qui était des problèmes d'ingestion d'eau dans les basses couches de l'atmosphère, surtout pour les modèles A320 et donc elle a été appliquée sur du modèle A320.

Pour les modèles A330, A340, où nous n'avons pas eu d'incidents avant août 2008, nous n'avons pas fait de modifications et ce qu'il faut savoir c'est que le changement de sondes dans l'esprit d'Airbus ne répondait pas aux problèmes du givrage. Et d'ailleurs, à partir de novembre 2008, la recommandation qui existait précédemment pour ce qui concerne le givrage est retirée parce que ce n'est pas dans l'esprit des professionnels une solution.

Votre compagnie avec cette catastrophe aérienne connaît, bien entendu, une épreuve difficile. Elle traverse aussi la crise comme tout le monde. Nous y sommes tous confrontés. "Le Parisien" de ce matin indique que vous venez d'entamer des discussions avec la direction générale de l'aviation civile pour réfléchir à des mesures de chômage technique de votre personnel naviguant. Le confirmez-vous, Pierre-Henri Gourgeon ?

Nous avons sans doute des contacts avec la DGSE... On étudie tous les scénarios, bien sûr. Je pense que des dispositions avaient déjà été mises en place dans le passé. Je n'ai pas de confirmation particulière sur ce sujet. Nous essayons de gérer notre évolution en prenant des mesures extrêmement fortes de mobilité professionnelle, de mobilité géographique des activités de façon à utiliser les départs naturels pour réduire notre dimensionnement.

Pas de chômage technique à la rentrée ? C'est ce que dit "le Parisien".

Ca, je ne sais pas. Non, je ne sais pas le dire...

Vous êtes le directeur général d'Air France...

... La visibilité de l'évolution économique d'ici le mois de septembre est quelque chose qui n'est pas donnée.

Et "le Parisien" dit aussi que vous avez annoncé, hier, à vos cadres, peut-être pas vous, mais la direction d'Air France, la suppression de 3.000 nouveaux postes de travail, en plus des 3.000 déjà programmés.

C'est peut-être l'ordre de grandeur sur un groupe qui fait 100.000 personnes à Air France KLM ; c'est une évolution de 2% à 3%, c'est celle qu'on a observée l'année dernière. Il n'y a pas de chiffres extrêmement précis mais c'est notre ambition et c'est ce qui se fonde sur les départs naturels.

Sur la catastrophe, vous espérez avoir une avancée de l'enquête décisive à quel délai, Pierre-Henri Gourgeon ?

Il y a un point important qui est à la fin du mois lorsque le Bureau Enquêtes Accidents remet son rapport préliminaire qui va permettre de rassembler toutes les données.

Pierre-Henri Gourgeon, le directeur général d'Air France, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

Auteur : Jean-Michel Aphatie

RTL info - Pierre-Henri Gourgeon sur RTL le 19 juin 2009

Pierre-Henri Gourgeon sur RTL le 19 juin 2009 / RTL

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