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03 avr. 2009

Màj 10h45

Henri Guaino : "Il faudra payer un jour la facture de cette crise" (vidéo)

Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin. Les décisions prises au sommet du G20 de Londres, qui a notamment prévu d'injecter 1.100 milliards de dollars supplémentaires dans l'économie mondiale, "vont forcement jouer un rôle positif sur l'évolution de la crise", a estimé

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Henri Guaino.

Henri Guaino : Bonjour.
 
Tout le monde est content, ce matin. Nous allons donc essayer d'être concret. Les dispositions prises, hier, au G20 de Londres vont-elles modifier le cours de la crise et donc rapprocher le moment de la reprise économique, Henri Guaino ?

Elles vont forcément jouer un rôle positif sur l'évolution de la crise. D'abord parce que c'est une contribution au retour de la confiance, le fait de voir réunis tous les chefs d'Etat et de gouvernement des grands pays du monde qui représentent de l'ordre de 80% de la production de richesses mondiales, c'est évidemment un élément de confiance. Deuxièmement, le sommet a fait apparaître une détermination de la part de tous les chefs d'Etat et de gouvernement de soutenir l'activité. Ce qui est le plus important dans ce domaine, c'est évidemment que les chefs d'Etat et de gouvernement ont affirmé, solennellement, que s'il y avait besoin de remettre de l'argent dans le circuit économique, de reprendre des mesures nouvelles de relance, ils le feraient. Ils ont, par ailleurs, accordé près de 1.000 milliards de ressources supplémentaires...

On va en reparler..

... injectées dans l'économie mondiale à travers notamment le triplement des ressources du FMI ; et enfin, ils ont montré que - et ça, ça va bien au-delà de la crise mais c'est très important pour la sortie de crise et pour l'avenir - qu'ils étaient décidés à réguler la mondialisation, à réguler la globalisation, ce qui jusqu'à présent, n'avait jamais été le cas.

Le retour de la croissance en 2010 est-il aujourd'hui une certitude, Henri Guaino  ?

Non, il n'y a pas de certitude dans ce domaine. Moi je ne me lancerais pas dans ce genre de prévisions. Plutôt la croissance reviendra, mieux ce sera. Il faut faire tous les efforts possibles pour que la croissance revienne le plus tôt possible ; mais je crois qu'il faut se garder de ce genre de prévisions. Vous savez, ça me rappelle le Président américain en 1930. Il disait : la reprise est au coin de la rue. On a attendu dix ans et on a eu une guerre mondiale, entre temps.

Il faut rester prudent ?

Non, ce n'est même pas de rester prudent ; c'est rester honnête. Personne, aujourd'hui, ne sait quand la reprise va venir. Mais il ne faut pas poser cette  question. Il faut faire tous les efforts pour qu'elle revienne le plus vite possible, c'est ce qui s'est passé à Londres, hier.

Alors parmi ces efforts, les institutions financières : FMI, banques mondiales bénéficieront de 1.000 milliards de dollars supplémentaires. On ne comprend pas toujours d'où viennent ces ressources. Alors, une question simple : par exemple, les finances publiques françaises, l'Etat français sera-t-il mis à contribution pour apporter ces ressources complémentaires aux défections financières ?

Et surtout tous les pays à travers les Etats seront mis à contribution pour apporter ces ressources, ces ressources supplémentaires qui sont, pour l'essentiel, des capacités d'emprunt nouvelles.  Alors d'où vient cet argent ? Eh bien, il vient de l'épargne mondial. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Le système financier et le système bancaire n'arrivent plus à faire ce qu'on appelle l'inter-médiation financière d'économie mondiale, c'est-à-dire prendre l'épargne d'un côté et puis de l'injecter utilement dans l'économie de l'autre. Ce sont donc les banques centrales et les Etats qui le font. Ils empruntent et ils remettent cet argent pour le faire circuler dans l'économie mondiale. Voilà. L'argent ne circule plus, la monnaie ne circule plus, l'épargne ne circule plus. Surtout qu'il n'y a pas de mystère : on fait circuler l'épargne mondiale.

Et donc, ça veut dire que l'Etat français va contribuer à cet accroissement des moyens du FMI de la Banque mondiale ?

Bien sûr, comme tous les Etats.

Donc, ça coûtera encore de l'argent aux Finances publiques françaises...

... Mais coûter ne veut rien dire...

Est-ce qu'on a une idée de la somme que l'Etat français, contributeur donc, dépensera pour cela ?

C'est en fonction de ses quote-parts dans le capital du FMI...   

Et on le sait ou pas, aujourd'hui ?

Je n'ai pas le chiffre en tête ; mais tout ça est calculé. Il y a des quote-parts pour chaque pays en fonction d'un certain nombre de critères dont le PNB qui permet de calculer quel est leur quote-part dans le capital du FMI qui va d'ailleurs être révisé pour faire une place nouvelle à certains pays émergents.

Donc, on connaîtra le chiffre dans les prochains jours. Combien nous coûte le G 20 ?

Le mot "coût" est un mauvais mot. La France, comme les autres pays, va assumer sa part de responsabilités. La plupart de ces capitaux sont des capitaux qui sont rémunérés, donc il n'y a pas... C'est pas des problèmes de coût. Elle fait un travail comme font les autres pays, un travail de banquier si vous voulez. Chaque fois que le banquier prête, ça lui coûte de l'argent. Il faut sortir de cette vision strictement comptable et rentrer dans une vision économique.

Le G 20, nous dit-on, c'est 5.000 milliards de relance, de soutien à l'économie.

5.000 milliards, c'est le total de ce qu'on a déjà engagé.

Le total des plans déjà faits. Est-ce qu'il y aura en France, dans l'esprit de ce G20 un nouveau plan de relance, Henri Guaino ?

Le Président de la République l'a dit et répété. Il l'a dit notamment à Saint-Quentin : rien n'est exclu. Le gouvernement fera ce qu'il est nécessaire de faire en fonction de la situation.

Est-ce qu'il y a nécessité de le faire ? On voit que la consommation en France a chuté de 20%...

Aujourd'hui, il n'y a pas nécessité de le faire. Les premières mesures du Plan de relance viennent à peine d'être mises en oeuvre ; mais peut-être que demain ou après-demain, il y aura cette nécessité. Cela dit, il faut bien comprendre.

La chute de la consommation ne vous fait pas dire qu'il y a une nécessité ?

Pas pour l'instant. On ne peut pas faire un Plan de relance toutes les semaines. A fortiori, si on devait aller sur le terrain de la consommation, on ne peut pas les multiplier. Il faut donc garder ces moyens pour le moment où c'est vraiment nécessaire parce que lorsque vous empruntez pour investir, à la fin vous avez des créances et en face vous avez des actifs. Et lorsque vous empruntez pour consommer, à la fin vous avez des dettes et en face rien du tout.  Et donc, il faut rembourser ses dettes. Vous pouvez faire peut-être une fois un plan de relance par la consommation, mais vous ne pouvez pas le faire toutes les semaines ou tous les mois. Il faut donc garder son sang-froid, suivre attentivement la situation et le faire au bon moment, quand c'est utile.

Des propos que vous avez prononcés, Henri Guaino, devant l'institut Montaigne lundi, ont retenu l'attention. Vous avez dit, je vous cite : "Qu'on le veuille ou non, à la fin il faudra payer. Ce sera soit les travailleurs, soit les épargnants, soit les contribuables. Au bout du compte, c'est vous et moi. La facture doit être payée."C'est quoi ? Une augmentation prochaine des impôts, Henri Guaino ?

Non, non, vous avez une énorme crise qui est en train de produire ses effets, notamment une énorme crise d'endettement. La bulle d'endettement se défait. Il est clair que les conséquences de cette crise, c'est que  : il va falloir payer une facture. Il va y avoir des pertes de richesses, des pertes de patrimoine, des pertes de revenus, des pertes d'emplois. Il n'est pas pensable, et ce serait démagogique de dire que personne au monde ne va payer toute ou partie de cette facture. Ce qu'on peut faire de plus intelligent, c'est de l'étaler, c'est de répartir les sacrifices de la façon la plus juste, c'est de limiter les dégâts, c'est de chercher le plus vite possible à trouver la voie de la reprise. C'est ce que font les gouvernements, c'est ce que font les Etats dans le monde entier, c'est ce qu'a fait le G20 hier ; mais à la fin, de toute façon, il faut payer ses dettes.

Il faudra payer.

Soit c'est le créancier qui perd une partie de sa créance, soit c'est l'emprunteur qui est obligé de régler sa facture ou de régler sa dette. Il y a plusieurs possibilités. Je ne faisais pas un choix particulier. Je pense que la pire des choses serait de faire payer les contribuables parce que ça nous enfoncerait dans la crise si on le faisait maintenant, et ça casserait la reprise si on le faisait au moment de la sortie de crise.

C'est dit. Pas les contribuables...Donc, le G20 est une réussite. On a juste noté une absence au G20 parce que tout ne peut pas être parfait. C'est Carla Bruni. Pourquoi elle n'était pas là, Henri Guaino ?

Mais parce qu'il y avait aucune raison pour qu'elle soit là. C'était une réunion de travail. Toutes les rencontres étaient des rencontres de travail. Les épouses des chefs d'Etat qui étaient là, les quelques-unes, ont participé...

Oui, il y en avait pas mal !

... Non, non, il y en avait quelques unes. Elles ont participé à rien. Donc, ça n'avait pas beaucoup de sens. Ce n'était pas une visite d'Etat. Ce n'était pas une visite officielle. Ce n'était pas une visite mondaine. C'était une réunion de travail.

Henri Guaino, qui a participé au G20 qui n'était pas une réunion mondaine, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.


Auteur : Jean-Michel Aphatie

RTL info - Henri Guaino, le 27 février 2009

Henri Guaino, le 27 février 2009 / RTL

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