Jean-Pierre Raffarin sur RTL, le 13 janvier 2009 / RTL
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18 mars 2009
Màj 11h12
18 mars 2009
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Pierre Raffarin.
Jean-Pierre Raffarin : Bonjour, monsieur Aphatie.
Un sondage BVA publié par le journal "Les Echos", hier, indique que trois Français sur quatre soutiennent le mouvement de grève de demain ; et 62 % des sondés jugent mauvaise la politique économique du gouvernement. Peut-on parler de l'impopularité du gouvernement ? Et cela vous inquiète-t-il, Jean-Pierre Raffarin ?
Je crois que d'une certaine manière, c'est plus grave qu'une cote de popularité. Nous ne sommes pas là dans une situation électorale. Nous sommes là face à une crise, une crise qui est planétaire, une Crise qui est en France et dure, souvent violente. Elle n'est pas généralisée ; dans un département comme le mien, les résultats du Futuroscope en février : +7%, c'est très bien ; et à 25 kilomètres de là, à Châtellerault, c'est très mauvais. Il y a beaucoup de drames. Donc il est clair qu'une manifestation aujourd'hui doit être respectée.
Elle doit être respectée ?
Elle doit être respectée parce qu'il y a beaucoup d'inquiétudes dans la société. Il faut traiter cette pulsion sociale avec une très grande sagesse. Il est important que dans la société il y ait ce type de respiration sociale. Je crois qu'il y a des inquiétudes auxquelles il faut répondre. Je pense qu'il faudra après cette manifestation, tirer un certain nombre de conclusions, peut-être engager un certain nombre d'actions. Quand nous avons une société aussi fragile, nous devons éviter toute déchirure sociale. Donc, je suis "contre" les propos que j'entends ici ou là qui sont assez brutaux...
Vous pensez à qui ? Au Président de la République, par exemple. Vous dites : "En cette période socialement difficile (vous l'avez dit à "La Tribune", récemment) les discours d'où qu'ils viennent, ne doivent pas être brutaux". Les discours du chef de l'Etat, par exemple, sont trop brutaux, Jean Pierre Raffarin ?
Non. Non, je pense que le chef de l'Etat va sur le terrain... Il tend la main. Il était hier dans le Doubs. Je pense qu'il est très important que nous fassions en sorte qu'il n'y ait pas de violences verbales dans la Politique parce qu'il y a déjà de la violence sociale.
Mais qui a de la violence verbale, aujourd'hui ?
Mais quand je vois, aujourd'hui, par exemple. Le Medef et la CGT, aujourd'hui, s'accusent mais avec des mots qui sont des mots durs, je veux dire : on n'est pas aujourd'hui entre Français en train de se battre. On est face à une crise qui nous vient de l'extérieur. Donc, il ne faut pas s'accuser les uns les autres. Il faut, au contraire, essayer de relever nos défis, le faire avec responsabilités. Dire d'un certain nombre de choses qui sont détestables, c'est vrai que quand il y a des manifestations qui tournent en violence, il faut les condamner. C'est vrai qu'il y a quelques comportements, je pense à certains bonus, qui sont assez scandaleux et qui portent une certaine forme de violence. Donc, apaisons la société pour pouvoir résoudre nos difficultés.
Le Président de la République a-t-il refermé, hier, trop brutalement le débat sur : bouclier fiscal, augmentation des impôts, etc ?
Franchement non. Je l'ai dit. Je crois qu'il y a des amendements qui sont des amendements de progrès. Et puis, il y a des amendements qui sont des missiles. Remettre en cause la politique économique qui a été engagée depuis deux ans, c'est fragiliser l'action du gouvernement. Aujourd'hui...
Même si la crise change les choses, il ne faut rien changer à la Politique définie avant la crise, Jean-Pierre Raffarin ?
Non, il faut faire des choses. Ce qui a été choisi, je crois, est la bonne direction ; c'est-à-dire qu'on ne résout pas les problèmes, aujourd'hui, par l'augmentation des impôts. Ce n'est pas par plus d'impôts qu'on règlera, c'est par ce qu'on a appelé "la bonne dette" - c'est un peu le cholestérol -, il y a de la mauvaise dette pour le fonctionnement, il y a de la bonne dette pour l'investissement qui crée de la valeur. Notre plan de relance est un plan fait pour créer de la richesse ; et c'est là la stratégie, ce n'est pas l'augmentation des impôts. Le Président a eu raison de fermer ce débat.
Dans votre première réponse, Jean-Pierre Raffarin, vous indiquez qu'il faudrait écouter les manifestants et puis, peut-être engager des actions. Alors, vous pensiez à quelque chose de concret, ou pas ?
Ah je pense que nous avons une priorité qui apparaît clairement aujourd'hui dans cette crise, c'est le problème de l'insertion des Jeunes. Je crois qu'il nous faut un grand plan des jeunes. Moi je serai partisan d'un contrat Etat-régions pour l'insertion professionnelle des jeunes. Les régions ont en responsabilité aujourd'hui la formation professionnelle, l'insertion. Je pense qu'avec 1 milliard, 2 milliards, aujourd'hui partagés entre régions et Etat, on pourrait faire beaucoup sur le local pour aider à l'insertion professionnelle des jeunes. C'est une priorité.
Les syndicats qui organisent les manifestations de demain, disent "Arrêtons de supprimer des postes dans la Fonction publique en période de crise, ça n'est pas bien". Qu'en pensez-vous, Jean-Pierre Raffarin ?
Je crois qu'il faut alléger quelquefois aussi notre charge collective et qu'il faut rendre notre Etat le plus productif possible, le plus simple possible. C'est pour ça que je suis pour la réforme de ce qu'on appelle notre millefeuilles administratif. Il faut que l'administration de la France soit plus rapide, plus efficace, plus lisible et moins chère.
Mais en période de crise, on peut continuer à supprimer des emplois dans la Fonction publique ?
En période de crise, il faut continuer, bien sûr, les réformes.
Donc, finalement, il ne faut rien changer ! Vous dites : "Il faut changer les choses !" Non, il ne faut rien changer.
Je vous parle d'un plan pour les Jeunes. Je vous parle d'investissements de relance, je vous parle de créer de la Valeur pour les générations futures et donner du travail aux générations actuelles. C'est ça le plan de relance et il faut continuer dans cette direction en mobilisant aussi nos partenaires européens car l'action de la France ne doit pas être isolée.
C'est dans ce contexte qu'on apprend, ce matin, que Bernard Tapie va toucher un chèque de l'Etat, le dernier : 101 millions d'euros. Un commentaire, Jean-Pierre Raffarin ?
C'est une décision de justice et je n'ai pas à la commenter.
Un arbitrage du moins !
Je trouve... Oui, mais avec des procédures... Je trouve que tout ça est préoccupant et je trouve qu'il y a des chiffres, aujourd'hui, en matière de salaire, de rémunération qui sont choquants et qui font partie des tensions. Et j'appelle tout le monde à plus de responsabilités. Nous avons dans notre société une force de mouvements, des forces vives. Il faut naturellement ne pas décourager ces forces vives mais il faut aussi dans les périodes de crise développer ce que j'appellerai, une éthique de la sagesse et de la responsabilité.
Sagesse ! Le Pape a développé, hier, sa pensée sur le sida. Vous ne pouvez pas combattre cette maladie, a-t-il dit, avec la distribution des préservatifs. Au contraire, cela aggrave le problème. Que pensez-vous du Pape, Jean-Pierre Raffarin, quand il parle comme ça ?
Je ne comprends pas ; mais je sais que je n'ai pas à tout comprendre dans ma religion. Dans ma religion, je ne comprends pas tout. Et au fond, je vous le dis très clairement, je n 'attends pas des explications. J'attends une espérance. Je sais bien que le Pape, aujourd'hui, n'a pas une légitimité populaire ; et sa mission n'est pas de plaire, n'est pas de faire plaisir. Elle est de dire ce qu'il croit être la vérité. Il est là pour faire réfléchir.
Mais en étant à ce point décalé avec la société !
Et quand il parle d'abstinence, il fait réfléchir. Je pense que naturellement, il rend compliquée la tâche de tous ces prêtres, de tous ces pèlerins de l'Eglise qui, sur le terrain, sont dans des difficultés sociales et qui comme moi, naturellement, sont plus près des propos de Monseigneur Di Falco que de ceux du Pape. Mais je ne voudrais pas accuser une parole qui vient d'en-haut et qui n'est pas faite pour faire plaisir. C'est une parole qui se veut être une parole de vérité. C'est ça le rôle du Pape. Et donc, je veux la respecter même si je ne la comprends pas. Mais j'attends de l'espérance plus que des explications.
Vous êtes sénateur, Jean-Pierre Raffarin, le gouvernement a demandé, hier, aux députés leur avis sur la réintégration de la France dans l'OTAN. Mais aux sénateurs, il ne demande rien. Il s'en moque un peu de l'avis du Sénat. Ca vous vexe ?
Non. Oh j'aime autant qu'on demande l'avis du Sénat. Je n'étais pas très heureux de voir que les collègues socialistes ont quitté notre séance quand je vois le Sénat hémiplégique, ça me fait un peu de peine. Et je leur reproche d'avoir fait...
Non je parle du gouvernement de l'OTAN.
Oui, mais ils ont fait la politique de la chaise vide. Je pense que plus on demandera l'avis du Sénat et mieux ce sera.
Est-ce que vous auriez envie de savoir qui a payé les vacances privées du chef de l'Etat au Mexique, Jean-Pierre Raffarin ?
Non. Franchement... Très franchement, je crois que ce genre de sujet-là font partie aussi des polémiques qui créent des tensions.
Ca ne sont que des polémiques ! La transparence n'est pas un besoin républicain.
Je pense qu'en permanence, donner le sentiment qu'on s'accroche au Président de la République, qu'on veut le déstabiliser sur ces questions-là, je pense que c'est la création d'une certaine tension qui fait partie de ce sur quoi je veux aujourd'hui faire changer les comportements : apaiser et non pas systématiquement à attaquer, critiquer. Regardez, tous ces livres à charge qui sortent. Voyez en permanence, il y a aussi de la part de la presse, une certaine violence. Apaisons ! Apaisons ! Nous sommes en crise sociale.
Jean-Pierre Raffarin, qui est comme nous - il ne comprend pas tout !- était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.
Auteur : Jean-Michel Aphatie
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