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Philippe Bouvard

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13 févr. 2009

Màj 12h49

Christine Lagarde : "Notre croissance sera inférieure à 1% en 2009"

La ministre de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Christine Lagarde a déclaré que la croissance cette année sera inférieure à 1% en France. Commentant la contraction de 1,2% du produit intérieur brut au quatrième trimestre, elle a noté que l'acquis de croissance était de -0,9% à l'entame de 2009. "Il faudrait qu'on réalise une année 2009 exceptionnelle pour remonter ce handicap," a-t-elle déclaré. Interrogée sur la répartition du bénéfice de près de 14 milliards d'euros, dont seulement une petite partie sera reversée aux salariés de Total, elle a répondu : "Je n'ai pas à porter de jugement sur la répartition telle qu'elle est décidée par les actionnaires dans un groupe privé".

Regardez la vidéo de l'entretienChristine Lagarde, invité de RTL (13/02/09)

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Christine Lagarde.

Christine Lagarde : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

L'Insee l'a annoncé hier : le Produit Intérieur Brut de la France est contracté de 1,2 % au quatrième trimestre de l'année dernière. Au total, la croissance en 2008 aura été de seulement 0,7% en France. Sur ces mauvaises bases-là, Christine Lagarde, comment se présente, selon vous, l'année 2009 ?

Elle se présente sous des aspects qui ne sont pas particulièrement réjouissants puisqu'on entre dans l'année 2009 avec ce qu'on appelle un acquis de croissance. C'est le cas quand on a de la croissance. En l'espèce, le quatrième trimestre a moins 1,2% et est vraiment mauvais, on le savait. Donc on entre dans 2009 avec du retard, si j'ose dire. On entre avec déjà un poids de -0,9%. Il faudrait qu'on réalise une année 209 exceptionnellement bonne avec de très bons premier et deuxième trimestres pour remonter déjà ce handicap. Donc, on le sait : le premier trimestre sera difficile. On le vit déjà puisqu'on voit les annonces de chômage partiel, de fermeture, etc. On aura une année 2009 qui sera difficile et je pense que nous n'aurons pas une Croissance qui sera supérieure à -1%. Ce sera probablement inférieur à moins 1%.

C'est-à-dire, nous n'aurons pas de croissance en France, cette année 2009 ?

Comme dans la plupart des pays du monde. Vous savez, aujourd'hui, on a une situation de récession mondiale, de récession européenne et donc de récession nationale en France. On n'est pas plus mal loti que les autres, on est plutôt un tout petit peu mieux loti si on examine attentivement les différents postes qui constituent la croissance. Mais on est en récession clairement.

Le Parlement a voté un projet de Budget en décembre qui prévoyait une croissance de 0,2 à 0,5 en 2009 ; donc vous allez faire une révision de croissance et demander aux parlementaires de revoir la copie budgétaire, Christine Lagarde ?

Ce qu'on va surtout devoir faire, c'est vis-à-vis de nos partenaires européens, un réexamen de l'ensemble des données, c'est-à-dire à la fois croissance, prévisions de déficit, prévisions de dettes parce que tout simplement, l'activité détermine tout ça. S'il y a peu d'activités, il y a peu de rentrées fiscales. Quand il y a peu de rentrées fiscales avec des dépenses qui même bien gérées, même contraintes continuent, parce qu'on continue à avoir besoin de nos administrations, on continue à avoir besoin de nos services. Clairement, le déficit augmente et quand le déficit augmente, on le finance par de la dette.

Donc, vous allez tout revoir à la baisse. Vous allez revoir tous les indicateurs ?

On reverra l'ensemble de ces indicateurs au mois de mars, oui.

L'unedic prévoit 282.000 chômeurs en plus en 2009. Dans ce contexte très morose, Christine Lagarde, comment pouvez-vous justifier la suppression de 30.000 postes de fonctionnaires ?

Vous savez, c'est un engagement très ferme du Président de la République et de l'ensemble du gouvernement qui consiste à dire : on a une Administration qui est extrêmement efficace, certes, mais qui est pléthorique dans un certain nombre de domaines. Et donc, on va remplacer les départs en retraite ; mais on en remplacera un sur deux.

Mais vous les maintenez dans la crise, Christine Lagarde ?

Donc, c'est une attrition marginale par rapport au nombre total des fonctionnaires. C'est un engagement que le Président de la République, que le Premier ministre François Fillon et que nous tous autour d'eux, nous tenons. Mais alors, vous parlez...

Mais quand le chômage augmente, supprimer des postes dans la Fonction publique, est-ce que ce n'est pas un éclairage négatif ?

D'abord, il n'y a pas de chômage dans la Fonction publique.

Non : supprimer des postes dans la Fonction publique quand le chômage augmente ?

Un des grands privilèges de la Fonction publique, c'est précisément de pouvoir conserver son job.

Je ne vous ai pas dit qu'il y avait du chômage dans la Fonction publique.

Mais ce qui est important, ce sont les mesures qu'on prend contre le chômage, ce sont les mesures que nous sommes en train de discuter notamment avec les partenaires sociaux, dans le cadre de réunions bilatérales organisées autour de Brice Hortefeux et qui vont déboucher sur la réunion du 18 février. On a tout un volet en discussions sur ce sujet-là parce que ce qui va être grave, ce seront les salariés qui vont perdre leur emploi soit partiellement, soit totalement parce que, eh bien  l'activité s'arrête, l'entreprise est obligée de faire du chômage partiel. Et pour cela, il faut absolument qu'on mette un filet de sauvetage, un filet de sécurité pour tenir le temps de la crise.

Mais les partenaires sociaux, le 18, vous demandent justement de revenir sur la suppression des postes de fonctionnaires. Donc, vous leur répondez ce matin, Christine Lagarde : c'est non.

Non, je réponds que là, on est en train de mélanger les genres. Ce n'est pas parce que vous allez faire du recrutement supplémentaire, maintenir des postes de fonctionnaires que vous allez résoudre le problème du chômage partiel, de celui qui ne travaille plus que deux semaines sur quatre. Donc sur ces questions-là, il faut absolument qu'on ait des réponses pratiques, rapides parce que je sais très bien que les effets de la crise se font sentir déjà maintenant.

Dans cet environnement très morose de la société, Total a annoncé, hier, un bénéfice record en France : 13,9 milliards d'euros réalisés en 2008. Quel est votre commentaire à propos de ce profit de Total, Christine Lagarde ?

Moi je m'en réjouis. Je me réjouis qu'il y ait des entreprises en France qui réussissent, qui fassent des profits, qui génèrent des bénéfices. Alors,  j'ai une entreprise en France. Il se trouve que c'est une entreprise qui exerce un tout petit peu de son activité en France, et beaucoup, beaucoup à l'international. Donc, je trouve ça réjouissant qu'on réalise des bénéfices.

Bravo Total ! Toute la question qui va se poser maintenant, c'est quelle est la suite ? Est-ce qu'il va y avoir des investissements ? Est-ce qu'il va y avoir des embauches ?

Je peux vous répondre ....

Est-ce qu'il va y avoir un certain nombre de réalisations pratiques qui vont apporter de la valeur à la France.

Je peux vous répondre, Christine Lagarde : la direction de Total a décidé de répartir ainsi ses 13,9 milliards d'euros de bénéfices : 60% pour l'investissement, 38% pour les actionnaires, et 2% pour les salariés - 2% pour les salariés ! Un commentaire ?

Ce n'est pas tout à fait les lignes de partage sur lesquelles on discute actuellement avec les partenaires sociaux et les organisations syndicales pour les inciter à débattre ...

Si vous dites le fond de votre pensée : c'est pas assez pour les salaires ?

Je n'ai pas à porter de jugement sur la répartition telle qu'elle est décidée par les actionnaires dans un groupe privé. Je vous donne un exemple.

Le chef de l'Etat a dit qu'il voulait que ce soit trois tiers.

Aujourd'hui, ce que nous faisons dans les entreprises où nous mettons de l'argent ...

Vous avez entendu le chef de l'Etat, jeudi dernier, "trois tiers".

Laissez-moi finir mon propos.

Nous en sommes loin, Christine Lagarde.

Il y a des entreprises dans lesquelles, aujourd'hui, on met de l'argent qu'il s'agisse des banques, qu'il s'agisse des constructeurs automobiles. Quand on est en position ainsi de demander des contreparties, de dire aux constructeurs automobiles : vous n'allez pas fermer de site. Vous n'allez pas envisager de plans sociaux. Vous allez faire tout ce que vous pourrez pour éviter les suppressions d'emploi. Là, on est dans une position où on peut avoir un certain nombre d'exigences. Maintenant qu'un groupe sous actionnariat privé qui réalise l'essentiel de son activité à l'Etranger, fasse des bénéfices et que les actionnaires décident la répartition de ces bénéfices ainsi, c'est leur prérogative dans le cadre d'une société commerciale.

Donc, ça ne vous choque pas ?

Je ne pense pas... Laissez-moi finir !

Que Total ne donne que 2 % aux salariés ne vous choque pas ?

Je ne pense pas que les salariés du groupe Total soient dans une situation de paupérisation ou de misérabilisme. Moi ce qui m'intéresse, c'est de savoir ce que le groupe fait pour créer de l'activité, pour développer de la valeur et je serai très attentive aux investissements, en particulier du groupe Total. J'ajoute en ce qui concerne ce groupe qu'il s'est comporté de manière tout à fait particulière. C'est tout à fait inhabituel, par exemple, qu'un groupe privé décide de financer la prime à la cuve. On verse une prime à la cuve de 200 euros à tous les ménages qui ne sont pas imposables. C'est Total qui finance. Bon, voilà. Alors, c'est une petite chose ; mais c'est un exemple d'un comportement un peu différent aussi.

L'Etat, vous venez de le dire Christine Lagarde, a prêté trois milliards d'euros à Renault, trois milliards d'euros à Peugeot. Christian Streiff, PDG de PSA Peugeot-Citroën était l'invité de RTL, mardi matin ; et il a dit ceci : "Les banques ne nous prêtent plus d'argent. C'est terrible mais c'est la réalité et nous avons un dépannage de trois milliards d'euros de l'Etat". Les banques ne nous prêtent plus d'argent. Dépannage de l'Etat. Quand est-ce que vous allez taper du poing sur la table, Christine Lagarde, pour dire aux banques de faire leur travail ?

Je trouve assez intéressant que donnant des prêts participatifs, on soit des dépanneurs ; mais ceci étant...

Il dit : "Les banques ne nous prêtent plus d'argent". C'est lui qui le dit, PDG de Peugeot-Citroën.

Il y a deux choses, je crois, pour le secteur automobile, c'est d'une part le fait que l'argent ...

Christine Lagarde, je vous parle des banques !

Non, non mais je vous parle du financement des constructeurs automobiles.

On ne parle pas de la même chose.

Si. On parle de la même chose. Je vais vous répondre sur deux points. En ce qui concerne l'accès au Crédit : les banques leur donnent de l'accès au Crédit. Christian Streiff trouve ça trop cher. Bon, très bien. Il a sans doute raison. C'est l'appréciation par les banques d'un secteur automobile dont ils considèrent qu'il a des risques.

Deuxièmement, Peugeot a essayé comme Renault d'ailleurs, d'aller sur le marché obligataire pour lever des fonds eux-mêmes, ils n'y arrivent pas. C'est pour ça que l'Etat vient en disant : écoutez, nous on a une garantie forte, on va chercher de l'argent, on en met à disposition, on facture les intérêts et on vous demande, on vous demande de ne pas fermer de sites et de ne pas procéder à des licenciements massifs.

Christine Lagarde qui ne veut pas taper du poing sur la table pour les banques !

Je passe mon temps à taper du poing sur la table.

Allez, elle a tapé du poing sur la table, alors ! Elle était l'invitée de RTL ce matin. Bonne journée.

Auteur : Jean-Michel Aphatie

RTL info - Christine Lagarde, le 13 février 2009

Christine Lagarde, le 13 février 2009 / RTL

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