
Martine Aubry / RTL
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07 janv. 2009
Màj 09 févr. 2009 12h08
07 janv. 2009
Regardez la vidéo de l'entretien![]()
A écouter aussi : Israël ouvre un corridor humanitaire vers Gaza![]()
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Martine Aubry.
Martine Aubry : Bonjour.
Dans toutes les démocraties, l'opposition a un chef. Etes-vous le chef de l'opposition en France, Martine Aubry ?
En tout cas, je suis à la tête du parti le plus important de l'opposition ?
Ca n'est pas vous le chef de l'opposition ?
Je crois que nous sommes collectivement dans l'opposition ; et j'essaie de démontrer qu'on peut faire de la politique autrement qu'en parlant de soi. Voilà. Mais je suis à la tête de cette opposition, oui.
Mais il n'y a pas un chef de l'opposition en France ?
Ecoutez, vous le définissez comme vous voulez. Moi je considère que je suis à la tête du premier parti d'opposition ; mais que collectivement, nous essayons pas seulement de dénoncer mais surtout de proposer parce qu'on attend de nous, dans cette situation difficile, d'abord des propositions.
On va y venir. Hier, l'armée israélienne a bombardé une école de Gaza qui était sous protection de l'ONU. Plus de quarante civils y auraient trouvé la mort. Quel est votre jugement, Martine Aubry, sur l'action militaire que mène Israël ? S'agit-il d'une légitime défense face au Hamas ou bien d'une action militaire disproportionnée ?
Vous savez, on a eu un long débat, hier soir, au Parti socialiste et je crois que nous avons dit ce qui doit être l'essentiel pour tous ceux qui soutiennent la paix. La première chose, c'est que nous avons toujours défendu le même objectif. Les deux traits de cet objectif sont simples. Il faut qu'Israël puisse vivre en paix, en sécurité. Il faut créer un Etat palestinien. Ces deux Etats doivent vivre avec des frontières qui sont reconnues, l'un à côté de l'autre...
Et Israël dit : il n'y a pas de sécurité, aujourd'hui, en Israël à cause du Hamas.
Et c'est justement au regard de ces objectifs que nous condamnons l'intervention d'Israël qui après avoir d'ailleurs condamné les tirs de roquettes du Hamas contre Israël parce que nous jugeons, aujourd'hui, que cette intervention militaire qui accroît la situation déplorable que vit Gaza, sur lequel la pression n'a pas été retirée pendant la période de trêve et parce que l'escalade risque d'être extrêmement importante au-delà des malheurs des peuples dans la région, et peut-être au-delà.
Donc, nous condamnons l'action militaire d'Israël. Nous demandons un cessez-le-feu immédiat des deux côtés, y compris évidemment l'arrêt des tirs du Hamas. Mais je crois qu'aujourd'hui la question essentielle qui doit se poser c'est comment la Communauté internationale peut enfin se saisir de cette question autrement que par de la compassion et des appels à se mettre autour d'une table de négociations.
C'est ce qu'a essayé de faire Nicolas Sarkozy avec son périple au Proche-Orient, Martine Aubry ?
Ecoutez, Nicolas Sarkozy, moi je le dis très simplement : tout ce qui va dans le sens de l'arrêt du cessez-le-feu doit être salué ; mais tout le problème est de savoir quelle efficacité. Je crois qu'il faut jouer européen.
Mais est-ce que vous saluez la démarche de Nicolas Sarkozy ? Ou est-ce que vous la trouvez trop individuelle ?
Je salue cette démarche ; j'aurais préféré qu'elle soit efficace. Pour être plus efficace...
Ah oui... Tout le monde !
... Il aurait fallu avoir un seul discours. Pas dire ici : nous dénonçons l'intervention d'Israël et dire là-bas : tout est de la faute du Hamas.
Deuxièmement, il aurait fallu jouer collectif. Nous avons une chance historique : c'est que l'Europe avec les Etats Unis puissent enfin dire : la solution elle est politique, elle n'est pas militaire. Et nous sommes, nous, communauté internationale, responsables de trouver une solution. L'ONU a créé l'Etat d'Israël. Il doit créer les conditions de la sécurité d'Israël et l'Etat palestinien. Et si nous n'aidons pas les protagonistes, aujourd'hui le disent eux-mêmes, tous ceux qui sont porteurs encore de cette paix, toutes ces populations qui attendent, nous ne pouvons plus faire cette Paix seule ; et nous, nous devons tous nous sentir concernés.
Olivier Besancenot...
J'ajoute (juste si vous le permettez) que c'est aussi la condition pour qu'il n'y ait pas une communautarisation de ce conflit dans notre pays comme ailleurs, et une instrumentalisation ...
Vous observez dans votre ville, à Lille, des tensions qui pourraient faire redouter que ce conflit déborde en France ?
Oui. Et une instrumentalisation de ce conflit. Voilà qui peut déborder vers des actes racistes et d'antisémitisme.
Vous êtes inquiète ?
Oui, je trouve ça très inquiétant. C'est la raison pour laquelle je crois que l'Europe et les Etats-Unis doivent à l'ONU se tenir la main et imposer un cessez-le-feu. C'est ce que nous demandons. Des sanctions si elles ne sont pas respectées évidemment de part et d'autre ; et puis, bien sûr, traiter la situation humanitaire le plus vite possible à Gaza.
Olivier Besancenot, Marie-George Buffet, les Verts participaient, samedi, à une manifestation de soutien avec les Palestiniens. On n'y voit pas des socialistes. Des dirigeants socialistes pourraient-ils participer à ce type de manifestation ?
Pour tout dire, nous avions prévu d'y aller ; mais nous avons considéré que justement, la façon dont était abordé le conflit portait en germe de la haine et de l'opposition.
Donc, on ne nous verra pas dans ce type de manifestation ?
Nous voulons faire en sorte que la Gauche avec la Ligue des Droits de l'Homme, avec les associations, soit dans la rue pour demander ce cessez-le-feu, pour arrêter cette intrusion militaire d'Israël, pour demander aussi l'arrêt bien évidemment des tirs de roquettes. Nous voulons être dans la rue car nous ne voulons pas justement...
Donc, on vous y verra s'il y en avait d'autres ?
Oui, mais nous voulons le faire sur un terrain qui soit clair ; et justement, pour éviter d'accroître la haine et pour instrumentaliser ce conflit chez nous. Mais nous pensons que nous devons montrer à tous ces Jeunes qui étaient dans la rue, que nous sommes tous concernés parce que quand on est humilié, quand on vit dans les conditions déplorables de Gaza depuis des années, on crée les graines du terrorisme, voilà. Donc, il faut être là et dire : "Nous, la Communauté internationale". Et c'est ce que je reproche à Sarkozy : avoir joué une fois de plus un peu trop cavalier seul, de ne pas avoir eu un discours clair. C'est à l'Europe d'agir, et nous travaillons avec le PSE.
L'économie française est en crise. Les députés examinent, aujourd'hui, le plan du gouvernement pour tenter de la relancer. 26 milliards d'euros seront dans ce plan. Vous critiquez ce plan. Vous ne le soutenez pas. Qu'est-ce que vous feriez si vous étiez au pouvoir, aujourd'hui, Martine Aubry ?
J'avais rendu publiques les propositions de Nicolas Sarkozy avant même qu'il aille dans les Ardennes. Et quand vous regardez le discours de Toulon et les annonces des Ardennes, de Douai, etc. La distance est immense entre le discours et la réalité.
Mais qu'est-ce qu'il faut faire ?
Nous, ce que nous avions demandé, c'est deux choses. Un plan global et massif. Un plan qui marche sur deux pieds : la consommation et l'investissement. Il n'y a rien sur la relance du pouvoir d'achat, des salaires, des petites retraites, ce qui aujourd'hui permettrait de relancer l'économie, sauf cette prime de 200 euros au 1er avril, une fois pour toutes, donnée aux porteurs du RSA, c'est-à-dire 500 millions d'euros quand les Espagnols, quand Gordon Brown en Grande-Bretagne prennent des mesures pour augmenter le pouvoir d'achat.
On dit que quand on aide à la consommation, on aide les importations ? On n'aide pas l'économie française ?
Ca dépend. Ca dépend dans quel secteur ; mais aujourd'hui, vous voyez bien le secteur de l'habillement, vous voyez bien même le secteur alimentaire où c'est bien ici que l'on achète et que l'on vend.
Deuxièmement : l'investissement ; mais un investissement à court terme. Aujourd'hui, toutes les collectivités locales puisque les deux derniers budgets nous serrent, sont en train de repousser leur investissement, et ça c'est le Bâtiment et les Travaux Publics qui vont mal. Nous demandons donc un plan sur le logement qui relance l'activité. 300.000 logements alors qu'aujourd'hui, les crédits de 2009 sur le logement sont inférieurs à ceux de 2008. Et nous demandons des aides aux collectivités locales pour pouvoir continuer leur investissement. Elles font les trois quarts des investissements publics en France.
Vous allez formaliser vos propositions, le 20 janvier ?
Alors, le 20 janvier, nous complétons ces propositions.
Vous maintenez la date du 20 janvier ?
Oui, je sais que c'est le jour d'Obama.
Mais tant pis !
Mais ce n'est pas grave. Je dis les choses simplement : un plan global et massif. C'est pas 26 milliards sur deux ans. La vérité, c'est que c'est 4 à 5 milliards d'argent nouveau. Le reste est recyclé. Il y a là dedans, 11 milliards d'anticipation de remboursements de dettes de l'Etat aux entreprises ou aux collectivités locales.
Dont profitera la ville de Lille !
Oui, mais je ne les aurai pas l'année prochaine. Et vous savez, la crise, malheureusement va durer longtemps. Donc, ce n'est pas sérieux quand l'Allemagne annonce 50 milliards de plan et qu'encore une fois, les pays qui nous entourent sont déjà et nous regardent un peu comme le mouton noir, sont déjà - eux - dans des relances à court terme, massives, et marchant sur les deux pieds : consommation, investissement.
Vos propositions pour le 20 janvier, vous en avez discutées avec Ségolène Royal ?
Oui, bien sûr.
Vous en avez discutées avec Ségolène Royal ?
Oui, nous travaillons tous ensemble.
Ce sont des propositions de tout le Parti socialiste ?
Ce sera les propositions de tout le Parti socialiste. Nous complèterons les propositions que je viens de dire : consommation, investissements massifs et forts. Et troisièmement : des mesures structurelles, c'est là-dessus que nous travaillons. D'ailleurs aujourd'hui même, les syndicats sont reçus et accompagnement des salariés licenciés et mesures à prendre pour éviter les licenciements boursiers. Il y a aujourd'hui à rendre plus coûteux les licenciements pour que les entreprises, effectivement, renoncent à ces licenciements boursiers qui ont lieu et que nous connaissons tous sur les territoires dans lesquels nous vivons.
Ca n'est pas de la "petite politique" mais c'est pour mesurer l'état du Parti socialiste. Vous avez renoué le dialogue avec Ségolène Royal depuis que vous êtes première secrétaire ? Vous vous parlez toutes les deux ?
Nous travaillons, voilà. Nous travaillons. Non, nous ne nous parlons pas directement mais ...
Ca ne va quand même pas bien ?
Mais non, mais attendez ! Ségolène Royal a un statut très particulier. C'est une ancienne candidate à la présidence de la République. Ses amis sont là tous les jours. Ils étaient là, hier soir, où nous avons débattu pendant quatre heures de la situation au Proche-Orient. Nous avons pris cette position commune forte et je crois ouverte ...
Ses amis mais pas elle. C'est un problème, Martine Aubry ?
Mais non, mais attendez... Vous savez : arrêtons ! Les Français sont en train de crever la bouche ouverte.
Est-ce que le Parti socialiste est efficace ou est-ce qu'il est divisé ?
Ils sont en train de s'inquiéter des licenciements qui arrivent, d'un Pouvoir d'Achat qui baisse. Nous, nous sommes en train de travailler. Hier, nous avons travaillé sur l'hôpital.
Vous travaillez ensemble ?
Voilà, exactement. Tout le monde était là. Tout le monde a parlé sur l'hôpital, sur les craintes que nous avons qu'une crise sanitaire s'ajoute à la crise économique et sociale. Nous sommes en train de préparer un plan économique et social. Nous allons nous lancer dans la campagne européenne avec une très grande force car la réponse à la crise économique comme la réponse à la situation internationale, passe largement par l'Europe, c'est cela l'important. Le reste c'est des petites histoires qui n'intéressent pas les Français.
Quand est-ce que vous allez vous parler avec Ségolène Royal ?
Mais ce n'est pas le problème.
C'est pas le problème !Cinq jours après son accouchement - dernière question - Rachida Dati sera, ce matin, au Conseil des ministres. Chapeau pour le courage ! Ou vous êtes indifférente au côté Super Woman ?
Moi, je n'ai jamais mélangé, vous savez, la vie privée et la vie politique. Donc, je souhaite beaucoup de bonheur à sa petite fille. C'est la seule chose que j'ai envie de dire.
Martine Aubry - l'une des chefs de l'opposition, pas la chef de l'opposition, mais l'une des chefs de l'opposition - était sur RTL ce matin. Bonne journée. Merci.
Auteur : Jean-Michel Aphatie

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