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L'invité de RTL

07 oct. 2008

Màj 10h16

Alain Minc à Jean-Michel Aphatie : "C'est la faute aux Allemands !"

L'économiste, qui conseille plusieurs entreprises du CAC 40, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Selon lui, le plongeon des bourses mondiales lundi tient à une "erreur" de la chancelière allemande. "Il y a quand même eu une déception devant le véto allemand sur un plan européen. Je crois que Mme Merkel a fait une erreur, et pour une raison étonnante : le système bancaire allemand est le plus faible d'Europe. L'Allemagne a fait cavalier seul et, pour une fois, elle n'en a pas les moyens. D'habitude on dit toujours : 'C'est la faute aux Français ! ; et bien là, pour une fois, on peut dire : 'c'est la faute aux Allemands !'", a expliqué Alain Minc.

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Jean-Michel Aphatie

07 oct. 2008

L'économiste est "l'invité de RTL"

Voir la vidéo de l'entretienAlain Minc invité de RTL (07/10/08)

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Alain Minc.

Alain Minc : Bonjour.

Le plan Paulson a été adopté aux Etats-Unis, les Européens se sont concertés. On imaginait, hier, que les Bourses allaient remonter, que les opérateurs retrouveraient de l'optimisme. C'est l'inverse qui s'est produit. Savez-vous pourquoi, Alain Minc ?

Il y a quand même eu une déception devant le veto allemand sur un plan européen. Donc, il fallait payer. Je crois que Mme Merkel...

C'est essentiellement ça, d'après vous ?

Beaucoup... Je crois que Mme Merkel a fait une erreur. Quand les Français font un faux pas européen, on s'empresse de le souligner. Là je crois qu'il faut dire les choses ; et Mme Merkel a fait une erreur pour une raison étonnante : c'est qu'elle a oublié que le système bancaire allemand est le plus faible d'Europe et que dans cette situation, ce n'était pas l'Allemagne-puissance qui allait payer pour les autres, c'étaient les autres qui risquaient de payer pour l'Allemagne. Et je pense qu'elle va y revenir maintenant. Alors Alain Duhamel a expliqué les raisons politiques qui font tout ça. Mais l'Allemagne a fait cavalier seul ; et pour une fois, elle n'en a pas les moyens.

La journée d'hier, c'est la faute aux Allemands ?

Oui. Ecoutez, d'habitude, on dit toujours : c'est la faute aux Français. Un Européen aussi fédéraliste que moi, pour une fois, peut dire : c'est la faute aux Allemands.

Donc, c'est la faute aux Allemands. Donc, c'est la question du fonds de garantie qui va être reposé. Les 27 devraient mettre en commun des moyens financiers pour venir en aide aux banques, racheter leurs actifs pourris, comme aux Etats-Unis ?

Vous savez... Je pense que les 27 seront amenés d'une manière ou d'une autre à le faire. Pour l'instant, ils ont été amenés à choisir une autre voie qui est celle de la nationalisation pays par pays. On entend quand même le président du Parti conservateur anglais, l'héritier de Mme Thatcher, qui en appelle à la nationalisation des banques. Je dois dire que c'était quelque chose qui était assez imprévu. Donc, une fois ceci dit, on aura besoin des deux.

Donc des deux...

C'est-à-dire les nationaliser...

... Des interventions des Etats et d'un fonds de garantie européen. Donc, ça c'est une question qui sera sans doute posée au sommet européen, la semaine prochaine. Il y a une question qu'on évite (Alain, d'ailleurs ne l'a pas traitée non plus) si on fait un fonds de garantie, par exemple la France devrait mettre, dit-on, 3% de son PIB dans ce fonds de garantie. Je ne sais pas combien de milliards ça représente ?

Attendez, il faut quand même dire les choses. Il ne s'agit pas de mettre de l'argent qui fait du déficit budgétaire. Il s'agit que les Etats s'endettent pour acheter des actifs, et je vous dis...

S'endettent encore ?

Attendez...

On a encore les moyens de jouer à tout ça ?

Il y a de l'épargne. N'oubliez pas que ce pays est un pays où il y a 15 % d'épargne Produit Intérieur ; et vous verrez qu'à la fin de cette histoire, dans quatre ou cinq ans, les Etats vont gagner de l'argent. Et l'Etat belge...

Ca, je crois qu'on nous la dit souvent, ça vous savez : que les Etats un jour gagneraient de l'argent.

Attendez... L'Etat belge... Hommage sois rendu à l'Etat belge qui est l'inverse de l'Allemagne ! L'intelligence avec laquelle ce petit pays sans Etat avec un Premier ministre intérimaire est en train de gérer sa crise bancaire, est assez extraordinaire.

Est-ce que vous, Alain Minc, vous êtes ce matin au micro de RTL en tant qu'expert et vous n'êtes pas engagé par cela. Mais vous savez combien la France, par exemple, devrait mettre dans un fonds de garantie ? Combien de milliards il faudrait apporter ?

Elle mettrait 3% de son produit intérieur sous forme d'un prêt qu'on irait tirer sur l'épargne public. Il faut sortir de l'idée que c'est le déficit public qui finance. En réalité, c'est comme aux Etats-Unis, ce sera un endettement temporaire. Et aujourd'hui, franchement, le problème n'est pas de savoir si on est à 65% d'endettement du PIB ou à 68 ? Les Etats-Unis viennent de doubler leur endettement...

Ils y seront à 110.

.... Et ce faisant en doublant leur endettement, ils ont fait preuve d'un empirisme et d'une efficacité que nous devrions copier. Ca n'a rien à voir avec le déficit...

Henri Guaino, conseiller du président de la République, a raison quand il dit qu'aujourd'hui, "les critères de Maastricht ne peuvent pas être la priorité des priorités" ?

Non.
1. - Le problème, ce n'est pas les critères de Maastricht.
2. - Ce qui est en train de se passer est prévu par le Pacte de stabilité.
3. - Après, on parle du déficit. Ce qui n'est pas la même chose que l'endettement.

Pour le déficit, les choses me paraissent simplissimes. On ne peut pas, en réalité, réduire les dépenses davantage ; mais on ne peut pas les augmenter. Donc, les dépenses...

C'est ce qu'on fait pourtant ! C'est ce qu'on fait ?

Non. Tout ce qui a été fait, la semaine dernière, c'est de l'extra-budgétaire.

Pas tout.

Les dépenses doivent être tenues comme il l'était prévu. Les recettes seront ce que la croissance amènera ; et si le déficit est à 2,8% : tant mieux ! S'il est à 3,1 : ce n'est pas la fin du monde ! Cela dit, dès la fin de cette crise, il faudra se remettre à la réduction du déficit.

Peut-être que toutes ces notions sont difficiles à expliquer ; mais pour ceux qui nous écoutent, c'est un grand désordre quand même. On a l'impression que plus personne ne maîtrise grand chose aujourd'hui, Alain Minc ?

Mais on vit une crise du bon sens. Ca n'est même pas une crise de confiance. Et je vais vous en donner un exemple. Quand la banque A qui est sous garantie d'Etat, refuse de prêter à la banque B qui est sous garantie d'Etat, c'est qu'elle manque de bon sens. Quand un trésorier d'entreprise retire des dépôts dans une banque qui est sous-garantie d'Etat, comme toutes les banques aujourd'hui, pour acheter des Bons du Trésor du même Etat, c'est une affaire de bon sens. Alors, il y a d'abord le retour au bon sens, puis le retour à la confiance.

On risque un assèchement du crédit, en France, aujourd'hui Alain Minc ?

Oui, il y aura une contraction du Crédit ; mais la Banque centrale européenne se substitue à l'absence de bon sens de tout le monde en faisant comme la Banque des Etats-Unis un boulot extraordinaire. Et ce qu'il faut dire - c'est cela la différence avec 1929 - si en 1929, les pouvoirs publics et les banques avaient fait ce qui avait été fait, il n'y aura probablement pas eu Hitler.

Ca n'est pas au centre du débat, mais c'est une question morale : celle des parachutes dorés des chefs d'entreprise.Hier, le Medef a dit que ce serait bien de supprimer les parachutes dorés. Il faudrait légiférer là-dessus, à votre avis, Alain Minc ?

Ecoutez ! Je crois qu'il faut définir un code et qui est très simple.

Pas légiférer ?

Moi, j'ai défendu un parachute doré - et je le redis - d'un patron qui a multiplié par dix son cours de Bourse et qui s'appelait quelque soit le jugement moral, Antoine Zaccharias dont les salariés avaient 12% du capital et qui ont pu, chacun, s'acheter une maison de campagne avec ce qu'ils ont gagné. En revanche, je trouve inacceptable le parachute doré dans une boîte qui perd de l'argent.

Serge Tchuruk, Patricia Russo, Alcatel Lucent...

Mais entre autres ! Mais évidemment.

Ils devraient le vendre, ça serait bien ?

Je trouve que ça ne manquerait pas d'élégance. Ils ont gagné assez d'argent dans le passé.

Et il faut légiférer ou pas, à votre avis, sur cette question ?

Ecoutez, si la bourgeoisie n'est pas capable de traiter elle-même ce problème, pour employer un mot marxiste, pour ne pas dire les patrons...

Ah oui dans votre bouche : "si la bourgeoisie" ! Effectivement...

Mais je suis le dernier marxiste français à certains égards ...

C'est pas vrai !?...

... Eh bien, il faudrait légiférer !

Bon, il faudra vous présenter Olivier Besancenot ?

Ah non ! Oh Olivier Besancenot, l'homme qui dit de madame Besse : "Madame Besse a un problème avec Action Directe", je trouve que les médias n'ont pas assez soulevé cette phrase qui est une honte absolue.

Voilà. On parlait d'autre chose. C'est le rapport au terrorisme.

Oui, mais c'est l'occasion de le dire.

Donc c'est dit !

C'est dit.

Voilà !

Je suis soulagé.

Alain Minc, le dernier marxiste de France, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée. Merci.


Auteur : Jean-Michel Aphatie

L'invité de RTL - Alain Minc à RTL

Alain Minc à RTL / RTL

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