Le Journal Economique

Une chronique présentée par :
Christian Menanteau
Du lundi au vendredi à 7h23
Créé le 02/08/2012
Jean-Louis Gombeaud
La chronique du 2 août 2012
En détails
Lundi dernier, la France a emprunté 7 milliards sur un an à des
taux négatifs, mercredi un emprunt sur 10 ans a été levé à des taux au
plus bas historique, alors pourquoi les marchés nous prêtent ils à des
taux dérisoires, malgré nos comptes publics dégradés ? La chronique de
Jean-Louis Gombeaud.
La réponse se résume en un proverbe un peu sordide : le malheur (Italie,
Grèce, Espagne) fait le bonheur des autres (France Allemagne). Les uns
voient les capitaux les fuir comme la peste, les autres faute de mieux,
les voient se ruer chez eux.
L'enfer c'est les autres, dit le philosophe, mais ici, l'enfer c'est surtout pour les autres.
Y a pas de quoi être fiers, mais le taux des emprunts de l'Etat français
profite largement des arbitrages financiers -0,010% pour nos emprunts à
un an lancés lundi, 2,010% pour nos emprunts à dix ans, lancé hier,
jamais aussi bas, c'est quasiment donné.
Du coté grec, espagnol et italien l'étau se referme, chez nous les taux
baissent. Et le service de la dette s'allège, deux milliards de gagner
chaque année par l'état français parce qu'aux pays des aveugles, les
borgnes sont rois. En ces temps d'austérité budgétaire, c'est bon à
prendre.
Le grand gagnant de ce jeu de bascules, c'est l'Allemagne, non seulement
elle profite de la faiblesse des autres, mais en plus, elle bénéficie
de sa force intrinsèque. C'est au point qu'en trois ans, Berlin a gagné
60 milliards de cette façon, alors que l'aide à la Grèce ne lui en a
coûté que 30. On a arrive à cette extravagance, l'Allemagne, prête une
bouée à destination de la Grèce ce qui lui permet de se payer un canot
de sauvetage.
Pourvu que ça dure non ?
Ca c'est l'illusion du court terme, parce qu'il y a dans cette situation
quelque chose de très mal sain. Le fait même d'accepter de perdre de
l'argent, autrement dit d'accepter de payer pour prêter à l'Allemagne
voire à la France, prouve que les capitaux qui font ce choix,
développent des stratégies de rentiers. Ce sont des financiers apeurés
par la crise qui préfèrent le coffre-fort Deutsch Quality plutôt que
l'investissement. Or, c'est cela qui nous manque :
investissement-croissance et emploi.
Ensuite ce système de vases communicants est entrain d'asphyxier les
pays en manque d'argent, c'est mauvais pour notre conjoncture, notre
industrie, notre reprise. Gain à court terme, gros problèmes à long
terme, pourvu que ça s'arrête !
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