Créé le 06/07/2012
Alain Duhamel
La chronique du 06 juillet 2012
En détails
Jean-Marc Ayrault
était mercredi soir encore à la télévision sur TF1, et ce n'était pas sa
première intervention médiatique. Le Chef du gouvernement apparaît donc
maintenant clairement en première ligne. Est-ce qu'on a retrouvé le
Premier Ministre ? La chronique d'Alain Duhamel.
Ecoutez, ça fait exactement deux mois jour pour jour que François
Hollande a été élu. Ce qui est frappant, c'est que sur le plan
institutionnel, le changement est évident. On a retrouvé le Premier
Ministre. On est de nouveau avec un exécutif à deux têtes. Ca a l'air
banal, ça ne l'est pas du tout. Depuis quinze ans, ça ne s'est
pratiquement jamais produit.
Il ne faut pas oublier que de 1997 à 2002, c'était la cohabitation.
Celui qui avait le pouvoir, c'était évidemment Lionel Jospin, ce n'était
pas Jacques Chirac. Il faut se rappeler que les deux dernières années
de Jacques Chirac, de 2005 à 2007, il y avait un Président visiblement
fatigué et un Premier Ministre fatiguant, qui était Dominique de
Villepin, et que c'est lui qui, en fait, avait le pouvoir. Et puis que
de 2007 à 2012, avec Nicolas Sarkozy, c'est le Chef de l'Etat qui avait
concentré tous les pouvoirs au Palais de l'Elysée. Les seuls moments où
il y a eu équilibre, c'était Chirac-Raffarin pendant trois ans, et puis
maintenant.
Et fondamentalement, Alain, dans le fonctionnement, dans l'exercice du pouvoir, ça change quoi ?
Ca signifie qu'on en revient à ce qui existait à l'époque de la
République Gaullienne, c'est-à-dire : le Chef de l'Etat est en charge,
comme disait le Général de Gaulle, de "l'essentiel", et le Premier
Ministre du reste. C'est-à-dire que le Premier Ministre propose, que le
Premier Ministre exécute, que le Premier Ministre complète, que le
Premier Ministre coordonne. D'ailleurs, Jean-Marc Ayrault a joué par
exemple un rôle important au moment de la formation du gouvernement.
Quand il s'est agi de préparer, quand il s'agit maintenant de préparer
la grande conférence sociale, ça se passe à l'Hôtel de Matignon, ça ne
se passe pas au Palais de l'Elysée, comme c'était le cas avec Nicolas
Sarkozy. Quand, chaque semaine, les dirigeants de la majorité se
réunissent, à l'époque de Nicolas Sarkozy, c'était à l'Elysée.
Maintenant, c'est de nouveau à Matignon. Donc, on voit très bien que le
Premier Ministre est le chef de la majorité et qu'il est celui qui
applique la politique.
Mais, est-ce que c'est mieux pour autant ? Est-ce que l'exécutif ça fonctionne mieux à deux têtes ?
Ca fonctionne mieux à deux têtes à trois conditions. La première
condition, c'est qu'il faut qu'ils appartiennent en réalité à la même
famille politique. Vous vous rappelez quand Valéry Giscard d'Estaing
était Président et Jacques Chirac Premier Ministre, il y avait un
Orléaniste à l'Elysée et un Bonapartiste à Matignon, ça se passait très
mal.
La deuxième chose, c'est qu'il vaut mieux que, sur un plan personnel,
ils s'entendent bien. On peut appartenir à la même famille et mal
s'entendre. Rappelez-vous -enfin vous étiez jeune évidemment mais-
Georges Pompidou avec Jacques Chaban-Delmas, c'était exactement la même
famille politique et ils s'entendaient très mal. Et de même, plus près
de nous, François Mitterrand avec Michel Rocard, ils se détestaient
cordialement l'un l'autre. Donc, il faut bien s'entendre.
Et puis, la troisième chose, on l'oublie un peu trop souvent et on l'a
retrouvée cette fois-ci, c'est qu'il est indispensable que le Premier
Ministre n'ait pas envie de succéder un jour au Président de la
République. Or, il se trouve que pour des raisons d'âge et de
tempérament, Jean-Marc Ayrault n'a pas dans la tête de succéder un jour à
l'Elysée à François Hollande, et que ça c'est un gage de bonne entente.
On sort de cinq ans d'hyper-présidence
et on se dit que ça a quand même un mérite. La responsabilité n'apparaît
pas diluée. On voit très bien qui gouverne, qui prend les
responsabilités, les décisions, et qui les assume.
C'est vrai qu'aujourd'hui tout le monde ou presque a tendance à faire de
Nicolas Sarkozy une sorte de repoussoir, ce qui est parfaitement
injuste. Il concentrait les pouvoirs. C'était un homme de crise, mais en
crise, la capacité à décider, la capacité à faire face, la capacité à
déployer de l'énergie, à entraîner les autres, c'est évidemment
incomparable mais c'est un système de fonctionnement qui d'abord demande
un tempérament très particulier -qui n'est visiblement pas celui de
François Hollande- et puis des circonstances vraiment exceptionnelles
dont il faut souhaiter qu'elles ne se reproduisent pas trop souvent.
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