Créé le 29/06/2012
Alain Duhamel
La chronique du 29 juin 2012
En détails
On est donc à
mi-chemin de ce Sommet de Bruxelles. On parle évidemment ce vendredi
matin de cette nuit sous haute pression italienne et espagnole. Et alors
qu'on nous annonce que pour sauver l'euro, il faudra plus d'Europe, on
peut quand même s'interroger. Plus d'Europe, dans l'esprit de beaucoup,
c'est quand même plus de technocratie. La chronique d'Alain Duhamel.
Vous avez raison. Dans la tête des gens, l'idée reçue, le schéma
classique, c'est de dire l'Europe c'est lointain, l'Europe c'est une
technocratie. Je crois que c'est une idée qui est complètement fausse et
donc complètement injuste.
Un : ce qu'on sous-estime beaucoup, l'Europe est la seule organisation
internationale au monde qui dispose d'un Parlement élu au suffrage
universel direct par tous les citoyens. L'Europe, c'est beaucoup plus
démocratique que les Nations Unies, l'OCDE ou n'importe quelle autre
organisation régionale, africaine, américaine ou asiatique.
Premièrement.
Deuxièmement : l'Europe s'est bâtie autour de deux idées qui sont la
paix et la démocratie. Quand on regarde où on en est soixante ans après,
il faut reconnaître que c'est la première fois dans l'Histoire de
l'Europe, dans l'Histoire, que, effectivement, il y a eu en Europe dans
tous les pays relevant de l'Union Européenne, la paix et la démocratie.
Donc, ça a été réellement atteint.
Troisièmement : l'Europe dispose de garde-fous en matière de démocratie
exceptionnellement efficaces, comme la Cour Européenne de Justice, ou
comme la Cour Européenne des Droits de l'Homme, dont on sait très bien
aujourd'hui que ce sont des institutions judiciaires qui sont plus
protectrices des droits individuels que les institutions judiciaires
nationales.
Mais, Alain, on ne sait pas bien qui a le pouvoir. Enfin, on sait juste que ces personnes sont loin et qu'on ne les connaît pas.
Il y a toujours l'idée des gnomes de Bruxelles. Des méchants
fonctionnaires avec des manches en moleskine qui passent leur temps à
embêter tout le monde, etc. Qui commande à Bruxelles ? Le Conseil
Européen. Le Conseil Européen, de quoi est-il constitué ? Des Chefs
d'Etat et de Gouvernement de pays qui sont tous démocratiques et qui ont
tous été désignés par le suffrage universel. Les commissaires. On dit
que les commissaires c'est l'horreur.
Ce sont les méchants, ce sont les surveillants généraux, les censeurs.
Les commissaires, ce sont tous d'anciens ministres, en tout cas
d'anciens homme ou femmes politiques qui ont été choisis par des
gouvernements démocratiques. Ceux qui appartiennent à l'Eurogroupe, ce
sont les Ministres des Finances démocratiques, de gouvernements
démocratiques, de pays démocratiques. Et quant à l'administration
européenne à Bruxelles, je vous signale que pour 27 pays, il y a moins
de fonctionnaires que pour Paris.
Et en même temps, Alain, cette Europe,
elle donne le sentiment de vouloir se mêler de tout dans notre vie
quotidienne et même de vouloir faire le bonheur des peuples malgré eux.
Et ça, là, vous avez complètement raison. C'est le grand défaut de
l'Europe. Ce n'est pas de ne pas être assez démocratique. Le grand
défaut de l'Europe, c'est d'être trop bureaucratique, d'être trop
tatillonne, d'être trop intrusive. Et là, on a tous 150 exemples à
l'esprit de ridicule, y compris la taille des concombres ou la couleur
des oranges. Donc, ça, il faudrait effectivement le corriger.
Ce n'est pas le fondement du système, ça peut se corriger. Pour le
reste, il faut quand même tenir compte du fait qu'avec toute cette
réglementation qui, effectivement prolifère, il y a de grandes garanties
en matière d'hygiène, de sécurité, de santé publique et de droits
individuels.
On peut améliorer les choses, dites-vous, mais comment, Alain ?
Alors, tout ne se fera pas tout de suite mais il y a des pistes. Par
exemple, on pourrait tout à fait imaginer, un : que le Parlement
Européen dispose du droit d'initiative législative.
Deux : on pourrait imaginer qu'à côté du Parlement qui existe, il y ait
-ça serait un Congrès- des représentants des Parlements nationaux.
Trois : on pourrait imaginer -c'est d'ailleurs une proposition
allemande- que le Président de la Commission, soit élu au suffrage
universel direct. D'autres disent : "Ce sera mieux si c'était le
Président du Conseil Européen". Il y a énormément de choses qui sont
imaginables.
Il ne faut pas rêver, tout ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais
l'Europe, non seulement, est démocratique mais peut être encore plus
démocratique.
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