Créé le 28/06/2012
Alain Duhamel
La chronique du 28 juin 2012
En détails
En plein combat des
chefs à l'UMP, Jean-François Copé, le secrétaire général, a donc
annoncé la mise en place d'un groupe de travail qui va se réunir
désormais tous les jeudis pour élaborer, d'ici la fin du mois de
juillet, une nouvelle charte des valeurs pour l'UMP. L'idée étant de
dégager un socle de valeurs communes. Ca vous paraît judicieux ? La
chronique d'Alain Duhamel
Non, pas du tout. Ca me paraît à la fois inutile et maladroit. Inutile
parce que, en réalité, tout le monde sait très bien ce que sont les
valeurs de l'UMP et en quoi elles sont différentes des valeurs du Front
National. Les Français en sont pas idiots. On sait très bien que l'UMP
c'est le parti fondateur de la Vème République, un parti républicain,
démocratique, libéral en économie, conservateur en matière de mœurs.
On sait très bien que le Front National c'est un parti farouchement
anti-européen, que c'est un parti autoritaire, que c'est un parti qui,
en matière économique, se veut maintenant ultra-dirigiste. Ils sont
complètement différents. D'ailleurs, le Front National ne pense qu'à une
chose, c'est à détruire l'UMP, donc ce n'est pas la peine de perdre du
temps à définir des valeurs qu'on connaît parfaitement. Pour le reste,
c'est en plus maladroit parce que, pendant toute la campagne
présidentielle, une des erreurs de l'UMP, de l'UMP et de son candidat
bien sûr, ça a été de donner beaucoup trop de place au Front National,
de se définir par rapport au Front National et non pas aux Socialistes
et par rapport à eux-mêmes.
C'était une erreur et ils la continuent. Pourquoi le font-ils ? Tout le
monde l'a très bien compris. En réalité, la question des valeurs, c'est
un prétexte. C'est un prétexte pour permettre à Jean-François Copé, qui
est celui qui dirige le parti actuellement, de donner le sentiment qu'on
se définit et qu'on se rassemble autour de lui alors qu'il est moins
fédérateur que François Fillon. Là, le débat sur les valeurs c'est en
fait la continuité, la poursuite de la rivalité Fillon-Copé par d'autres
moyens.
Et pourtant, après la défaite de
Nicolas Sarkozy, il a fallu attendre quoi, quelques heures, quelques
minutes. C'est bien cette question des valeurs, de la droitisation de
l'UMP, des rapports avec le Front National qui a enflammé le débat.
Ce qui s'est passé après la défaite c'est qu'il y a une demande d'examen
des responsabilités de chacun, de ce qui n'a pas marché. C'est humain,
c'est inévitable. De toute façon, ça se produit toujours. Il y a
toujours, après une défaite, un droit d'inventaire. On peut discuter le
point de savoir si tout le monde est très élégant dans cette affaire.
Il y en a qui se précipitent un peu beaucoup. On peut se demander si
tout le monde est très courageux. Il y en a qui n'ont pas ouvert le bec
ni pendant le quinquennat ni pendant la campagne et qui, brusquement, se
découvrent une vocation de justicier. Mais, en même temps, là encore,
derrière ça, c'est toujours la rivalité entre Fillon et Copé.
Vous voulez dire que c'est sur la politique économique du gouvernement plutôt qu'il devrait se focaliser ?
Ecoutez, c'est une évidence. D'abord parce que, là dessus, il y a une
opposition qui est tellement claire que les premières mesures qui ont
été prises par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault consistent à défaire
des décisions qu'avaient mises en place Nicolas Sarkozy et François
Fillon. Donc, là dessus, il n'y a aucune ambiguïté, on le voit tous les
matins. Ensuite, c'est le domaine auquel les Français sont le plus
sensibles.
On est en crise. On est dans une crise qui est dure, on est dans une
crise qui est obscure par dessus le marché. On a envie de savoir ce
qu'est l'alternative, ce que sont les politiques économiques. C'est
évident que ça aurait dû avoir la première place, la crise et la façon
d'y faire face pendant la campagne et encore aujourd'hui. Et que, en ne
le faisant pas, le résultat de ça c'est que les dirigeants de l'UMP
donnent le sentiment qu'ils s'interrogent sur eux-mêmes. D'une certaine
manière, ils s'en prennent à leur propre image au lieu d'essayer de la
conforter.
Cela dit, Alain, le rapport de la Cour
des Comptes, dans quelques jours, sera aussi l'occasion pour l'UMP
peut-être de balayer devant sa porte.
Là, vous apportez de l'eau à mon moulin. Evidemment, le rapport de la
Cour des Comptes va dire que ça va très mal. C'est la réalité, donc il
ne va pas dire le contraire et en plus, il l'a déjà dit plusieurs fois.
Ensuite, comme toujours, le gouvernement va dire c'est de la faute de
ceux qui ont précédé. D'ailleurs, c'est ce que Nicolas Sarkozy, de son
côté, faisait vis-à-vis de Chirac, donc c'est une vieille habitude. Mais
ça va avoir lieu. A partir de ça, ça aurait été plus malin d'anticiper
ça en disant : "L'UMP a sa politique économique et elle est meilleure
que la vôtre", plutôt que de se présenter comme repentant, pénitent et
affaibli.
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