Créé le 04/06/2012
Jean-Michel Aphatie
La chronique du 4 juin 2012
En détails
L'ancien ministre UMP du Travail, de l'Emploi et de la Santé répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin.
Jean-Michel Aphatie :Bonjour, Xavier Bertrand.
Xavier Bertrand : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Nicolas Sarkozy est de retour. Il est
rentré ce week-end du repos qu'il s'était accordé au Maroc après sa
défaite à l'élection présidentielle il y a un mois. "Il suit de loin les élections législatives" écrit le Journal du Dimanche, "sans trop croire à la victoire". Alors si lui n'y croit pas... Vous non plus ?
Moi j'y crois.
C'est vrai ? Il faut y croire ?
Moi je suis persuadé qu'elle est possible parce que je vois qu'il y a
une très forte mobilisation de celles et ceux qui ont voté pour Nicolas
Sarkozy. Et puis il n'y a pas d'enthousiasme, il n'y a pas de vague pour
la gauche, on le voit bien. Il y a beaucoup de questions qui se posent.
Je vais vous dire une chose : qui a remporté l'élection présidentielle ?
C'est François Hollande. On devrait avoir normalement de
l'enthousiasme, comment dirais-je, un mouvement qui porte les candidats
socialistes. Il n'en est rien parce que les Français voient bien de plus
en plus que la crise est aux portes de la France et que le gouvernement
fait comme si cette crise n'existait pas. Donc il y a beaucoup de
questions qui sont posées sur la confiance qu'on peut accorder au
gouvernement et je pense que les Français n'aiment pas mettre tous leurs
oeufs dans le même panier et qu'il faudra un vote d'équilibre.
Vous dîtes que la victoire est possible
pour l'UMP, mais est-ce qu'elle est souhaitable ? Ça fait dix ans que
vous êtes au pouvoir : vous n'avez pas besoin de vous reconstruire un
tout petit peu ?
Si on veut protéger les Français, protéger leur fiche de paie, ça veut
dire leur garder les heures supplémentaires pour ceux qui en font, il
faut la victoire de l'UMP. Si vous voulez protéger la feuille d'impôt
des Français, c'est-à-dire faire en sorte qu'il n'y ait pas ces
augmentations d'impôt dont le gouvernement ne parle pas, mais qui sont
prévues. Si hier soir ici sur votre antenne, Monsieur Moscovici ne
répondait à aucune question, c'est parce qu'ils ne veulent pas dire de
quelle façon les Français vont se serrer la ceinture après les élections
si la gauche l'emportait.
Peut-être que la question n'était pas bonne.
Je pense que c'est surtout que la phrase de Madame Aubry s'applique
toujours avec autant de force : "quand c'est flou c'est qu'il y a un
loup" et ce gouvernement ne cesse de rester dans le flou.
Alors si l'UMP peut gagner, lequel d'entre vous peut être Premier ministre ?
Alors cette question-là, il sera très facile d'y apporter une réponse au lendemain...
Tout de suite ?
Au lendemain des élections législatives.
e.Ah, tout de suite c'est impossible, c'est très difficile.
Parce que ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui.
Mais si c'est le sujet.
Non. Je dois vous dire..
Si quelqu'un vous dit "on peut gagner"...
J'ai bien fait de venir ce matin parce que cette question-là on ne me la pose jamais sur le terrain.
Il y a plein de questions que l'on ne vous pose pas sur le terrain, c'est évident.
Et est-ce que les questions que l'on nous pose sur le terrain ont moins de force ou moins d'importance ?
Non. Et les questions que l'on vous pose ici n'ont aucune pertinence ?
C'est pas ça, c'est parce qu'elles doivent venir en leur temps. Si nous
l'emportons au soir du 17 juin, cette question bien évidement le
soir-même elle trouve toute sa force et toute sa pertinence, Jean-Michel
Aphatie.
Moi je sais pourquoi vous ne pouvez pas y répondre.
Je vous écoute, si je peux me permettre de vous poser la question.
C'est parce que c'est la guerre entre Copé, Fillon. C'est le bise-bille à l'UMP qui vous empêche, simplement, d'y répondre.
Est-ce qu'on est ensemble pour préparer cette campagne ? Oui. Est-ce
qu'on est ensemble pour mener cette campagne ? Oui. Est-ce que nous
serions ensemble dans un gouvernement pour justement appliquer le projet
auquel nous croyons notamment des droits et des devoirs, la question
centrale de cette élection - je le vois sur le terrain - chez moi à
Saint-Quentin c'est la question centrale du travail, est-ce que nous
sommes ensemble sur la même ligne ? Oui Jean-Michel Aphatie.
Et la question "qu'est-ce qui fait que ce serait...
Et vous m'avez déjà posé la question qui est-ce qui serait candidat à
tel poste ministériel, je n'ai pas la réponse aujourd'hui. C'est une
question qui viendrait, logiquement, au lendemain de l'élection
législative. Avant l'heure, comme dirait l'autre, c'est pas l'heure.
Vous êtes triste que l'UMP n'ai pas
réussi à s'approcher davantage de la parité des candidatures pour cette
élection législative ?
Bien évidemment, mais il faut savoir qu'on vient de très très loin -
mais pas seulement l'UMP - et que comme nous avons beaucoup de sortants,
les choses mettent du temps.
Et donc il y a beaucoup d'hommes du coup, qui sont candidats ?
Oui, mais de toute façon je pense que c'est un mouvement qui est
inscrit, qui est écrit, il y aura de plus en plus de femmes. Je suis à
la tête d'une municipalité, j'ai moitié d'hommes et une moitié de femmes
et c'est vrai qu'il y a eu des changements dans l'approche d'un certain
nombre de dossiers. La parité a du bon.
C'est vous qui devriez gérer l'UMP alors si vous savez faire la parité.
Je l'ai fait et j'ai pris beaucoup de plaisir.
Alors la nouvelle ministre du Logement,
Cécile Duflot, annonce ce matin dans Libération un décret qu'elle
prévoit pour la-mi juillet qui bloquerait non pas le prix du loyer,
mais le prix du loyer au moment où l'on ouvre au locataire.. Elle dit
"c'est une mesure d'urgence pour soulager les ménages". Et c'est vrai
que le loyer pèse lourd aujourd'hui dans le budget des ménages.
C'est vrai que les loyers pèsent lourd. C'est vrai que vous avez très
bien fait de préciser les choses, par ce que la façon dont c'est dit
aujourd'hui c'est "on va bloquer tous les loyers en France". C'est quand
même un peu comme ça que c'est vendu.
Non, non, non.
Mais si. De toute façon jusqu'aux élections législatives vous aurez
droit à toutes les annonces possibles de la part du gouvernement.
Est-ce que ça c'est une bonne idée ou une mauvaise idée ?
Je vais y revenir.
Pendant la campagne, il y avait un consensus pour dire que les loyers ne
doivent pas exploser. Nicolas Sarkozy lui-même avait proposé de
s'inspirer du modèle allemand pour éviter cette explosion. Maintenant,
il ne faut pas croire que ce seul décret dont on attend les contours,
les précisions, réglera tout parce que les loyers chers resteront cher.
Et si vous voulez apporter la vraie réponse d'ensemble sur les loyers et
bien il faut construire davantage.
Cette idée-là donc c'est une bonne idée ?
Je viens de vous le dire, il y avait un consensus... sur l'idée de l'encadrement ?
C'est une bonne idée de bloquer...
Dîtes moi précisément ce qu'il y a dans le décret.
Non, je n'ai pas vu le décret.
Voilà. Je pense qu'il n'y a personne qui l'a vu. Je pense qu'il n'est même pas écrit. L'important c'est l'annonce.
Vous voyez : le propriétaire ne change pas le prix du loyer. Vous voyez ?
Que ce soit bloqué ou encadré ? Ce n'est pas la même chose.
Bloqué quand un nouveau locataire entre.
Ça dépend où il se situe... Non non attendez...
On n'y arrivera pas. J'ai une autre question alors...
Je vais vous dire : si le décret était précis, je serais précis. Si vous
voulez que je vous dise précisément "non à l'explosion" je vous réponds
Oui. Mais c'est pas la même chose - et je ne joue pas sur les mots -
entre l'encadrement et le blocage. Et si le gouvernement était précis,
je vous dirais précisément. Je ne serais pas dans la logique de la
critique pour la critique. Je ne ferais pas ce que les socialistes ont
fait pendant cinq ans. Si une mesure va dans le bon sens, je la
voterais, mais pour le reste, je dirais clairement si ce ne sont pas mes
convictions, pour quelles raisons je m'y oppose.
Limiter les salaires des patrons dans
les entreprises publiques, rapport de 1 à 20 entre les plus bas salaires
et le salaire du patron.
Pourquoi pas ?
Ah vous voyez ?
Non mais attendez, je vous l'ai dit, je ne suis pas un opposant qui serait borné.
Sur les loyers il m'a semblé que vous n'étiez pas contre ; limiter les salaires des patrons, pas mal...
Mais Jean-Michel Aphatie, je l'ai toujours dit, et dans ma famille
politique - j'étais au gouvernement - je me suis toujours élevé contre
les excès de rémunération de quelques uns.
La seule chose c'est : est-ce que vous ne pensez pas qu'il faudrait
davantage mettre les salariés dans les Comités de rémunération ? Et là
encore : est-ce qu'on prendra tout en compte ou uniquement le fixe ou le
variable ?
Je pense pour ma part également que les rémunérations devraient être
validées davantages par les actionnaires dans le détail. Plus vous
donnerez de force aux salariés dans les Conseils d'administration, dans
les Comités de rémunération, moins il y aura de tels excès.
Les ennuis de Bernard Thibault à la C.G.T. qui avait appelé à voter Contre Nicolas Sarkozy, ça vous amuse ?
Non, ça ne m'amuse pas : il a plongé la C.G.T. dans une impasse et il
aurait mieux fait de s'occuper de ses élections internes que de se
préoccuper de l'élection présidentielle.
Quand les syndicalistes ne font plus de syndicalisme, voilà ce qui peut leur arriver.
On annonce dans la semaine un livre
très dur, dit-on, écrit par une collaboratrice de Patrick Devedjian, sa
directrice de cabinet, intitulé - j'ai noté le titre, je l'ai oublié -
intitulé : "le président..
vous voyez si vous l'avez déjà oublié c'est qu'il ne doit pas être si important..
Vous avez peur d'un règlement de compte dans le camp Sarkozy ?
Mais c'est Patrick Devedjian qui l'a écrit, qui l'a inspiré ? Il a tenu la plume ou pas ?
Ah ben ça c'est comme le projet de décret, je n'ai pas lu le livre.
Ben voilà. Vous voyez. Donc si c'était précis, je vous dirais une seule
chose c'est que la rancœur est toujours mauvaise conseillère et je ne
suis pas sûr qu'elle fasse vendre.
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