Créé le 12/07/2012
Jean-Michel Aphatie
La chronique du 12 juillet 2012
En détails
Le PDG d'Orange
répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin, six jours
après la panne géante qui a affecté les services du premier opérateur
télécoms français.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Stéphane Richard.
Stéphane Richard : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Vous êtes à Marseille, au téléphone, un téléphone fixe. Ca marche aussi le téléphone fixe.
Oui, ça marche très bien et ça a marché d'ailleurs vendredi dernier aussi.
Oui, le fixe marchait, c'est le mobile
qui ne marchait pas puisque votre réseau, Orange, a connu une très
longue panne, 12 heures, qui a beaucoup embêté, ennuyé les gens,
pénalisé les entreprises. Est-ce que vous connaissez précisément les
causes de cette panne, Stéphane Richard ?
Oui, connaît les causes de cette panne et mes premiers mots iront
d'abord à tous nos clients, qui ont subi ces désagréments. Je vais ici
leur renouveler les excuses du groupe sur les causes de la causes de la
panne. Il s'agit en fait de la mise à jour d'un logiciel qui fait
fonctionner des grosses machines qu'on appelle le cœur de réseau.
C'est-à-dire, en gros, les machines qui localisent tous les abonnés. Il y
en a plus de trente millions qui utilisent notre réseau.
Donc, c'est une mise jour logicielle. C'est une opération assez banale
qui pour une raison que nous ne connaissons pas encore dans le détail, a
créé un dysfonctionnement dont on ne s'est pas rendu compte tout de
suite et lorsqu'on a compris qu'il y avait un défaut sur le trafic, on a
cherché cette cause et il nous a fallu effectivement plusieurs heures
pour l'identifier et pour remettre le réseau en marche.
Elle peut se reproduire, cette panne ?
Oui. En théorie, oui, la probabilité est quand même infime. Je vais vous
rappeler que c'est la première fois depuis 2004 qu'on a un problème de
cette nature. C'est une fois de trop, c'est clair, mais ça reste des
incidents tout à fait rarissimes qui affectent quand même tous les
grands opérateurs.
Dans le monde, personne n'est à l'abri de cela. Ce que je peux dire
c'est que, si jamais, malheureusement, un incident de ce genre se
renouvelait chez nous, je pense que nos clients ne s'en apercevraient
pratiquement pas. Ca c'est le fruit de l'expérience. C'est le seul
résultat positif de ce qui s'est passé. On mettrait beaucoup beaucoup
moins de temps à régler le problème qu'on a connu.
Certains spécialistes -alors, les
spécialistes ne savent pas tout- disent que l'augmentation trop rapide
du trafic sur votre réseau peut expliquer ce bug. Vous ne faites plus
face à l'afflux des appels, des téléchargements, etc. Vous leur répondez
quoi ?
Alors, c'est vrai qu'il y a une augmentation très forte des usages
puisque ce qu'on appelle le trafic de données sur nos réseaux mobiles a
été multiplié par 68 dans les cinq dernières années, vous voyez, donc
c'est énorme. Cela étant, on a tous, et nous les premiers -surtout nous
d'ailleurs-, investi massivement dans nos réseaux pour accompagner cette
augmentation du trafic. Et ce qui s'est passé vendredi, je veux le
redire vraiment de la façon la plus claire, n'a absolument rien à voir
avec cela.
Ce n'est pas un problème de capacité, c'est encore une fois un bug, en
fait logiciel, qui aurait pu arriver il y a un an ou il y a deux ans. Ce
n'est pas vraiment lié au trafic lui-même. On a investi, et nous plus
que les autres, pour absorber cette augmentation des usages, que
d'ailleurs on a largement contribué à susciter nous-mêmes puisque c'est
notre métier et nous croyons aussi dans, je dirais, toutes les retombées
positives de ce secteur.
Le gouvernement, les ministres qui ont
pris la parole vendredi, samedi, ont été assez sévère avec vous et ont
dit vraiment, "il ne faut pas que ça se reproduise". Est-ce que vous
trouvez que par rapport au pouvoir politique en France, vous avez une
responsabilité particulière. Vous avez quelles relations avec eux ?...
avec ce type d'accident ?
On est le plus grand opérateur mobile donc on a une responsabilité non
seulement vis-à-vis des politiques, vis-à-vis de tous les Français qui
utilisent nos services. Ca c'est la première chose. Les politiques ou
plusieurs ministres sont venus nous rendre visite le soir de la crise,
vendredi, au PC de crise. Je peux vous assurer que ces visites étaient
plutôt des visites de soutien et de solidarité, certes pour savoir ce
qui se passait mais aussi beaucoup pour nous exprimer leur appui
personnel.
Ce n'était pas pour nous faire la leçon ou mettre certaines
responsabilités. Vous savez, nos responsabilités, on les connaît, on les
assume. Je crois que dans cette crise, on a essayé de montrer qu'on
était d'abord très réactif. Il y a plus de 200 personnes qui se sont
mobilisées instantanément et toute la nuit pour régler le problème. On a
été, je crois, le plus transparent possible dans la communication. Moi,
j'ai tenu une conférence de presse dès le lendemain pour expliquer ce
qui s'était passé et dire aussi les leçons qu'on en tirait. Voilà. Donc,
je n'ai pas ressenti personnellement...
... d'agressivité, ni de mise en cause personnelle...
... de remontrances, d'agressivité, non.
Vous ne risquez pas votre tête, pour parler clair.
Comment ?
Vous ne risquez pas votre tête, pour parler clair.
Je risque ma tête tous les jours, vous savez, c'est le job qui veut ça.
Je ne pense pas à ça tous les matins mais les responsables des grandes
entreprises, et celle là en particulier, vous le savez, ils sont
révocables tous les jours. Ca fait partie de notre métier.
L'arrivée de Free, le quatrième
opérateur, semble avoir déséquilibré considérablement le secteur de la
téléphonie mobile. Et dans un courrier... mardi, le pdg de Bouygues,
écrivait ça aux parlementaires, parle d'"une spirale autodestructrice"
de votre secteur avec un quatrième opérateur. C'est vous qui l'hébergez
sur votre réseau. Free, c'est vous qui acheminez ses appels. Vous
partagez le constat de Martin Bouygues, votre secteur est en danger,
aujourd'hui ?
Il est très déstabilisé en tout cas. C'est vrai qu'on avait un secteur
de téléphonie qui fonctionnait plutôt bien, qui investissait beaucoup.
Je vous rappelle que nous avons investi 13 milliards d'euros dans notre
réseau mobile. Les autres grands opérateurs ont investi beaucoup
également.
Avec trois opérateurs : SFR, Bouygues et vous.
... avec 3 opérateurs. On a recruté continuellement ces dernières
années. C'était quelque chose qui marchait bien la téléphonie en France.
Ca marchait bien. Et à la fois la qualité du service et puis, c'était
un secteur, c'était un secteur tout à fait sain et bien-portant. Cet
équilibre a été complètement chamboulé par l'arrivée d'un quatrième
opérateur. C'est une décision publique qui a été prise, il y a quelques
années.
Vendre une licence, oui.
C'est vrai qu'elle cause une déstabilisation assez profonde, surtout
parce qu'elle est arrivée à un moment où tout le monde est déjà équipé.
Et donc, si vous voulez, par rapport à l'arrivée de Bouygues, il y a un
peu plus de quinze ans, qui s'est faite à un moment où le marché
croissait encore à 15 ou 20% par an, il s'agissait là de répartir cette
croissance entre plus de gens. Là, ce n'est plus du tout le cas.
Et Martin Bouygues dit qu'il faut que
vous arrêtiez, vous Orange, d'héberger Free en 2018, quand le contrat
d'hébergement va cesser. Vous répondez quoi, Stéphane Richard ?
Sur le principe, je comprends tout à fait le raisonnement. C'est vrai
que l'itinérance c'est un dispositif qui est nécessaire pour le début.
Tant que le quatrième opérateur n'a pas déployé tout son réseau, il faut
bien qu'il y ait quelqu'un qui l'assure l'itinérance et aujourd'hui,
c'est nous, mais...
Ce n'est pas durable.
... ça n'a pas vocation à rester éternel et donc je comprends tout à
fait le raisonnement de Martin Bouygues, en l'occurrence sur la limite
temporelle de l'itinérance. Et d'ailleurs, les patrons d'Iliad, Xavier
Niel, est le premier à dire que, pour lui, ce n'est pas une solution
définitive et que son intérêt économique est d'investir dans son réseau.
Alors, prenons le au mot et voyons ce qu'il fera.
D'accord. Allez, le fixe a marché, on
souhaite que le portable continue de bien marcher dans les jours qui
viennent, Stéphane Richard.
On fera tout pour, on fera tout pour.
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