L'invité de RTL
Du lundi au vendredi de 07h50 à 08h
Créé le 24/01/2011
La chronique du 24 janvier 2011
En détails
L'ambassadeur d'Algérie en France répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Monsieur l'Ambassadeur.
S.E. Monsieur Missoum Sbih : Bonjour, Monsieur.
La Tunisie a fait sa révolution. Et
depuis le début de l'année, des émeutes se produisent également en
Algérie. Samedi, par exemple, une manifestation d'opposants à l'actuel
pouvoir a été dispersée à Alger, faisant des dizaines de blessés. Votre
pays, Monsieur l'Ambassadeur, pourrait-il connaître le même sort, la
même évolution que la Tunisie ?
Je voudrais, monsieur Apathie, si vous le permettez, vous faire part
d'abord d'une petite observation. C'est la première fois que je suis,
depuis quelques années que je suis en poste à Paris, c'est la première
fois que je suis invité à votre émission. Et cela m'amène à faire une
observation d'un caractère un peu plus général, et constater que les
ambassadeurs maghrébins ne sont jamais invités pour des questions de
politique internationale, des questions régionales, qui les concernent
pourtant directement. J'ai fait la même observation à votre collègue,
monsieur Elkabbach quand il avait organisé des émissions sur l'Union
pour la Méditerranée, dans des émissions qui ont vu défiler des
personnalités, des chercheurs qui ont parlé à notre place.
Et je vous ai invité hier, Monsieur
l'Ambassadeur, et vous avez accepté de venir parler, là des événements
qui se produisent là, dans votre pays.
Oui, je suis prêt à répondre. Je voulais simplement que qu'on ne se
rappelle pas que les ambassadeurs maghrébins existent uniquement quand
il y a des problèmes dans leur pays, et leur demander des explications
sur tels ou tels faits. On l'a vu par ailleurs, les interviews prennent
parfois l'allure d'un véritable interrogatoire. J'espère bien, monsieur
Apathie, que ce n'est pas dans cet esprit que m'avez invité ce matin.
Nous procéderons avec beaucoup plus de
courtoisie, Monsieur L'Ambassadeur. Ceci dit, Monsieur l'Ambassadeur,
des émeutes se déroulent dans votre pays. Que se passe-t-il dans votre
pays ?
Des émeutes, quelles émeutes ? Il y a bien eu des événements, il y a
quelques semaines, mais vous parlez d'émeutes, si vous voulez de
l'interdiction de manifester si vous voulez, d'un parti politique. De
quoi s'agit il exactement ? Un parti politique et un seul parti
politique - ce n'est pas être désobligeant à l'égard de ce parti
politique - pour constater qu'il n'est pas le plus important des partis
politiques en Algérie.
Vous parlez du parti de monsieur Sadi qui se bat pour la culture et la démocratie ?
Effectivement, ce parti a déposé une demande de manifestation, et
l'administration algérienne a estimé que l'ordre public pouvait être
troublé, et qu'elle a donc interdit, si vous voulez cette manifestation.
C'est une chose, il n'y a rien d'extraordinaire, c'est une chose qui
existe partout ailleurs. En France, vous avez une législation sur les
manifestations. Les manifestations sont certes libres, mais toujours
assorties de deux restrictions : la première c'est que les autorités
françaises peuvent toujours modifier l'itinéraire de la manifestation,
c'est à dire, en fait interdire un itinéraire qui avait été choisi par
le parti ou l'association, elle a aussi la possibilité, si vous voulez
d'interdire la manifestation si elle estime que l'ordre public peut être
troublé.
Le problème est quand même plus
important que cela tout de même. Les Tunisiens se sont soulevés parce
qu'ils manquaient de liberté politique. Et les Algériens n'en n'ont pas
plus que les Tunisiens, des libertés politiques.
Ca je regrette, je regrette de vous dire que vous n'avez pas raison du
tout. Vous savez qu'il y a une presse entièrement libre. Les partis
politiques, différents partis politiques, en particulier le parti dont
vous avanciez le nom tout à l'heure, peut s'exprimer, non non pas du
tout.
Etat d'urgence depuis le 9 février 1992...
Et bien, elle résulte...
Une dernière élection présidentielle
gagnée, à 90,24% par le président sortant. Tout ça n'est pas le signe
d'une véritable démocratie, Monsieur l'Ambassadeur.
Non vous savez, vous avez des critères de démocratie qui ne sont pas, si
vous voulez, forcément les nôtres. Et vous le savez, je ne vais pas
entrer dans un débat de fond sur cette question. Mais je peux vous dire
une chose, l'Algérie n'est pas la Tunisie. Et je pourrais sur ce thème
décliner un large éventail de considérations, n'est ce pas, qui
démontrent amplement que les situations ne sont pas comparables.
En Algérie, les manifestations qui ont eu lieu il y a quelques semaines,
n'avaient pas de caractère politique. C'étaient des manifestations qui
étaient des réactions à un certain nombre de mesures sociales qui ont
été prises par le gouvernement. Et le gouvernement a pris par la suite,
un certain nombre de mesures pour corriger ces dispositions et les
choses sont rentrées, si j'ose dire, dans l'ordre. Les choses ne sont
pas du tout comparables.
Quel est le commentaire que votre pays
fait, parce que visiblement, il en a été avare jusqu'à présent, sur les
événements qui se sont déroulés en Tunisie ? Vous saluez ce qu'a fait le
peuple tunisien, ou bien vous regrettez ce qu'a fait le peuple tunisien
?
Nous n'avons ni à saluer, ni à regretter monsieur. Je dois vous dire,
vous connaissez les relations historiques et fraternelles entre le
peuple tunisien et le peuple algérien. Le peuple tunisien vit
actuellement intensément une situation qui lui appartient, son destin
est entre ses mains, et exclusivement entre ses mains.
Bien sûr. Mais est ce une évolution que vous saluez, que vous trouvez positive ?
Écoutez, le président Bouteflika a, dans un message, qu'il a adressé au
président tunisien en exercice, a exprimé si vous voulez la position du
gouvernement algérien à ce sujet. Je n'ai rien à ajouter à ce sujet.
Et qui est ?... Est-ce le signe d'un
certain embarras parce que vous eu très peur que dans votre pays aussi,
de telles revendications se fassent jour ?
Je crois que... Pas du tout. Je vous le dis : Le caractère politique de
la manifestation tunisienne, n'existe pas en Algérie. C'est une chose
tout à fait différente. Nous avons eu des manifestations d'ordre
sociales qui ont d'ailleurs trouvé une partie de leurs solutions.
Certes, la jeunesse a un certain nombre de problèmes, le chômage qui
d'ailleurs entre parenthèses a diminué : de 30% est actuellement à 10%.
Nous avons une politique de logements, nous avons un certain nombre de
dispositions qui ont été prises. Ce sont des situations que nous
connaissons qui ne sont pas toujours très faciles à régler. Mais le
gouvernement s'y emploie. Et je dois vous le signaler, et cela est un
événement particulier à l'Algérie, nous avons 3 milliards de dollars qui
sont consacrés au plan quadriennal de développement pour précisément
faire face à toutes ces situations.
Vous savez ce qu'on dit en France : "La
manne pétrolière confisquée par quelques-uns en Algérie, comme
l'économie tunisienne, a été confisquée par quelques-uns".
Ecoutez, moi je ne veux pas répondre. Je ne veux pas entrer dans cette
polémique qui n'est pas fondée, ces informations qui sont colportées si
vous voulez par la presse. Moi, je ne suis pas, si vous le voulez,
chargé de démentir les commentaires qui sont faits, et qui n'ont aucun
fondement.
L'Algérie ne sera pas la Tunisie, Monsieur l'Ambassadeur...
Pas du tout.
C'est le mot de la fin.
Ce n'est pas la Tunisie et ça ne sera pas la Tunisie. Chaque pays, si vous voulez, vit sa propre vie, son propre destin.
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