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écouter Pierre Moscovici, député socialiste du Doubs, directeur de campagne de François Hollande : "Que chacun fasse campagne ! Mais au second tour, on se rassemble"

Créé le 24/11/2011

La chronique du 24 novembre 2011

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Le député socialiste du Doubs, directeur de campagne de François Hollande, répondait jeudi aux questions de Jean-Michel Aphatie.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Pierre Moscovici.


Pierre Moscovici : Bonjour.

Nous avons compris durant ces derniers jours - et singulièrement ici même hier, avec la candidate écologiste, Eva Joly -, que l'accord signé entre les Verts et le Parti socialiste était relativement artificiel et qu'il n'existait pas entre vous une forme minimale de respect. Chercherez-vous à corriger, Pierre Moscovici, cet état de fait ?

Ecoutez, il le faut. L'incident qui s'est produit, hier, est un incident de campagne comme il en arrive tant. Il a duré deux heures ; enfin maintenant, il faut que la parenthèse soit fermée, et que les choses soient dites.

Il y a du dégât !

Non, je ne crois pas parce que ça a duré deux heures justement et parce qu'Eva Joly a été amenée en liaison avec ses amis, avec Cécile Duflot, à corriger son propos qui honnêtement, n'était tout simplement pas acceptable. Mais il faut comprendre ce que peut-être, ce que doit être un accord avec les écologistes et ce qui ne doit pas l'être.

François Hollande a souhaité cet accord. Il l'a souhaité parce qu'il faut une dynamique politique dans une élection présidentielle, parce qu'il y a là une perspective qui n'est pas seulement une perspective électorale mais une perspective gouvernementale. Il l'a souhaité parce qu'il a une conviction, c'est qu'on ne peut pas continuer à vivre dans le tout Nucléaire, donc qu'il est nécessaire de préparer une transition énergétique, qu'après Fukushima, on attend effectivement que la part du Nucléaire dans l'électricité soit réduite : de 75% à 50%, c'est considérable.

Ce qu'il a proposé c'est ce que font les Allemands, par exemple ; mais il a aussi dit qu'il ne voulait pas renoncer à une énergie nucléaire qui est une source d'indépendance, qui est une source d'exportation, qui est aussi une capacité de puissance pour la France qui crée des emplois et donc il a été très ferme quand il s'est agi de dire : Flamanville, on le fait. La Hague, on continue. Le MOX, on ne peut pas arrêter sinon il n'y a plus de Nucléaire justement. Et c'est cette position qu'il a tenue, il l'a tenue avec fermeté, il faut qu'elle soit respectée ; et les accords sont faits pour être respectés, mutuellement.

Alors, que dit cet accord ? Nous aurons des candidats communs aux Législatives, mais nous n'avons pas le même candidat aux Présidentielles. Aux Présidentielles, au premier tour, les gens choisiront quelle option énergétique, ils souhaitent ; et au second tour, on se rassemble derrière le candidat qui est arrivé en tête au premier.

Voilà. Que maintenant, chacun fasse sa campagne, que chacun développe ses thèmes mais qu'en même temps, on soit dans le rassemblement parce que l'important, c'est de préparer l'alternative à Nicolas Sarkozy dans ce pays. Et tout le monde doit le comprendre.

Convenez-vous d'une mauvaise séquence pour François Hollande depuis qu'il a été désigné candidat du Parti socialiste ? On a l'impression que ça part un peu dans tous les sens et que rien ne marche ?

Moi, je ne suis pas commentateur, je suis acteur de la campagne, je suis directeur de la campagne de François Hollande. Il y avait des choses qui étaient attendues. Il était normal qu'après deux mois, où on a vu les Socialistes pratiquement tout seuls occuper la scène politique avec leurs primaires qui ont été un fantastique succès, que cela ait débouché sur une sorte d'état de grace anticipé avec des sondages incroyables : 39%, 36% ; et on sait que ce n'est pas ça la France.

Donc, on revient à des zones plus normales mais en même temps, il est important, notamment après cet accord, que cette séquence se referme et qu'encore une fois, chacun passe à sa campagne, que chacun pense aux Français. Et François  Hollande, lui, il pense à l'alternative, il pense à l'alternance, il pense au changement. Il veut proposer aux Français un pacte pour la Jeunesse, un pacte éducatif, un pacte productif parce que sans industrie, ce pays ne va pas. Et c'est cette campagne-là qu'il  mène, qu'il mènera, une campagne de contact, auprès des Français. Le reste doit être péripétie.

Si vous me permettez une seule petite observation...

Un mot, oui.

C'est que tout ce qu'on entend comme ça sur les mauvaises séquences, j'observe que la remontée  de Nicolas Sarkozy est pour le moins résistible. C'est une résistible ascension. Ce Président reste quand même massivement impopulaire. Il y a 58% des Français au deuxième tour qui ne veulent pas de lui. Il y a 70% des Français qui le considèrent comme incapable d'exercer cette fonction ; et donc, il est tout à fait important de ne pas céder à je ne sais quelle ambiance du moment.

A Strasbourg, samedi, lors de son discours à la jeunesse, François Hollande a repris à son compte la proposition qui figurait dans le projet socialiste de créer 500.000 places en crèche. C'est sans doute utile ; mais selon un chiffrage cité par le journal Le Monde, mardi, cela coûterait 5 milliards aux Finances publiques. On se demande où vous les trouverez ?

Ecoutez, le projet présidentiel sera présenté le moment venu, je veux dire : ce sera au début 2012.

5 milliards là !

Je vais vous dire.

C'est beaucoup !

François Hollande, il a axé sa campagne des primaires - et ce sera la même chose pour la campagne des Présidentielles -  sur un triptyque. Le premier, c'est la vérité. La vérité des comptes publics. Ce pays ne peut pas s'endetter davantage. Et d'ailleurs, s'endetter...   

Mais que pouvez-vous promettre, vous ?

Attendez ! mais j'y viens parce que s'endetter, ce n'est pas être de Gauche que s'endetter, c'est au contraire, se priver de toute marge de souveraineté, de capacité à financer des places de crèche, des emplois d'enseignants...

Donc, pas d'endettement ?

Pas d'endettement. Réduction des déficits à 3%, en 2013 ; et donc nous adapterons les priorités qui sont les nôtres à une règle essentielle, c'est qu'elles devront être financées ; et quand il dit : 500.000 places en crèche, quand il dit 60.000 enseignants, ça veut dire qu'il faudra les financer. Et que ça...

Qu'est-ce que vous allez abandonner alors de ce qui a été proposé dans le projet socialiste ? Beaucoup de choses ?

Vous verrez au moment...   

Vous abandonnerez beaucoup de choses ?

Mais il faudra étaler certaines choses. Il faudra en resituer d'autres en tête. Par exemple, François Hollande, lui, c'est la Jeunesse qui lui importe, c'est l'éducation qui lui importe parce que c'est ça l'avenir du pays. Et ce sera la priorité des priorités.

Donc, il y aura une distance...

Ce qui lui importe aussi, c'est la production...

... Il y aura une distance entre le programme que présentera François Hollande à la mi-janvier et le projet que les socialistes ont adopté en juin dernier ?

C'est une tradition de la Vème République. Il y a le projet socialiste ou le programme du parti et puis, il y a le projet présidentiel.

Et ça, ça risque de tanguer au Parti socialiste, à ce moment-là ?

Non. La philosophie sera la même, c'est celle d'un changement mais d'un changement crédible. Parce que je parlais d'un triptyque :
- Il y a la vérité, j'en ai parlé ;
- Il y a la justice et ça passe par la réforme fiscale ;
- Et il y a le redressement du pays, et notamment l'avenir de la jeunesse, l'éducation, l'industrie, la transition énergétique. Faire en sorte que ce pays retrouve un dynamisme, une dynamique parce que quand même avec Nicolas Sarkozy, Nicolas Sarkozy  ne va pas échapper à son bilan : 500 milliards d'euros de dettes en plus ; 75 milliards d'euros d'impôts en plus ; une croissance en berne ; une Europe en crise.

Ce Président de la République là ne mérite pas de continuer.

Nicolas Sarkozy s'est opposé, hier, au vote des étrangers lors des élections locales.

Cette proposition, a-t-il dit, risque de diviser les Français au moment où il faut les rassembler. Ce n'est pas le moment.

A-t-il vraiment tort ?

Je pense qu'il se trompe doublement. D'abord, il se renie. Moi j'ai été très frappé de voir que Nicolas Sarkozy avait déjà proposé le droit de vote des étrangers...   

... Tout le monde peut changer d'avis !

Il a proposé en 2001, il l'a proposé en 2005. Mais c'était électoraliste, à ce moment-là. Il voulait comme on dit aux Etats-Unis, trianguler, c'est-à-dire prendre des thèmes à l'adversaire.

Et là, l'argument, c'est la conjoncture. Pas maintenant.

Et la deuxième chose, c'est que je pense que Nicolas Sarkozy se trompe sur la maturité des Français. Dès lors qu'un étranger vit en France de façon régulière, qu'il y paie des impôts et que cela dure depuis un certain temps, cinq ans ou dix ans, eh bien à ce moment-là, il est légitime que celui-ci vote et simplement aux élections locales.

Donc, ce serait une proposition de campagne de François Hollande ?

Non seulement une proposition de campagne de François Hollande et des socialistes ; mais c'est déjà proposé par le Sénat. Et Nicolas Sarkozy méconnaît la maturité démocratique des Français. Ils savent que cela est possible et je pense, au contraire, que le moment est venu d'avoir cette ouverture dans la société.

Où sera le quartier général de campagne de François Hollande ?

Vous le saurez dans les prochains jours. Vous savez...

... Ah, ce n'est pas encore calé ! C'est pour ça qu'on a l'impression que cette campagne est un peu hésitante.

Il y a une chose qu'on ne réalise pas, c'est que jamais un candidat socialiste n'avait été désigné si tôt, c'est que jamais un candidat s'est installé dans un siège de campagne avant le mois de janvier ... Nous sommes non seulement dans les temps mais en avance... Nous avons des propositions. Je vais encore, ce matin, m'en occuper. Ca viendra très, très vite. Nous sommes dans les temps. Il y a un cap, il y a un rythme, et tout cela sera tenu.

Et puis, je n'oublie pas ! Vous allez voter Eva Joly si elle est qualifiée au deuxième tour de l'élection présidentielle ?

Bien sûr, sans aucun doute !

Voilà. Pierre Moscovici , directeur de campagne de François Hollande, était l'invité de RTL.

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