Créé le 13/07/2012
Jean-Michel Aphatie
la chronique du 13 juillet 2012
En détails
Le président du
directoire de PSA Peugeot-Citroën répondait vendredi matin aux questions
de Jean-Michel Aphatie. Philippe Varin "attend de voir" ce que sera le
plan de soutien du gouvernement à l'automobile le 25 juillet et ne
demande "pas d'aide directe". "On peut rêver d'augmenter les ventes par
une prime à la casse", a-t-il déclaré, ajoutant: "Nous disons ce n'est
pas la solution" car "la prime à la casse c'est du dopage, ce sont des
prix cassés, on ne va pas acheter deux fois les voitures". "Ce plan nous
sommes absolument prêts à y contribuer", a-t-il poursuivi. "Il est
essentiel que la capacité d'innovation de cette filière puisse se
réaliser", a-t-il soutenu, plaidant pour une baisse "massive" du coût du
travail en France.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Philippe Varin.
Philippe Varin : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Vous avez présenté jeudi un projet de
réorganisation de l'entreprise que vous présidez. 8.000 suppressions de
postes, fermeture de l'usine d'Aulnay. "Nous n'acceptons pas ce plan en l'état", a dit jeudi le Ministre Arnaud Montebourg. Votre plan, Philippe Varin, est-il négociable ?
Jean-Michel Aphatie, ce que je voudrais dire au préalable une nouvelle
fois, c'est que je partage l'émotion et la tristesse des salariés et de
leurs familles. Je comprends leur inquiétude. Je leur ai dit hier qu'ils
n'avaient absolument pas démérité et j'ai pris un engagement. J'ai pris
un engagement que le groupe allait s'engager à proposer à chacun une
solution d'emploi.
Pas de licenciements secs, dites-vous.
Pas de licenciements secs. Est-ce que le plan est négociable ? Vous
savez, j'ai eu la chance de construire une usine. C'était il y a vingt
ans. Et je peux vous dire qu'en tant qu'industriel, le moment de fermer
une usine, c'est un des pires moments et si on le fait, c'est par
devoir.
Aujourd'hui, nous avons fait des études approfondies sur tous les
scénarios possibles. Le groupe est dans une situation où il perd 200
millions d'euros par mois en trésorerie, donc les décisions que nous
proposons, que nous allons prendre, nous devons les prendre.
Mais nous avons pris un engagement, c'est que le dialogue social serait
exemplaire. Et ça, ça veut dire -il y a bien sûr des marges de liberté
dans la manière dont nous allons appliquer le plan. Nous avons pris, par
exemple sur Aulnay, qui comprend 3.000 salariés, un engagement, c'est
que la moitié des salariés d'Aulnay trouveront à Poissy une proposition
de poste, dans la région parisienne donc.
Et que sur l'autre moitié, ce site d'Aulnay, nous allons le
réindustrialiser, nous allons le revitaliser, nous allons créer 1.500
emplois. Ceci, nous allons le faire -parce que PSA va rester à Aulnay.
Nous n'allons pas faire une opération immobilière. Nous allons être à la
manœuvre dans la réindustrialisation.
Mais vous n'allez pas exploiter vous-même...
Non, certaines activités.
... sur ce site. Les activités qui vont être créées, ce n'est pas vous qui allez les exploiter.
Certaines activités pourront venir du groupe mais, bien sûr, nous
allons, grâce à cette position logistique, grâce aussi aux compétences
des salariés actuels d'Aulnay, nous allons pouvoir attirer d'autres
entreprises. Et là, avec l'Etat, nous pouvons faire un travail commun.
L'Etat, justement, ou le gouvernement,
du moins, qui le gère ce vendredi, a l'air méfiant vis-à-vis de PSA,
Philippe Varin. Arnaud Montebourg, toujours, dit : "Il n'y a pas de justification suffisante à ce plan".
Et il va vous envoyer un expert, M. Sartorius, pour regarder vos
comptes. Est-ce que vous allez ouvrir vos livres de comptes à l'expert
que va vous envoyer le gouvernement, Philippe Varin ?
Mais, bien entendu, Jean-Michel Aphatie. Nous n'avons rien à cacher et
d'ailleurs, avec les pouvoirs publics, nous sommes d'une totale
transparence sur la gravité de la situation, sur le plan que nous
prenons et puis aussi sur toutes les mesures d'engagement. C'est notre
responsabilité d'industriels de trouver des solutions, de prendre des
engagements et c'est naturellement le rôle des pouvoirs publics d'être
vigilants sur l'application de ces plans.
Cette méfiance et l'agressivité du discours du gouvernement vous ennuient ?
Je comprends l'émotion et je comprends la vigilance mais j'attends aussi
de voir le 25 juillet quel pourra être le plan du gouvernement de
soutien à l'ensemble de la filière automobile.
Qu'est-ce que vous demandez ?
Ce plan, d'abord, nous sommes absolument prêts à y contribuer. Vous
savez, la filière automobile française, dont le groupe est la locomotive
-vous savez que nous représentons deux tiers de la production
automobile en France, que nous avons 100.000 salariés, la moitié de nos
salariés sont en France et que nous entraînons cette filière qui, avec
les emplois indirects, représente 1 emploi sur 10 en France. Donc, que
demande-t-on au gouvernement ? Il est essentiel que la capacité
d'innovation de cette filière puisse se réaliser. Nous sommes le plus
grand déposant de brevets et nous allons le rester.
Et donc, il faut vous aider ?
Alors, nous ne demandons pas une aide directe bien sûr. Alors, on peut
rêver d'augmenter les ventes par une prime à la casse. Nous disons ce
n'est pas la solution. La prime à la casse, c'est du dopage, ce sont des
prix cassés. Et puis, on ne va pas acheter deux fois les voitures.
Par contre, sur les coûts pour restaurer nos marges, il y a une marge de
flexibilité sur le coût du travail. Vous savez, nous avons le coût du
travail le plus cher en Europe et nous produisons 44% de notre
production en France. Donc, il faut baisser les charges qui pèsent sur
le travail de manière massive.
On vous accuse, Philippe Varin, d'avoir
retardé l'annonce de la fermeture de l'usine d'Aulnay. D'avoir attendu
l'après élection présidentielle pour faire cette annonce. Quand
avez-vous décidé la fermeture de l'usine d'Aulnay ?
Jean-Michel Aphatie, ce sont des décisions extrêmement lourdes à prendre
et donc, nous avons étudié tous les scénarios possibles. La crise
européenne, la crise des dettes souveraines en Europe du milieu de
l'année dernière a changé la donne sur le marché européen. Le marché
européen a baissé d'un quart en cinq ans et nous sommes très impliqués
dans le sud de l'Europe, qui était extrêmement touché.
Nous avons fait toutes les études. Dans le premier semestre de cette
année, nous nous sommes rendu compte que cette crise était durable et
qu'il fallait prendre des mesures car nos usines tournent à mi-capacité
sur les petites voitures, si vous voulez, entre Poissy et Aulnay. Donc
nous devons remplir nos usines. Nous avons pris la décision dans le
premier semestre. Evidemment, c'est une décision tellement importante
qu'il n'était pas question d'en faire un enjeu de la période électorale.
Et donc, vous avez attendu l'après élection pour l'annoncer.
Nous avons attendu dès que possible. Nous avons pu le faire.
D'autres sites industriels, d'autres usines de PSA sont-elles menacées, Philippe Varin ?
Alors, écoutez, puisque nous avons fait beaucoup d'études, il y a un an,
lorsqu'il y a eu des fuites sur nos études, des fuites extrêmement
malheureuses, le site d'Aulnay était menacé. C'était identifié. On a une
solution de reconversion. Mais le site de Rennes était menacé aussi.
Alors là, jeudi, nous avons annoncé la nécessaire réduction des
effectifs.
1.400 postes.
1.400 postes sur 5.700 mais la bonne nouvelle pour le site, c'est que
nous avons pris l'engagement d'y mettre un nouveau modèle en 2016 et que
nous allons réinvestir une nouvelle plate-forme à Rennes.
Donc, c'est un engagement que vous tiendrez ça ?
C'est un engagement que nous tiendrons.
Un nouveau modèle à Rennes en 2016.
Donc, ça c'est une bonne nouvelle. Et puis, il y avait aussi des menaces
sur un troisième site, celui de Sévelnord, près de Valenciennes, qui
fait des véhicules utilitaires. Là, aujourd'hui, je n'ai pas de
certitude mais j'ai de bons espoirs que nous allons trouver une
solution. Donc, nous allons, sur deux des trois sites menacés, proposer
des solutions d'avenir.
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