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écouter Philippe Varin, président du directoire de PSA Peugeot-Citoën : "La délocalisation de la matière grise de PSA ? Un faux procès qui me choque"

Créé le 17/11/2011

La chronique du 17 novembre 2011

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Le président du directoire de PSA Peugeot-Citoën répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. C'est la première fois qu'il s'exprimait depuis l'annonce par le groupe automobile de la suppression de plusieurs milliers de postes en France.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Philippe Varin.

Philippe Varin : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

C'est un choc, vous avez annoncé, mardi, 6.000 suppressions de poste dans le groupe que vous présidez : PSA Peugeot-Citroën. 3.500 directement dans le groupe. 2.500 parmi vos prestataires extérieurs. 5.000 de ces postes sont basés en France ; et les milliers restants dans d'autres pays européens. C'est un choc parce que votre décision donne une dimension concrète à la crise que nous traversons.  Qu'est-ce qui a justifié votre décision, Philippe Varin ?

La raison est simple, Jean-Michel Aphatie. Nous avons dans le groupe, une division qui est la division automobile, qui est le cœur du groupe. Cette division automobile a gagné 400 millions d'euros en résultats opérationnels sur le premier  semestre. Mais voilà, dans le courant de l'été, nous avons commencé à sentir les vents contraires sur les marchés, pas tellement sur les volumes du marché européen qui seront stables d'une année à l'autre.

Mais vous savez, nos marchés pour le groupe PSA Peugeot-Citroën, c'est la France ; c'est l'Espagne qui, en cinq ans, va avoir perdu la moitié de son marché ; l'Italie qui en a perdu un tiers ; le Royaume-Uni qui en aura perdu 20%. La France, grâce aux mesures prises par le gouvernement, perdra, sur cinq ans, 5% ; ce qui est plutôt une bonne performance. Mais voilà...

... Mais ce sont des faits !

... Nous sommes confrontés à des vents contraires. Les prix sont effectivement sous pression, notamment sur les petites voitures ; et donc nous anticipons que nous allons perdre sur le second semestre l'équivalent de ce que nous avons gagné sur le premier et nous serons dans ce qu'on appelle dans le "cash flow" négatif sur l'année.

Donc, dans cette situation, eh bien il était important de réagir et nos équipes ont fait un travail fantastique ; et vous savez, nous avons des gains de productivité possibles sur l'ensemble des structures du groupe. Là, il ne s'agit pas des structures industrielles mais des structures du groupe : la Recherche, les Fonctions centrales, l'Informatique, etc. Et nous avons indiqué au comité européen, le 26 octobre et au comité central d'entreprise, nous avons présenté la stratégie du groupe et nous avons indiqué qu'il fallait ajuster de 6.000 postes les effectifs de structure.

Donc, ce sont des anticipations par rapport à ce que vous pressentez sur le marché européen pendant de nombreuses années. C'est un marché qui va stagner ou régresser, le marché européen de l'automobile ?

Vous savez, dans le contexte qui est celui de l'Europe pour l'horizon prévisible, nous ne voyons pas de croissance du marché ou très faible. Donc, il faut effectivement s'ajuster sachant que le reste du monde continue à croître et qu'en même temps, qu'on s'ajuste sur l'Europe, eh bien il faut se développer sur les autres ondes géographiques.

Plusieurs centaines de postes justement sont supprimés dans vos unités françaises de Recherche et de Développement, alors que dans le même temps, vous développez vos centres de Recherche et de Développement au Brésil, en Chine, à Shanghaï notamment. Et certains à l'intérieur même de l'entreprise vous accusent, Philippe Varin, de délocaliser la matière grise de votre entreprise, ce qui fera les succès futurs du groupe que vous présidez. Que répondez-vous à cette accusation de délocalisation de la matière grise ?

Jean-Michel Aphatie, je réponds que je suis choqué, je suis choqué de ce qui est un faux procès.

Mais avant de répondre à cette question, je vais revenir, un instant, sur les 3.500 postes dans le groupe. Parce que vous savez, les autres 2.500 ce sont des prestataires de service en matière d'ingénierie, ce sont des grandes sociétés internationales avec lesquelles nous avons des contrats et donc nous allons ajuster les contrats conformément aux termes des contrats et puis, les personnes concernées auront d'autres missions puisque ce sont des prestataires d'ingénierie. Mais pour les 3.500 personnes du groupe, vous savez il y en a 1.500 qui partiront en attrition naturelle, départs  en retraite, etc.

Et puis, il y a effectivement à juger pour 2.000 personnes. Et là, je vais être très clair. Pour les 2.000 postes concernés, je prends l'engagement qu'il n'y a pas de plan social, qu'il n'y a pas de licenciement économique ; et devant l'émotion qui a été suscitée par ces chiffres, l'engagement que je prends c'est que nous allons entamer un travail sur la reconversion de ces 2.000 prsonnes. Nous le ferons dans la tradition des valeurs du groupe. Et vous savez, nous avons recruté  3.000 personnes depuis le début de cette année ; donc il faut mettre ces chiffres en perspective. Voilà l'engagement que je prends.

Alors maintenant sur la délocalisation...

... Ce sont... On va juste rester sur les 3.500 personnes. Ce sont des suppressions de postes et pas des licenciements ?

Ce sont des suppressions de postes. Il y a 2.000 personnes dont il faudra trouver des modalités de reconversion.

Pas de fermeture de site non plus envisagée, puisque nous en sommes là ? Un site va fermer mais c'était un peu envisagé déjà à Melun : 70 salariés mais on a vu, hier, les salariés d'Aulnay qui sont, eux, très inquiets pour leur site. Vous employez 3.600 personnes sur Aulnay. Ce site n'est pas menacé aujourd'hui .

Non, écoutez, ce sujet n'est pas d'actualité. J'ai dit à plusieurs reprises que sur les petites voitures... Vous savez, Aulnay, c'est le site où nous faisons la C3 qui est le plus important modèle de Citroën ; et donc, ce site, je l'ai indiqué, produira des Citroën en 2014. Il n'y a pas de sujet d'actualité.

Eh bien maintenant, sur le site...

Matière grise délocalisée !

Alors la délocalisation, je vous dis : c'est un faux procès. C'est un faux procès parce que le groupe a aujourd'hui 15.000 personnes en Recherche - Développement. 15.000 chercheurs en France.

Nous en avons 400 dans notre centre technique à Shanghaï, parce que lorsqu'il s'agit de travailler sur le style des voitures chinoises, vous savez le style intérieur des véhicules, la place à l'arrière des véhicules, ce ne sont pas les mêmes qu'en Europe. Il vaut mieux avoir des stylistes chinois à Shanghaï.

Et puis, nous avons 1.500 personnes à Sao Paulo. Lorsqu'il s'agit de travailler sur les suspensions en Amérique latine qui ont des particularités, vous travaillez sur les biocarburants ; mais c'est 85% en France. Nous sommes le plus gros déposant de brevets en France. L'année dernière : 1.150 brevets. Nous dépensons 2 milliards d'euros de Recherche, Développement, 5% de notre chiffre d'affaires.

Vous savez, j'ai eu l'occasion de dire qu'en France qu'il y avait des problèmes sur le coût du travail ou sur l'adéquation du marché du travail ; mais en Recherche Développement, je pense que le gouvernement avec le crédit d'Impôt Recherche soutient les entreprises avec les pôles de compétitivité, le Grand Emprunt. Donc, il y a des facteurs positifs ; et si vous regardez le résultat de nos Recherches Développements, en technologie, nous sortons le premier hybride diesel au monde avec la Peugeot 3008 ; nous avons sorti le "Stop and Start" sur la plupart de nos modèles de plus haute gamme. Nous allons lancer un petit moteur turbo, un petit moteur atmosphérique dont deux sites, dans le nord de la France ; et la boîte double embrayage sept vitesses qui est aussi une nouveauté technologique. Nous avons en terme de modèles, une richesse de notre gamme avec la ligne DS de Citroën où sur vingt mois, nous lançons trois modèles : DS3, DS4, puis DS5 et sur Peugeot qui n'est pas en reste : avec la 508 et la 3.008.

Vous continuerez d'inventer en France les modèles que vous vendrez en Europe ?

Mais il n'y a aucun doute là-dessus.

Pourquoi est-ce que, par exemple, Volkswagen, qui est l'un de vos concurrents, ne procède pas à des ajustements comme vous le faites, et continue à fabriquer en Allemagne des voitures qui sont vendues un peu partout dans le monde ?
   
Alors Volkswagen, vous savez, a à peu près un tiers de sa production mondiale en Allemagne. Nous, nous avons 41% de notre production en France.

On dit : "Volkswagen, la moitié en France" : ce n'est pas vrai ?

(..)

On dit : Volkswagen, la moitié de sa production en Allemagne ?

Moi j'ai un tiers de la production mondiale en intégrant la Chine, et toutes les entreprises en Chine...

Et donc vous, vous fabriquez plus que Volkswagen d'après les chiffres  que vous citez ?

Eh bien nous, si vous voulez, notre situation, elle est très européo-centrée mais nous sommes un très gros acteur en France : avec 41% de notre production de modèles et 80% de nos moteurs.

Mais vous comprenez le choc qu'a suscité votre décision ?

Mais ceci est emblématique, effectivement, de l'attrait qu'a PSA, je dirais, pour la France, bien entendu.

Philippe Varin, président de PSA Peugeot-Citroën, était l'invité de RTL ce matin.

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