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écouter Michel-Edouard Leclerc, président des Centres Leclerc : "Si on avait lâché sur les prix, on serait pendus aujourd'hui !"

Créé le 27/06/2012

Jean-Michel Aphatie

La chronique du 27 juin 2012

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Le président des Centres Leclerc répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Michel-Edouard Leclerc.

Michel-Edouard Leclerc : Bonjour, Monsieur Aphatie.

Le gouvernement a décidé d'augmenter le Smic au 1er juillet : 2% d'augmentation. Le Smic Brut passera à 1.425,67 euros, ce qui représente une augmentation de 21,50 euros. Beaucoup de vos employés sont au Smic, Michel-Edouard Leclerc ?

Oui. Plus que la moyenne nationale. Entre 15 et 18% ; plus dans les entrepôts, moins au siège où là on développe des nouvelles technologies.

Donc, c'est une bonne nouvelle pour beaucoup de vos salariés. Est-ce que c'est une bonne nouvelle pour votre entreprise ?

C'est une bonne nouvelle. C'est surtout un bon symbole social. Ce n'est pas les 25 euros ou les 22 euros supplémentaires qui vont ramener non plus de quoi faire la fête dans les foyers parce que vous savez bien que le Pouvoir d'Achat réel des Français a quand même perdu plus que cela en 2011. Mais c'est un signe, c'est un symbole.


Oui, on dit que c'était la promesse de François Hollande. Mais plus qu'une promesse, c'est un symbole pour renouer le dialogue avec les salariés. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, quand on écoute la radio, les informations, les hommes politiques et les chefs d'entreprise, on a l'impression que la crise nous fait parler uniquement aux actionnaires, aux marchés financiers et autres ... Et c'est vrai qu'il y a un déficit de reconnaissance du salariat.

Je crois que c'est important ; et c'est pourtant un patron qui le dit. C'est important, aujourd'hui, d'avoir des gestes forts, symboliques, d'accord.

Mais vous pourriez en avoir dans votre vie interne, par des négociations salariales, pas dépendre des décisions du gouvernement ?

Eh Mon ami ! je crois que je suis connu pour ça.
Plus de 2.700 emplois créés cette année ; 3.000 l'année dernière.

Et j'entendais votre conversation privée tout à l'heure avec Alain Duhamel. Moi j'accélère. Je considère qu'avec mes compagnons des Centres Leclerc, nous considérons que c'est pendant la période de crise qu'il faut, certes, se désurendetter, mais surtout investir et avec les moyens financiers qui vaut pour être là à la sortie et pour être sûr, simplement, de continuer à tirer la Croissance.

En tant que chef d'entreprise, on peut imaginer que l'augmentation du SMIC représente un surcoût pour vous. C'est un surcoût que vous allez absorber facilement ? Vous allez répercuter sur les prix ; finalement, c'est le consommateur qui va le payer.
Comment ça va se passer, Michel-Edouard Leclerc ?

Cette hausse est modeste ; d'autres l'ont dit. Donc, on va se l'avaler parce que dans les centres Leclerc, on marche bien. C'est vrai qu'on a la chance d'être dans un secteur   -la distribution, le secteur des services-  qui n'est pas directement concurrencé par les Etrangers  et par les importations, par exemple.

Donc, on peut plus se l'avaler quand on est en terme de coût, lorsque l'on est ainsi isolé du marché mondial. C'est plus compliqué pour des entreprises industrielles. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs, le Smic n'est pas l'instrument de régulation des revenus idéale  ni de lutte contre la pauvreté. Il est trop uniforme, il est trop homogène.

Déjà il devrait y avoir plusieurs Smic -d'autres Economistes l'ont dit- il devrait y avoir plusieurs par catégories professionnelles, sinon c'est aussi une trappe à bas salaires parce que tout va s'aligner là-dessus.

Et puis, la lutte contre la pauvreté qui devrait devenir une préoccupation régalienne passe aussi par le RSA, par des revenus d'allocations, par des transferts et pas simplement par le Smic. Donc, il faut faire attention. C'est un symbole fort, là aujourd'hui, je crois, pour renouer le dialogue, la paix sociale.

La paix sociale est une condition de la productivité. La paix sociale avant d'être un coût c'est un investissement. C'est ce qui va permettre après le pays de se rassembler sur des projets économiques, sur des projets politiques. Donc, c'était nécessaire. C'était nécessaire. Il y en aura d'autres j'espère.

'autres augmentations du Smic ?

Et d'autres signes sociaux. Je crois que ...

Vous pensez à quoi ?

Mais déjà, il y a l 'annonce de certaines augmentations d'allocations qui sont nécessaires pour les foyers. On oublie que le moteur de la croissance, aujourd'hui, en France à tort ou à raison, que ce soit bon, que ce ne soit pas bon, ne faisons pas de moral, soyons pratique ; le moteur de la croissance, aujourd'hui, c'est uniquement la consommation.

La consommation.

Donc, c'est ténu. Vous voyez bien que sur la consommation non alimentaire aujourd'hui, tous les grands groupes vous disent que ça peut basculer, des groupes comme la Fnac, comme Surcouf, comme Darty ont du mal à gérer les nouveaux modes de consommation, la commercialisation des nouvelles technologies. Il y a moins 20% sur certains univers de consommation actuellement ; donc, c'est ténu la consommation. Donc, il ne faut pas la casser, il faut l'alimenter ...

Et donc, il faut l'aider.

Il faut l'alimenter.

Alors, moi en tant que chef d'entreprise privé, je demanderais à l'Etat, je suis un homme engagé, je travaille avec des entreprises qui tiennent le marché à coups de promotion, à coups d'investissements commerciaux ; mais le pouvoir d'achat, ce n'est pas simplement le prix qu'on offre, c'est aussi le revenu que l'on a. Et donc, il faut ... l'Etat est logique dans sa fonction de régulation. Mais ce n'est pas forcément le SMIC.


Les chefs d'entreprise qui s'alarment de l'augmentation du SMIC, le MEDEF qui la dénonce ont tort, à votre avis ?

Là, oui. Oui, oui, c'est un jeu de hanche avant négociation quoi. Mais enfin franchement, il ne faut pas charrier quand même.

Chacun est dans son rôle ...

22 euros, 23 euros d'augmentation, ce n'est pas ça qui va nous faire perdre le triple A de l'entreprise.

A l'inverse, ça va aider à la consommation ?

Pas beaucoup non plus. C'est-à-dire que ça maintient une espérance que le gouvernement de Jean Marc Ayrault va prendre des dispositions de ce type. On voit bien, on ne peut pas dire des choses contradictoires. On ne peut pas dire que c'est d'effet trop faible et en même temps que ça va tuer l'entreprise. Non, non, il faut le voir comme une symbolique.

C'est le retour du Politique. Je pense qu'on manquait de signes politiques forts à l'ensemble des Français. La classe politique est trop engluée dans sa réponse aux marchés financiers ... On brasse ...

Il ne faut pas s'engluer dans les déficits aussi !

Oui, mais on mélange tout ! Mais non, mais non !

Non ? Non ?

Mais non, il faut prendre ... C'est comme les ménages. L'endettement, c'est ce qui vous permet d'acheter à la maison. Le problème du surendettement, c'est contre ça qu'il faut lutter.

Eh bien oui ; on est peut-être un peu surendetté justement ?
On est surendetté. Il faut sortir de l'endettement qui ne sert qu'à payer des charges de fonctionnement ; mais par contre, il faut se poser la question de se réendetter, écoutez-moi en tant que chef d'entreprise, pour aller accélérer la croissance. Moi je suis d'accord avec Alain là-dessus ...

Oui.

Attendez, ce n'est pas simplement en coupant les coûts que l'on va ...

Tout le monde est d'accord avec Alain !

... Oui, il a souvent raison, Alain Duhamel.

Le Pouvoir d'Achat, selon l'Insee que Les Echos citent ce mercredi matin, c'est quand même la vraie mauvaise nouvelle, devrait beaucoup chuter cette année : 1,2%. Pas vu depuis 1984.
Vous en ressentez déjà les effets dans les Centres Leclerc, Michel-Edouard Leclerc ?

Ah oui. Enfin, plus exactement, nous on l'anticipe depuis deux ans. C'est pour ça qu'on castagne à fond sur les prix. Le lobby qui est contre nous pour nous faire lâcher les prix, qui disent : Ah, une petite dosette d'inflation à 5%. Qu'est-ce qu'on l'entend aujourd'hui, dans le monde bancaire, dans le monde industriel.

Mais on serait pendu aujourd'hui si  ... On serait en situation pré-révolutionnaire si on avait lâché sur les prix, si on avait cru les arguments des Industriels, de la hausse des Matières Premières sur les marchés mondiaux, etc ... Non, on va ... L'inflation française va être peut-être autour de 2% mais dans les Centres Leclerc, elle est inférieure à 1 pour le moment. Et ça, c'est vraiment aussi la mission de l'entreprise que de coller à son public.

Vous finirez ministre de l'Economie.

que de coller à la demande.

Vous finirez ministre de l'Economie, un jour ?

Je suis plus efficace où je suis.

D'accord.

Michel-Edouard Leclerc, un patron content de l'augmentation du SMIC  -c'est rare !-  était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée !


                   

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