Créé le 30/07/2012
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Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères répondait aux questions de Philippe Corbé lundi matin.
Philippe Corbé : Bonjour, Laurent Fabius.
Laurent Fabius : Bonjour, Philippe Corbé.
Les Français ont la tête à l'été, aux congés, aux Jeux Olympiques et
pourtant, ce qui se passe en ce moment en Syrie est très grave. L'armée
de Bachar Al Assad a lancé ce week-end l'assaut contre la deuxième ville
du pays, Alep, où se sont retranchés des rebelles. Est-ce que vous
craignez un massacre ?
Oui. Oui. Oui, oui, oui. C'est un martyr que subit le peuple syrien et le bourreau s'appelle Bachar Al Assad.
Le bourreau. C'est un mot très fort, bourreau.
Quand il y a un martyr, il y a un bourreau.
On est vraiment frappé quand on lit les articles de journaux, quand
on entend les témoignages, par le côté pot de terre contre le pot de
fer. C'est-à-dire que les rebelles se battent avec des vieilles armes et
ils ont face à eux des hélicoptères, des chars, des roquettes, des
canons, et réclament des armes aux Occidentaux. Est-ce qu'on peut leur
confier, leur donner des armes ?
Il y a des armes, n'utilisons pas la langue de bois, il y a des armes qui leur sont livrées et...
Par les Occidentaux ?
... par les informations qu'on a, à la fois le Qatar, l'Arabie Saoudite,
probablement d'autres, livrent des armes, mais c'est vrai qu'il y a...
Pas nous ? Pas Français, pas les Britanniques ?
Non, pas nous.
D'accord.
Mais c'est vrai qu'il y a un déséquilibre massif puisque Bachar Al Assad
a des moyens très très lourds et qu'il en profite pour massacrer et
pour tuer. Donc, qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on fait ? Depuis le
début, la France a été à l'initiative. Vous vous rappelez que le
Président français a réuni autour de lui, début juillet, la moitié des
pays du monde, les amis du peuple syrien. On a lancé toute une série
d'initiatives, en matière humanitaire, etc. Mais je pense que ça ne
suffit pas. Et donc, puisque la France prend la présidence du Conseil de
Sécurité des Nations Unies au 1er août.
Pour deux mois.
Nous allons donc demander, avant la fin de cette semaine, la réunion du
Conseil de Sécurité, probablement au niveau ministériel, à la fois pour
essayer d'arrêter les massacres et en même temps pour préparer la
transition politique.
Alors, François Hollande a justement renouveler son appel aux autres
membres du Conseil de Sécurité ce week-end pour intervenir le plus
rapidement possible. Il a dit précisément, je vais le dire : "Je m'adresse une fois encore à la Russie et à la Chine". Et on sent dans ce "une fois encore" toute notre impuissance en fait.
Donc, je vous dis, nous allons convoquer le Conseil de Sécurité. Il est probable que je le présiderai moi-même.
Et la Russie et la Chine vous répondront la même chose que ces derniers mois.
Ecoutez, il faut tout tenter. Il y a des contacts avec la Russie en
particulier. L'Ambassadeur de Russie a été reçu la semaine dernière par
mon Directeur des Affaire du Moyen-Orient. On discute puisque les règles
internationales sont ainsi faites qu'ils ont la possibilité de bloquer
au Conseil de Sécurité, mais il ne faut pas arrêter, il ne faut pas se
démobiliser, il faut continuer. Et il faut que la Russie et la Chine
comprennent. Quels sont leurs arguments ? Elles disent, mais "attention,
qu'est-ce qui va venir après Monsieur Bachar Al Assad ?" "Est-ce que ça
ne va pas être un désordre ? J'ai entendu cet argument.
Islamiste, peut-être par exemple ?
Oui, mais il n'y a pas de plus grand désordre massacreur que ce qui se
passe aujourd'hui. Et précisément, vous dites les islamistes, les
intégristes, les terroristes. Mais si on continue comme aujourd'hui, de
plus en plus, ça va être une opposition confessionnelle. Et quand il y a
une opposition confessionnelle, la température ne peut pas redescendre.
Et à ce moment là, on va vers une telle violence du conflit que, non
seulement la Syrie sera détruite, mais en plus, les pays voisins vont
être contaminés. On pense au Liban, on pense à la Jordanie, on pense
même, dans une certaine mesure, à la Turquie. Donc, vous voyez la
gravité de tout ça. On ne peut plus dire que c'est une affaire
intérieure puisque ça déborde sur les autres pays. Donc, il faut
absolument, et c'est le rôle de la France qu'on arrête les massacres,
que la raison revienne et qu'on prépare la transition politique, qui
sera évidemment...
Transition avec des proches de Bachar Al Assad, ce serait peut-être
le seul moyen pour faire venir la Russie dans cette coalition.
Il faudra une transition pluraliste, on le comprend bien. Dans une
situation comme celle-ci, on ne va pas trouver tout d'un coup Abraham
Lincoln ou George Washington, c'est évident. Donc, il faut qu'il y ait à
la fois la résistance de l'intérieur, la résistance de l'extérieur, et
puis probablement des gens aussi du régime, mais qui ne soient pas
compromis. Donc, il faut une solution pluraliste. Il y a des discussions
en ce sens mais, pour le moment, ça ne débouche pas.
Laurent Fabius, Nicolas Sarkozy est resté discret depuis son départ de
l'Elysée, mais on a lu hier dans Le Parisien, cette phrase, entre
guillemets, attribuée donc à l'ancien Président : "On m'a critiqué
sur la Libye mais moi, au moins, j'ai agi. Il faut être plus ferme
contre le régime de Damas, beaucoup plus ferme".
Ecoutez.
Vous souriez.
Oui, parce que je voudrais mettre ça sur le compte de propos de vacances
parce que, si on parlait de la Syrie, le seul souvenir que j'ai de
l'action de Monsieur Sarkozy avec Monsieur Bachar Al Assad, c'est de
l'avoir invité à présider les cérémonies du 14 juillet. Donc, je pense
qu'il vaut mieux parler d'autre chose.
Justement, on va parler du Sahel, puisque vous revenez du Sahel, Laurent
Fabius. Est-ce qu'on va devoir, nous, intervenir, Français, au Mali
dans les prochains mois ?
J'espère que non. Ce qui se passe au Sahel... Bon, le Sahel, c'est une
zone déshéritée, donc les gens ne situent pas nécessairement sur la
carte.
Au milieu de l'Afrique.
Mais ce qui se passe là-bas est grave parce que c'est une espèce
d'incubateur du terrorisme qui est en train de se placer là-bas.
Pour faire simple, les otages français qui ont été enlevés se
trouvent dans cette zone tribale, où Al Qaïda au Maghreb Islamique est
présent.
Oui, et il y a rassemblé, à la fois des terroristes d'Aqmi, des armes en
grande quantité, dont une partie vient d'ailleurs de Libye, et puis de
l'argent, tiré des prises d'otages, et une volonté d'en découdre. Et, je
ne vais pas rentrer dans les détails mais, ce n'est pas seulement vrai
en ce qui concerne le Mali, mais ça s'étend jusqu'au Nigéria, avec un
ensemble de gens qu'on appelle Boko Haram, qui sont aussi des
intégristes. Donc, il y a un risque pas seulement pour le Mali, mais
pour l'ensemble des pays de la sous-région, et dans ma tournée, ce qui
m'a paru évident, c'est que tous ces pays, qui sont très différents. Ca
va du Niger au Tchad, en passant par le Sénégal, la Côte d'Ivoire, ont
très peur de ce qui va se passer.
Le Président ivoirien dit : "L'intervention militaire est inévitable et on a besoin, par exemple, de l'appui logistique des Français".
Ecoutez, pour le moment, il faut d'abord qu'il y ait une solution
politique. Vous avez vu que le Président du Mali est revenu au Mali. Il
essaie de constituer un gouvernement de large union, il a raison.
Et il ne maîtrise pas le nord de son pays.
Non. Pour le moment, le Mali est coupé en deux, donc il faut récupérer
l'intégrité du Mali. Il y a des solutions politiques, de développement
aussi, parce qu'il y a une crise économique extrêmement grave et
humanitaire. Et puis, il y aura à faire oeuvre de sécurité. Alors, les
forces maliennes vont aider. Les forces africaines, je l'espère.
Nos avions.
On n'en est pas encore là. Nous, nous jouons le rôle de facilitateur pour tout ça parce que nous sommes une puissance de paix.
Est-ce que si on devait, si la solution politique n'aboutissait pas,
est-ce que vous excluez totalement l'intervention de troupes françaises
au sol dans les prochains...
Non, il n'en est pas question.
Il n'en est pas question.
Pas question que des troupes françaises se substituent aux Africains,
mais nous devons jouer un rôle politique, international, de
facilitateur, parce que tout ça nécessitera évidemment une approbation
des Nations Unies.
Vous avez des informations sur les otages français dans la région ?
Je n'en parle pas.
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