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écouter Laurence Parisot, présidente du Medef : "Le danger d'une récession est là !"

Créé le 16/11/2011

La chronique du 16 novembre 2011

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La présidente du Medef répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurence Parisot.

Laurence Parisot : Bonjour.

La nouvelle est tombée, hier : Peugeot Citroën va supprimer 4.000 emplois en France. Après la BNP, la Société Générale a annoncé, hier, des centaines de suppressions d'emploi. Redoutez-vous, Laurence Parisot, une flambée du chômage en France ?

Nous redoutons tous un ralentissement très sérieux de l'économie, même si les chiffres du troisième trimestre en matière de croissance, sont relativement rassurants.

0,4% notamment dû à la consommation. Création d'emplois en trois mois, à peu près nulle.

Oui. Mais un investissement qui reste à peu près acceptable. Ceci dit, le danger est là.

Le danger d'une flambée du chômage ? Vous le redoutez, Laurence Parisot ?

Le danger d'une récession et donc d'une augmentation du chômage, d'une situation difficile pour tout le monde.

Cela veut dire quoi ?

Dans une situation de ce type, il n'y a qu'une chose à avoir à l'esprit : il faut être pro-business. Il faut être pro-entreprise. Il faut développer des politiques économiques qui favorisent, stimulent la croissance de nos entreprises. Ce sont elles qui créent les richesses ; et personne d'autre.

On va y venir puisque vous faites une proposition dans ce sens. Mais je voudrais juste m'arrêter sur un mot que vous avez prononcé. Un "risque de récession". Le gouvernement prévoit 1% de croissance, l'année prochaine. La commission européenne dit que c'est inatteignable. Pensez-vous, Laurence Parisot, que la société française - et l'économie française - va connaître un troisième plan de rigueur ?

Pas forcément.

Mais vous-même, vous dites : "risque de récession" !

Il y a un risque. Il y a un risque de récession...

Et le risque est important ? Tout le monde le dit.

Je ne sais pas. Je pense que nous avons encore tout à fait les moyens de l'éviter. Cela dépend de plusieurs choses.
- Tout d'abord de la capacité à l'échelle européenne d'arrêter la contagion que nous observons tous à l'égard... la contagion de l'attaque qu'il y a partout sur les dettes souveraines. Ca, c'est fondamental. C'est le premier niveau.
- Le deuxième niveau, c'est faire en sorte que pendant ce temps-là, l'économie réelle ne soit pas mise en difficulté, soit par un assèchement des crédits, par exemple ; soit par des plans d'austérité qui aboutiraient à une contraction de l'économie en général.

Mais il y en a partout en Europe des plans d'austérité. Italie, Espagne, Grèce, France ; il y en a partout.

Je remarque les plans qui sont mis en œuvre pour le moment, jusqu'à présent ce sont des plans qui n'impactent pas d'une manière trop sensible ce que peuvent faire les entreprises ; et il faut continuer dans cet esprit-là. C'est ce que nous proposons nous Medef, depuis hier, en disant : il faut, pour maintenir notre compétitivité, baisser les coûts de production, tout en permettant de conserver toutes les ressources de notre protection sociale  et il y a des façons de le faire, c'est ce que nous avons expliqué par ce nouveau pacte, ce nouveau pacte fiscal et social que nous proposons.

Vous proposez une baisse des charges salariales...
 
Oui.
 
... Pour améliorer le salaire des salariés, donc ?

Absolument.

Et la baisse des charges patronales. Et en contrepartie, augmentation de la CSG, augmentation de la TVA. Alors, vous ne voulez pas l'appeler comme ça ; mais enfin, ça fait des années qu'on en parle en France : ça s'appelle la TVA sociale. Et c'est ce qu'il faut faire, d'après vous ?

Oui, ce n'est pas pour nous la TVA sociale parce que ce que nous proposons est radicalement nouveau par rapport à ce qu'on a appelé pendant longtemps,  la TVA sociale. Jusqu'à présent, personne ne proposait la baisse des cotisations payées par les salariés. Nous, nous proposons cette baisse des cotisations payées par les salariés afin d'augmenter leur pouvoir d'achat, afin d'augmenter leur salaire net, et en même temps la baisse de la cotisation payée par les employeurs. Ce qui est nouveau, fondamental et qui est la garantie de l'efficacité de notre proposition, c'est les deux mouvements en même temps.

S'il n'y a pas cette simultanéité, nous ne pourrons pas créer le cercle vertueux que nous espérons ; et évidemment, ceci doit être compensé par des augmentations modérées de TVA et de CSG pour conserver les ressources qui nous permettent de financer notre protection sociale.

Et cela, vous espérez bien sûr que ce soit un élément de campagne. On en reparlera sans doute dans les prochaines semaines en France à l'occasion de la campagne présidentielle.

Il faut absolument que ça soit dans le débat public. Mais il y a urgence.

Je voudrais revenir quand même sur le début de notre conversation : à l'endroit où vous êtes, vous avez connaissance d'autres plans sociaux importants : Peugeot Citroën -constructeur automobile- 4.000 emplois en moins. Faut-il attendre, par exemple, des nouvelles similaires chez Renault, dans d'autres grandes entreprises, Laurence Parisot ?

Non, nous n'avons pas d'informations particulières. Je dirais simplement une chose : cela fait des années que tout le monde dit, il faut réindustrialiser notre pays, il faut garder l'industrie en France ; et pour autant, rien n'a été fait pour baisser les coûts de production comme je viens de le rappeler à l'instant... Vous savez, il y a un chiffre...

De ce point de vue, le bilan gouvernemental n'est pas terrible, alors ?

Nous avons dix ans de retard. Ca, vous ne pouvez pas être transformé en quelques années.

Dix ans !

Nous avons fait beaucoup en baissant la taxe professionnelle, ce n'est pas suffisant. Mais maintenant compte tenu de la situation financière de notre pays, c'est urgent d'agir vite.

Il y a une chose qu'il faut que tout le monde ait à l'esprit : pour que nous allions mieux, il faut baisser les dépenses publiques, ça c'est certain.  Mais il faut aussi augmenter les richesses, augmenter les revenus, augmenter les revenus de notre pays, les revenus des Français, ça ça passe par une attitude pro-business, j'insiste.
   
Que pensez-vous, Laurence Parisot, de l'instauration d'un quatrième jour de carence pour les salariés en arrêt maladie ?

J'aurais apprécié qu'il y ait un minimum de concertation sur le sujet.

Il n'y en a pas eue ?!

Il n'y en a pas eue. Il est fort possible que ce quatrième jour permette de lutter contre ces petits arrêts de complaisance ; et il est sain pour tout le monde qu'on puisse combattre avec efficacité la fraude sociale. Ceci dit, ça va coûter de l'argent aux entreprises parce que dans la plupart des cas, les entreprises paient ces journées de carence. Ca va coûter 200 millions. Comme je viens de le dire, ce n'est pas le moment d'augmenter les charges des entreprises.

Laurence Parisot en colère - mais pour le comprendre, il faut vraiment bien l'écouter, parce que c'est toujours maîtrisé - était l'invitée de RTL ce matin. Bonne journée.

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