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écouter Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères : "Hollande, un bon chef d'Etat ? La question ne se pose même pas !"

Créé le 28/11/2011

La chronique du 28 novembre 2011

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L'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Hubert Védrine.

Hubert Védrine : Bonjour.

Les gouvernements cherchent encore comment résoudre la crise de confiance qui affaiblit l'euro. L'idée de revoir les traités qui en organisent le fonctionnement, semble aujourd'hui partagée entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. On évoque peut-être la possibilité de faire de la Commission ou d'une autre instance européenne, un super-gendarme de la politique budgétaire de la zone euro. C'est-à-dire que la France pourrait abandonner un peu de sa souveraineté budgétaire. Est ce que cela vous paraît une bonne voie ?

Je dois dire que l'attitude de l'Allemagne, ses exigences sans cesse renouvelées, son entêtement à refuser que la Banque centrale européenne devienne, ce qu'on appelle dans le jargon le "prêteur en dernier recours", comme les banques centrales américaine, japonaise, britannique, suisse, et d'autres encore, continue à refuser ça, finit par poser un problème sérieux. Et le fait de lire, parce que ce n'est peut-être pas encore tout à fait sûr, de lire que le Président français, les autorités françaises accepteraient cette demande allemande, d'entrer dans le sillon périlleux d'une révision des traités, à 27 ou à 17, on ne sait pas, ou si ça ne marche pas, de créer un traité spécial entre les pays qui le voudraient dans la zone euro, uniquement pour rendre l'austérité et la rigueur encore plus obligatoire, encore plus solennelle, alors qu'on a pris énormément d'engagements déjà, qu'on ferait mieux d'abord de commencer par appliquer: pacte de stabilité, de compétitivité, pacte législatif, semestre européen.

Il y a une attitude pour le moins troublante, alors donc que l'Allemagne, bloque ce qu'il semble être aux dires européens, américains aussi d'ailleurs, la seule solution pour dissuader radicalement les attaques des marchés. Troublant.

La spéculation... Troublant... Vous parlez de l'entêtement de l'Allemagne, les dirigeants allemands ont une arrière-pensée d'après vous ?

Non, ça serait trop simple. Il y a un système allemand compliqué, Madame Merkel agit laborieusement, mais finalement sous le contrôle du Bundestag, lui-même qui agit sous le contrôle de la cour de Karlsruhe, plus l'opinion publique. On pouvait comprendre que les Allemands n'aient pas envie d'entrer dans une union de transfert automatique, où ils payent pour les autres. On peut comprendre ça. Mais qu'ils refusent des solutions radicales, en ce qui concerne le rôle de la Banque centrale, parce qu'ils ont peur historiquement de l'inflation, ce que l'on peut comprendre aussi, mais en même temps, ils prétendent que la Banque centrale européenne est indépendante, à ce moment là, au nom de quoi, ils empêcheraient la Banque centrale européenne, d'évoluer de façon indépendante vers une attitude plus efficace...

... Parce que pour l'instant, ça n'est pas dans les traités, de toutes les façons il faudrait réviser les traités...

Oui, mais Trichet a déjà été au delà des traités. Donc, il y a une sorte d'incohérence allemande. En plus, quel serait l'intérêt de l'Allemagne d'imposer une rigueur absolue, constitutionnalisée, judiciarariser ce qui est encore pire dans toute la zone euro, pour mettre la croissance à zéro, alors qu'ils font les deux tiers de leur excédent sur l'Europe !...

... Incohérence allemande et entêtement de l'Allemagne...

... Sur le plan économique...

Mais c'est la fin de l'euro ?

Et donc on ne sortira jamais du cycle de l'endettement si c'est cela.

Si entre Français et Allemands, il y a autant de distances, si l'Allemagne est encore...

Je ne sais pas, s'il y en a encore autant. Parce que je trouve troublante, semble-t-il, l'acquiescement français sans contrepartie. On a déjà lâché il y a quelques années, dans le Traité de Lisbonne, la parité France-Allemagne au Conseil européen, qui était une sorte de trésor national, qu'on a lâché sans discussion, sans examen, sans négociation, sans contrepartie. Je pense qu'il ne faut pas lâcher l’œuf, il faut avoir une négociation dure peut-être, mais nécessaire et légitime avec les Allemands. C'est la politique économique, à suivre dans la zone euro.

L'Allemagne, son attitude menace l'euro, Hubert Védrine ?

Elle pourrait finir par menacer l'euro, mais du coup elle va finir par le sortir, vous avez vu, qu'ils n'arrivaient plus à placer toutes leurs obligations. Donc, il va y avoir un mouvement, il y a une partie de l'opinion allemande, par exemple au sein du SPD, chez les experts économiques, dans la presse, qui plaident pour une certaine évolution, et depuis un an et demi, madame Merkel a toujours dit : "Non, non, non... Oui". Donc, peut être qu'il y a une perspective, mais ça mérite au moins de s'inquiéter, de se poser des questions.

En même temps, c'est assez technique, j'en conviens, mais si la BCE rachète, ou se porte candidate à racheter les emprunts d'états de dix-sept pays, il faudra bien qu'à un moment on unifie les politiques budgétaires de ces dix-sept pays, et donc qu'on abandonne notre souveraineté budgétaire, si la BCE se porte acquéreurs sur les marchés...

On n'a pas le temps d'entrer dans le débat sur le fédéralisme, mais en fait il y a deux façons complètement différentes... L'harmonisation...

On va vers le fédéralisme ?...

... Oui, mais le même mot désigne des choses complètement différentes. Il y a des cas, où on exerce la souveraineté en commun, parce que nous partageons la même souveraineté européenne, il y a des cas, où on l'abandonne, un système technocratique ou judiciarisé. Je pense que la deuxième fois est mauvaise, et que politiquement elle ne passera jamais, et que ça jamais ratifié dans un nouveau traité.
Donc la première fois est ouverte, on a pris beaucoup d'engagements, on n'a pas été assez loin, il faut appliquer les engagements pris, que j'ai rappelés tout à l'heure, y compris le semestre européen, et là on va dans le sens de ce que demanderaient les Allemands, disons raisonnablement.

Avez-vous l'occasion d'en parler avec le candidat François Hollande, de ces problèmes ou pas ?

Oui, ça m'est arrivé.

Vous le conseillez, vous participez à ce travail aujourd'hui à sa réflexion.

Non, non pas spécialement. Mais c'est un ami de longue date, donc j'ai l'occasion de parler à l'occasion, mais je ne parle pas en son nom.

Non, non, d'accord, je voulais savoir un peu si sur ces problèmes là, vous aviez l'occasion de lui faire part de vos lumières, comme vous le faites ce matin chez nous.

Oui, mais peut-être qu'avec votre aide, c'est encore plus lumineux, je ne sais pas.

D'accord, peut-être qu'il écoute, qu'il entendra... Un point de l'accord entre les Verts et les socialistes qui concerne les relations internationales a fait débat, ce week-end. La droite a accusé le Parti socialiste d'avoir concédé aux Verts l'abandon du droit de véto au conseil de sécurité des Nations-Unies. Le terme exact dans l'accord est celui-ci : "La France fera des propositions (donc en cas de victoire de la gauche), la France fera des propositions précises pour réformer et démocratiser l'ONU, siège Européen, suppression du droit du veto, meilleure représentativité des pays du Sud". Vous lisez dans ce ligne, l'abandon du droit de veto, ou le consentement du droit de veto par les autorités françaises ?

Non, non, franchement, c'est le type même de la fausse polémique de campagne électorale, ça. Car on peut dire c'est irréaliste, on peut dire que c'est idéaliste, si on trouve ça bien. Mais de toutes façons, ça ne se produira jamais. Jamais les autres détenteurs du droit de veto ne renonceront au droit de veto.  Quant aux Européens, ils ne sont même pas à la veille d'avoir des positions communes, ce qui permettrait d'avoir un siège européen.

Donc quand Cécile Duflot dit : "Oui, c'est un abandon du droit de veto, parce que le droit de veto c'est dépassé", elle a une lecture de ces lignes, qui ne correspond pas à celle qu'il faut avoir ?

Oui, c'est une lecture très particulière qui ne correspond pas, et sur ce point précisément, j'ai eu un échange court et récent avec François Hollande, et je crois que sa position est tout à fait claire, il n'est absolument pas question pour aucun socialiste d'un abandon unilatéral par la France. C'est dans le cadre d'une réforme générale des Nations-Unies qu'on peut avoir en perspective, mais qui n'est pas du tout une annonce immédiate, qui n'a absolument rien d'unilatéral. Donc c'est un sujet qui n'a gonflé, que parce qu'on est en période préélectorale.

Quand François Bayrou, qu'évoquait Alain Duhamel, qui l'a fait gonflée en disant : "C'est une incroyable légèreté que d'écrire des choses comme ça sur un coin de table". Il n'a pas un peu raison ?

C'était une bonne question, mais qui je crois appelle des réponses faciles.

Donc pas de problèmes là dessus ? Là dessus ?

Non. C'est pas normal d'y envie une sorte de réforme de l'ONU, de toutes façons extrêmement difficile, parce que c'est bloqué par les pays qui ont le droit de veto, et qui n'ont pas envie d'y renoncer. Quant à l'idée d'avoir un siège européen unique, il y a beaucoup de gens qui trouvent ça sympathique, mais ça aura un sens le jour où les pays européens seront en mesure d'avoir une position commune sans que ça prenne des semaines et des semaines, ou des mois.  C'est une perspective.

Vous qui le connaissez bien François Hollande, il a l'autorité suffisante pour être de chef de l'Etat, certains semblent en douter !

Il me semble qu'une majorité de Français n'en doutent pas à ce stade, après c'est aux électeurs de voir.

Mais et vous ? Vous êtes dans la majorité, ou vous êtes dans la minorité ?

Non je pense que la question ne se pose même pas.

Si je la pose, c'est qu'elle se pose...

Oui, oui, vous avez le droit de la poser...

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