Créé le 11/07/2012
Jean-Michel Aphatie
La chronique du 11 juillet 2012
En détails
Le
député UMP de Paris, ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy,
répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. François
Fillon a estimé que la hausse prochaine de la CSG constituait "la vraie
décision" de la conférence sociale organisée par le gouvernement, et
d'accuser les socialistes de n'avoir "aucune stratégie économique". A
propos de la cellule de réflexion sur le Smic, il a remarqué qu'"il y en
avait déjà une, elle vient d'être dissoute. On va en mettre une
nouvelle. On ne voit pas bien à quoi ça va aboutir", a-t-il dit.
François Fillon a défendu avec force son bilan gouvernemental en matière
de concertation sociale : "Pendant cinq ans, a-t-il dit, vous n'avez
jamais eu autant d'accords avec les partenaires sociaux".
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Fillon.
François Fillon : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Vous aviez bloqué le prix du gaz en
octobre dernier, ça tombait bien juste avant les élections. Mais hier le
Conseil d'Etat vous a désavoué. Il fallait augmenter le gaz pour
respecter les coûts d'approvisionnement. Mea culpa ce matin François
Fillon ?
D'abord, le prix du gaz n'a pas été gelé, il a augmenté de 5% en janvier
2011, et de 4,5% en janvier 2012. GDF SUEZ avait demandé une
augmentation supplémentaire à l'automne...
...pour couvrir les frais d'approvisionnement...
...pour couvrir ses frais d'approvisionnement. Il y avait un débat, il y
a toujours un débat sur la formule qui permet de calculer le prix, et
qui tient compte des coûts d'approvisionnement qui sont doubles. C'est à
dire que GDF SUEZ a des contrats à long terme, qui sont en généralement
assez chers, mais qui lui donne une sécurité d'approvisionnement, et
puis GDF SUEZ va sur les marchés spots, ce qu'on appelle les marchés
spots où les cours sont plutôt plus bas.
La formule qui mêle ces deux composantes, est contestée. Donc j'avais
demandé à la commission de régulation de l'énergie d'expertiser cette
formule, et d'en calculer une nouvelle, de l'améliorer. Dans l'attente,
j'ai souhaité qu'il n'y ait pas d'augmentation du prix du gaz sur une
formule qui était contestable. LA CRE, la commission de régulation de
l'énergie, a mis en place une nouvelle formule, qui nous a conduit
d'ailleurs à augmenter le prix du gaz en janvier. Le Conseil d'Etat, ne
revient pas sur l'augmentation, il revient sur le calendrier. C'est à
dire, qu'il estime qu'on aurait dû augmenter...
C'est compliqué ! Le Conseil d'Etat vous a désavoué ?
Non, ce n'est pas compliqué, c'est la vérité des choses. Le Conseil
d'Etat estime qu'on aurait du augmenter trois mois plus tôt le prix du
gaz.
Il vous a désavoué quand même, on peut le dire.
Il applique la loi, le Conseil d'Etat applique la loi. Moi, je conteste
la formule ancienne de calcul, je considère d'ailleurs que le Conseil
d'Etat, en tous cas, ça se plaide juridiquement, ne devrait pas imposer
une rétroactivité d'une formule, d'une formule qui a été contestée. Mais
derrière tout ça, il y a une réalité : on ne peut pas complètement
ignorer les coûts d'approvisionnement, ni du gaz, ni du pétrole, ni
d'autre chose. Je rappelle que pendant cinq ans, le parti socialiste
nous a réclamés le gel du prix de l'essence, et le gel du prix du gaz.
On va voir maintenant comment il se comporte face à cette situation.
Bon on ne commente pas une décision de justice, mais...
Non, je dis qu'on peut la discuter sur un point. Je ne vois pas pourquoi
il y aurait une application rétro-active d'une formule qui a été depuis
modifiée.
Transmis au Conseil d'Etat. La grande
conférence sociale organisée par le gouvernement, s'est achevée hier par
un discours de votre successeur à Matignon, Jean-Marc Ayrault. De
l'avis général, avant de parler du fond, les participants ont trouvé que
la méthode était bonne. Peut-être meilleure que la vôtre ou celle de
Nicolas Sarkozy, la méthode ?
D'abord, c'est toujours bien d'organiser le dialogue social, et je dois
dire qu'aucun gouvernement n'a jamais fait autant en matière de
modifications, de réformes des règles du dialogue social que le mien, et
les gouvernements de droite précédents. Je rappelle que c'est la droite
en particulier, qui a rendu obligatoire la concertation sociale avant
toutes les décisions législatives qui impact la vie sociale.
Alors la méthode, qu'est-ce qui a changé ? Parce que ce n'est pas à l'Elysée, c'est au Palais Iéna.
Réunir au début d'un quinquennat...
Mais c'est ce qui a été fait, exactement en mai 2007. Tout le monde a été convié à l'Elysée.
Pourquoi tout a été brouillé...
Ça c'est pas brouillé. Pendant cinq ans, vous n'avez jamais eu autant
d'accords signés par les partenaires sociaux. Vous avez eu des accords
sur le droit du travail, vous avez eu des accords sur la formation
professionnelle, vous avez eu un nombre d'accords signés par les
partenaires sociaux sans équivalence, sans équivalence sous la 5ème
République. Il y a eu une tension forte au sujet des retraites, je ne
pense qu'une concertation sociale aurait changé les choses.
Sur le fond, la CSG pour financer la protection sociale ?
Sur le fond, ce qui ressort surtout de cette conférence, je trouve, en
dehors du caractère positif de l'organisation d'un dialogue social,
c'est le sentiment que le gouvernement n'a aucune stratégie économique
et qu'il cherche surtout à gagner du temps.
C'est l'impression que vous avez eue ?
Oui j'ai l'impression que pendant cinq ans, ils ont passé beaucoup de
temps à nous critiquer, pas assez à réfléchir à ce qu'ils devraient
faire. Moi, je pensais qu'après cinq ans d'opposition, le parti
socialiste était prêt à mettre en oeuvre, une politique économique, il
n'avait pas besoin mettre en place des commissions pour réfléchir à
l'évolution du SMIC. Les décisions qui ont été prises hier, c'est en
dehors du calendrier, rien à dire là-dessus, c'est une commission pour
réfléchir à l'évolution du SMIC, il y en avait déjà une, elle vient
d'être dissoute, on va en remettre une nouvelle, on ne voit pas bien à
quoi ça va aboutir.
Une commission pour réfléchir à la compétitivité de l'économie française
qui est confiée à Monsieur Gallois. Franchement, il n'y a pas besoin
d'une commission, et de Monsieur Gallois, qui par ailleurs est un homme
très bien, pour réfléchir à la compétitivité de l'économie française :
c'est très simple, il faut baisser le coût du travail, il faut continuer
à investir sur les investissements d'avenir, sur les secteurs d'avenir.
Continuer la politique que vous faisiez ?
Peut-être mieux, peut-être plus vite. Peut-être aller plus loin, je ne
dis pas que nous avons tout réussi, et j'accepte volontiers les
critiques, notamment sur la question de savoir si on a été assez vite ou
assez loin. Mais il y a une chose qui est sûre, c'est qu'on a un
différentiel de compétitivité avec l'Allemagne, et qu'on ne va le
rattraper en se donnant un an pour réfléchir à des questions aussi
urgentes que celles de la compétitivité de l'industrie française.
.... augmentation la CSG sur les charges ....
Là aussi, c'est assez étrange. On avait voté un texte qui permettait
d'augmenter la TVA et de baisser de 5,6% les charges sociales. On abroge
ce texte et on nous annonce, parce qu'il semble que ce soit la vraie
décision de cette conférence sociale, même si elle n'est pas encore
prise, une augmentation de la CSG.
Pourquoi pas modifier le financement de la protection sociale. On est
tous d'accord pour dire que le travail ne peut plus supporter la
totalité de cette protection sociale. Mais la TVA, c'était mieux que la
CSG. La TVA c'est mieux que la CSG pour plusieurs raisons, d'abord parce
que c'est une assiette plus large, parce qu'on contrairement à ce qu'on
dit, ce n'est pas injuste : on consomme en fonction de ses besoins,
donc la vérité, c'est qu'on paye de la TVA en fonction de sa
consommation.
Mais tous les revenus contribuent à la CSG. C'est ce qui parait-être égalitaire.
La TVA aussi. Et il y a un avantage avec la TVA, c'est que vous taxez
les produits importés. Avec la CSG non. La CSG, c'est vraiment une
baisse du pouvoir d'achats. Il n'y a pas d'échappatoire possible. La TVA
c'est différent, la TVA, c'est d'abord des choix de consommation, et
puis deuxièmement la TVA, les industriels ne répercutent jamais
complètement les hausses de TVA, parce qu'il y a la concurrence qui
joue.
Donc, c'est vraiment une décision idéologique que d'abroger un texte qui
était utile sur l'augmentation de la TVA et la baisse des charges
sociales pour nous annoncer dans je ne sais pas combien de temps, une
hausse de la CSG.
Samedi devant les cadres de l'UMP, vous
avez déclaré ceci François Fillon : " François Hollande a été élu par
défaut avec le soutien de l'extrême gauche". Mais le "par défaut", on se
dit tient, il n'y avait pas de bon candidat en face François Hollande.
Non ce n'est pas ça. J'ai d'abord dit que nous avions été battus par la crise comme tous les autres gouvernements européens.
Oui mais "par défaut"...
... et que donc François Hollande avait élu par défaut, il a été élu
parce que les Français comme tous les autres peuples européens, ont
bousculé une majorité qui avait géré le pays, dans une crise extrêmement
grave. Et c'est incontestable que François Hollande...
Il y avait un bon candidat en face ?
Mais bien sûr qu'il avait un bon candidat, il est incontestable que
François Hollande avait et a été élu grâce aux voix de l'extrême gauche
et grâce au soutien de l'extrême droite. 2 millions de bulletins blancs à
la demande de Madame Le Pen.
Et vous êtes dans la bataille pour la présidence de l'UMP, on en reparlera ...
Ce n'est pas une bataille, Jean-Michel Aphatie
Une élection ?
Une compétition démocratique.
Une élection ?
Oui, une élection.
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