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écouter François Baroin, député UMP de l'Aube : "A trop courir derrière le Front National, on le crédibilise"

Créé le 18/06/2012

Jean-Michel Aphatie

La chronique du 18 juin 2012

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L'ancien ministre UMP de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, réélu dimanche député de la troisième circonscription de l'Aube, était le second invité politique de Jean-Michel Aphatie lundi matin.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Baroin.

François Baroin : Bonjour, Jean Michel Aphatie.

Réélu député de l'Aube hier, mais l'UMP a été nettement battue. C'est une défaite pour la droite républicaine, qui n'a pas de précédent avant 1981. Comment pouvez-vous l'expliquer ?

C'est une défaite nette, c'est sûr. Le Parti socialiste a la majorité absolue, François Hollande a les moyens de gouverner. Jean-Marc Ayrault également. Comment l'expliquer ? Je pense qu'il ne faut pas oublier, même si les socialistes n'en n'ont pas parlé pendant la campagne présidentielle, ou législative que l'on traverse une crise sans précédent, qui secoue les fondamentaux, qui interpelle, qui interroge, qui met en cause notre façon de vivre ensemble et puis également notre cohérence européenne. C'est ce qui a en quelque sorte effacé tous les chefs d'états et de gouvernements depuis trois ou quatre ans, dans  tous les pays concernés. On n'a pas échappé à cette règle, c'est une défaite, et la législative amplifie le résultat de la présidentielle.

La première raison spontanément que vous mettez en avant, c'est l'économie. On peut constater que pendant sa campagne présidentielle, puisque les résultats des législatifs sont aussi liés évidemment à ce qui s'est passé avant, Nicolas Sarkozy avait davantage parlé d'immigration, d'insécurité que d'économie. Ça veut dire qu'il avait eu tort ?

C'est un peu le paradoxe de cette campagne présidentielle. A partir du moment, où on avait trouvé nous, ministres des finances, un accord pour accompagner la Grèce dans un nouveau programme, la crise s'est effacée, peut-être que l'on a voulu parler d'autre chose, peut-être que c'était trop anxiogène, mais c'est un fait. Le fait de parler d'autre chose, n'efface pas la crise, cette réalité se rappelle à nous. Il suffit de voir ce qui se passe en Grèce, en Espagne, en Italie, tout ça est devant nous. Et je regrette en effet, qu'on n'ait pas pu convaincre les Français que le choix sur la présidentielle se fasse exclusivement sur la crise.

Pour prendre le même problème autrement, tous les candidats qui ont exprimé une droitisation de l'UMP, Nadine Morano, Claude Guéant, sont battus, sévèrement battus. Est-ce qu'il y a là un élément important, d'après vous, François Baroin, d'explications de la défaite de l'UMP à trop courir derrière le Front National, on perd son électorat.

A trop courir derrière le Front National, on le crédibilise, c'est indiscutable. Je crois effectivement sur les cinq années qui vient de s'écrouler, on a perdu 6 élections (les régionales, les cantonales, les municipales, la sénatoriale, la présidentielle, les législatives) il est évident qu'il faut qu'on s'interroge.

Il est évident qu'il faut qu'on regarde ce qui nous rassemble, et puis ce qui nous sépare ou qui nous divise. Il est évident que la crise suscite une volonté de conserver le pouvoir de la part de certains militants ou certains électeurs. Moi, je voudrai faire un tout petit peu d'histoire et du chemin de l'UMP, avec d'autre, j'en ai été le porte-parole, j'en ai été le secrétaire général, moi je n'oublie pas les conditions dans lesquelles l'UMP s'est constituée...

En 2002...

Oui, mais ça a été envisagé en 2001... Dans l'hypothèse d'une défaite aux municipales. Jacques Chirac l'avait souhaité, et puis ça a été une victoire. La gauche avait perdu, on avait remis sous boisseau cette histoire. Et en 2002 que se passe-t-il ? Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen qualifié pour le second tour de la présidentielle.

La réponse proposée par Jacques Chirac a été de rassembler toutes les forces gaullistes, libérales, centristes, radicales dans le refus des extrêmes et d'un rassemblement politique d'une famille de droite et du centre qui est un parti de gouvernement. On ne doit pas s'éloigner de l'esprit d'un pacte fondateur. L'UMP, c'est le refus des extrêmes, l'UMP n'a pas à aller braconner sur telle ou telle terre. L'UMP a à affirmer ses valeurs, qui sont des valeurs de refus de solutions extrêmes. Quand j'ai entendu entre les deux tours des législatives, certains dire qu'ils avaient des valeurs du Front National, et qu'ils trouvaient même Marine Le Pen sympathique, et même avoir des qualités. Mais c'est quoi la prochaine étape ? 

C'est on prend un verre, et on se met à table et puis on discute. Ce n'est même pas envisageable, ni de près, ni de loin dans le l'esprit du pacte des fondateurs, et nous sommes nombreux, un certain nombre de responsables politiques nationaux, à affirmer ces valeurs-là. Le Front National porte des valeurs qui sont nationalistes, nationalistes, c'est quoi, c'est la haine des autres, nous, nous sommes des patriotes, c'est l'amour des siens. Le Front National est isolationniste, c'est à dire un repli sur soi pensant que la France est une île. Nous nous avons un projet européen, avec une France qui doit être forte dans la construction européenne et qui doit lutter à armes égales. Et puis le Front National, c'est aussi des positions sur le plan économique qui feront, comme premières victimes, celles et ceux qui leur ont apportés les suffrages.

C'est la sortie de l'Euro, c'est le retour au franc, c'est une dévaluation de 30%, c'est un effondrement du patrimoine collectif, public et particulier. Nous devons donc combattre le Front National comme un adversaire politique, ne pas tomber dans la cristallisation autour des personnalités, mais nous battre pour nos valeurs. Donc, nous avons un chantier important devant nous pour reconstruire tout ça.

Certains ont été trop loin dans le braconnage vis à vis du Front National à l'UMP ?

Mais oui, parce que le Front National s'inscrit dans la traditionnelle filiation politique de l'extrême droite, et nous, principalement les gaullistes, je m'inscris dans cette filiation-là, nous avons toujours été les adversaires du Front National. La crise n'ajoute rien à l'affaire, la crise ne fait qu'amplifier les difficultés. Et quand on va sur ces terrains-là, on flatte les bas instincts et on perd ses repères. Il n'est que temps que de retrouver ses repères.

La stratégie du ni-ni observée entre les deux tours des élections législatives, n'était-elle pas justement une perte de repères par rapport au Front National, en banalisant le Front National ?

 Bon, moi j'étais au bureau politique, je me suis exprimé dans l'esprit de ce que je viens de vous dire, j'ai rappelé l'esprit de ce pacte fondateur de l'UMP, le refus des extrêmes. Le parti socialiste qui quand même s'associe avec Monsieur Mélenchon, Monsieur Mélenchon, n'est probablement pas le même que Madame Le Pen, mais quand même Monsieur Mélenchon, est quand même celui qui a dit pendant la présidentielle "quand vous voyez un riche, vous traversez la rue, vous lui faîtes les poches".

Donc Monsieur Mélenchon, à la différence des communistes qui dit-on étaient naturellement  plus républicain que les gens de l'extrême droite, a restauré la lutte des classes. Donc, il faudra aussi que le parti socialiste soit clair par rapport à la manière dont il souhaite gouverner. Il n'a pas besoin du Front Gauche, c'est plutôt pour nos institutions, et probablement pour le président Hollande, une bonne nouvelle.

Je vous interrogeais sur la banalisation du Front National qu'induisez la stratégie du ni-ni?

Je pense qu'il faudra qu'on la revoie. Je pense qu'elle n'est pas pertinente, elle a troublé, je comprends parfaitement et je l'ai soutenue, je le dis franchement, je l'ai soutenue, on est allé au bout du processus, on avait tenté cela au moment des cantonales, parce qu'on est gêné quand même, il faut bien faire voir que les gens de droite et du centre qui sont des républicains, mais qui sont des gens de gouvernements, nous avons vocations à gouverner le pays, à le diriger, nous ne sommes pas satisfaits de la manière dont le PS, essaye de nous enfermer dans un terrorisme intellectuel. Mais je pense que cette stratégie-là a vécu, et je pense que ça fait partie des leçons que nous devons tirer de ces élections perdues.

Tout de suite, il va falloir élire un président de groupe pour les députés de l'UMP, dont vous faîtes partie. Christian Jacob est candidat pour continuer ce travail qu'il fait depuis quelques années, peut-être d'autres seront candidats. Vous avez une opinion sur cette question.

Bien sûr que j'ai une opinion, si Christian Jacob n'était pas candidat, je le serai moi-même. Il le sera, et je le souhaite, il a été un très bon président, il a été d'une très grande loyauté à l'égard de Nicolas Sarkozy et du gouvernement. Il a refusé de rentrer au gouvernement, ça lui avait été proposé. Et puis, c'est un ami personnel, et pas un ami à la sauce politique, comme il y a des cousins à la mode de Bretagne. C'est un vrai ami.

C'est un vrai ami, donc vous le soutiendrez. Et derrière se profile, la question de la présidence de l'UMP. On connait déjà les deux grands protagonistes de ce débat : Jean-François Copé, et François Fillon, vous avez une préférence, François Baroin ?

Alors, je vais vous dire, on ne va pas entrer dans les affaires de personnes, parce qu'on ne va pas en finir. Les Français sont saturés de politique. Il y a eu la présidentielle, ça a duré huit mois, puisqu'on a eu quand même la primaire socialiste, ça fait donc des mois et des mois que ça dure, on doit travailler sur le fond, les affaires de personnes on verra ça à la sortie de l'été. En tous cas, moi je m'engagerai sur la définition, sur la base de ce que je viens de vous dire ce matin.

Pourriez-vous être vous-même candidat à la tête de l'UMP ?

Si mes idées ne sont pas reprises, certainement.

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