L'invité de RTL
Du lundi au vendredi de 07h50 à 08h
Créé le 23/11/2011
La chronique du 23 novembre 2011
En détails
La députée
européenne et candidate d'Europe Ecologie - Les Verts pour la
Présidentielle répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi
matin.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Eva Joly.
Eva Joly : Bonjour
Jeudi dernier, vous avez subitement
renoncer à débattre avec Jean-François Copé sur France 2. Puis, vous
avez annulé tous vos autres rendez-vous de campagne, et vous avez
disparu. Vous êtes de retour dans votre campagne électorale depuis hier :
une interview dans "Le Monde" ; une interview hier soir sur France 2.
Et ce matin, sur RTL. Cette disparition-réapparition, Eva Joly,
était-elle le fruit d'un coup de colère ou d'un calcul tactique ?
Elle était le fruit d'une situation qui, pour moi, était insupportable.
Coup de colère ?
Un coup de colère ! L'accord avait été conclu, et ça c'est dans la norme
; tous les partis politiques du monde concluent des pactes avec des
compromis. Donc, ça, je l'ai accepté.
Mais ce qui était pour moi totalement inacceptable, c'était
l'intervention d'Areva dans cet accord qui obtenait qu'on biffe un
paragraphe qui ne leur convenait pas sur la filière du Mox. Et comme
vous le savez, j'ai combattu les lobbies et l'emprise excessive des
multinationales depuis toute ma vie, ou depuis un peu moins quinze ans,
et voir que ça se faisait aussi ouvertement que la réalité de la vie
politique qu'Areva avait l'ambition, donc, d'interférer, je trouvais ça
absolument insupportable.
Et je n'ai pas voulu que ma parole puisse être instrumenté dans ce
débat-là ; et je ne voulais pas non plus intervenir dans ce que
j'espérais être les dernières rondes des négociations pour rétablir ce
paragraphe. Donc, je n'ai pas pu faire le débat avec monsieur Copé, ce
jeudi-là, parce qu'on n'aurait pas parlé d'éthique en politique, on
aurait parlé que de l'accord et des problèmes qu'il posait.
Mais c'est une manière, enfin ! A deux
reprises, hier, vous avez dit pour avancer et pour être dans
l'actualité - à deux reprises, hier -, vous avez dit que l'accord passé
entre les Verts et le Parti socialiste ne vous faisait pas rêver.
Non, c'est vrai.
C'est donc un mauvais accord, Eva Joly ?
Je ne dis pas que c'est un mauvais accord. Je pense que les négociateurs ont fait un travail...
... Comment le qualifiez-vous ?
... Remarquable pour faire l'accord le mieux possible dans ces
circonstances ; mais ça ne veut pas dire qu'ils portent tout le
programme écologique.
Mais c'est quoi ?
Il est un socle qui fait qu'on puisse avoir un groupe de députés lors
des élections législatives ; mais ça ne fait évidemment pas le programme
présidentiel.
Donc, ce n'est pas un mauvais accord. Donc, c'est un bon accord ?
Non, c'est trop simpliste.
Ah !
Moi je regrette...
Mais il faut bien le qualifier cet accord !
Je regrette vraiment que nous ne sommes pas allés au bout de la logique
pour dire : nous allons sortir du nucléaire parce que seule ...
Donc, vous regrettez que l'accord ait été conclu ?
Seule la décision de sortie du nucléaire va permettre la
réindustrialisation et de vraiment changer de siècle et partir vers
l'énergie renouvelable qui, seule, peut assurer cela, assurer notre
avenir en toute sécurité avec les emplois qui vont avec.
Donc, vous regrettez que l'accord ait été conclu ?
Je ne regrette pas que l'accord ait été conclu parce que...
... Mais vous dites : "Je regrette qu'on n'ait pas été au bout de notre logique !"
... Je comprends. Voilà, mais ça c'est le compromis, je veux dire. Nous
ne pouvons pas obtenir gain de cause sur tous les points et cet accord a
eu l'intelligence de ne pas camoufler nos désaccords mais de les acter.
Dépêche AFP, hier, 21h11 : "Eva Joly de
retour s'en prend à François Hollande et irrite dans son parti". Il y a
des citations : "Tout le monde est énervé à la direction d'Europe
Ecologie - Les Verts" ; "Elle ne dit pas un mot pour positiver l'accord"
; En gros, "elle dit : A elle, les valeurs, aux autres, la tambouille".
Vous avez un problème, aujourd'hui, avec les dirigeants d'Europe
Ecologie - Les Verts, Eva Joly ?
Ecoutez, moi j'ai été élue par les militants et par tous ceux qui sont
venus à notre primaire pour porter notre projet écologique avec la
sortie du nucléaire, avec la République exemplaire, avec la lutte contre
le changement climatique, avec la lutte pour la bio-diversité et pour
la justice sociale et je pense que j'ai l'appui de l'encadrement et des
militants pour faire cela. Et je suis très consciente que nous sommes
dans le même bateau avec les socialistes mais vous admettrez que j'ai le
droit d'intervenir sur le cap que nous devons fixer.
Vous avez dit, hier, que "les
socialistes étaient du bois dont on fait les marionnettes". La formule
est drôle mais est-ce que vous ne faites pas le jeu de Nicolas Sarkozy
avec de telles formules, Eva Joly ?
Ecoutez, j'ai dit cela par rapport au fait qu'Areva a pu intervenir et a pu obtenir qu'on change un accord qui était signé.
Ca, vous l'avez déjà dit ! Mais ma question est de savoir si vous ne faites pas le jeu de Nicolas Sarkozy avec ces formules ?
Et je regrette... Je regrette... Je regrette qu'ils ont résisté - les
écologistes dans notre volonté de sortir du nucléaire -, et qu'ils n'ont
pas résisté aux lobbies. Et ça, c'est un fait.
Et ma question, ma question : c'est un fait. Ma question...
... Et moi ce qui m'étonne, voyez-vous, c'est les commentaires des
journalistes, ils n'ont pas révélé. Tout se passe comme si c'était
normal, comme si il n'y avait que moi que ça indignait ...
Les journalistes sont des gens
étonnants sans doute puisqu'ils vous étonnent. Ma question : est-ce que
vous ne faites pas le jeu de Nicolas Sarkozy avec de telles formules ?
Ecoutez, moi je pense que les Français ont envie d'un langage de vérité ;
ils ont envie d'éthique en politique ; et j'espère pouvoir porter cela.
Voyez la "une" du "Figaro" : "Eva Joly attaque Hollande et le PS".
Mais je n'ai pas regardé. C'est un très bon journal mais je n'ai pas eu
le temps - comme vous êtes très matinal - de le lire encore.
Mais donc, il y a à la"une" du "Figaro" qui dit que vous attaquez le Parti socialiste.
Mais ça, c'est évidemment leur vision des choses.
Est-ce que vous appellerez s'il est qualifié pour le second tour... Excusez-moi !
Ce qui compte pour moi, ce qui compte pour moi...
Bien sûr ! Est-ce que vous appelerez,
s'il est qualifié pour le second tour, à voter pour François Hollande
qui s'est engagé à poursuivre la construction de l'EPR de Flamanville ?
Pour moi, la sortie du nucléaire est une vraie question. C'est une
question morale, c'est une question industrielle aussi, et il y a
tellement de mensonges, tellement d'idéologies autour du nucléaire que
je suis au moins contente que le débat du nucléaire est sur la table et
nous avons toute la période des Présidentielles, de la préparation, pour
discuter du nucléaire ; et moi, j'ai tout ce temps pour convaincre mes
concitoyens que la voie elle passe par la sortie du nucléaire...
... Bien sûr.
... Et la fermeture de la centrale de Flamanville.
Pouvez-vous répondre, Eva Joly, à ma question ?
Ecoutez : pas là ; non.
Donc, vous ne pouvez pas dire : "Oui, je vais appeler à voter François Hollande s'il est qualifié pour le deuxième tour ?"
Je ne me trompe pas d'ennemi. Mon objectif est de battre Nicolas Sarkozy
parce que moi, je pense que le pays ne supporterait pas...
... Pouvez-vous répondre à ma question alors ?
... Un deuxième mandat de Nicolas Sarkozy qui creuse les inégalités...
... Bien sûr. Non mais...
... Et qui oppose les Français les uns aux autres. C'est mon ennemi.
Pouvez-vous répondre à une question...
C'est mon ennemi. C'est mon ennemi.
Pouvez-vous répondre à ma question : appellerez-vous, s'il est qualifié au second tour, à voter pour François Hollande ?
Pourquoi ne demandez-vous pas si François Hollande appellerait à voter
pour moi ? C'est comme si cette situation-là ne pouvait pas se produire !
Bon, donc vous ne répondez pas à ma question. Etes-vous solidaire, Eva Joly, des salariés d'Areva qui redoutent un plan social ?
Vous savez, monsieur Aphatie, moi j'ai passé mille jours de ma vie à
faire de la restructuration industrielle, à sauver les emplois...
Mais, est-ce que vous pouvez répondre à ma question ?
J'ai négocié avec la CGT dockers, j'ai obtenu de sauver des emplois à
Marseille et la CGT du nucléaire ne me fait pas peur, et évidemment, je
travaillerai avec eux. Je travaillerai avec eux pour faire des plans
sociaux, pour faire de l'accompagnement et surtout pour moi, la sortie
du nucléaire se fait sur une génération et à effectifs constants.
Eva Joly, qui aimait bien qu'on réponde
à ses questions quand elle était juge d'Instruction, répond moins
facilement aux questions quand elle est invitée à RTL.
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