Créé le 02/07/2012
Jean-Michel Aphatie
La chronique du 2 juillet 2012
En détails
Le président socialiste de l'Assemblée nationale répondait lundi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Claude Bartolone.
Claude Bartolone : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Olivier Ferrand était membre du parti
socialiste, il avait 42, il avait été élu député des Bouches du Rhône le
17 juin dernier, il est mort subitement samedi matin, j'imagine que
cette mort vous affecte et vous touche ?
Bien sûr, il ne manque déjà. Je pense bien entendu à ses parents, à sa
femme, à sa petite fille, et c'est vrai c'est impensable d'imaginer que
quelqu'un de 42 ans, un intellectuel, un agitateur d'idées, un sportif,
en pleine forme, sportif, puisse nous quitter comme cela. Il va nous
manquer toute cette législature.
Et vous lui rendrez sans doute un hommage solennel
Bien sûr, demain et puis nous verrons avec sa famille à quel moment on pourra le faire.
Demain, le premier ministre Jean-Marc
Ayrault prononcera son discours de politique générale, il est bien
entendu très attendu ce discours.Il annoncera des augmentations
d'impôts, un gel des dépenses publiques, le tout sur fond d'une
croissance en 2012, et plus faible qu'attendue en 2013, si on appelle un
chat un chat Claude Bartolone ce matin, c'est la rigueur qui est à
l'ordre du jour.
C'est pas tant le mot de rigueur, sur lequel il faut s'arrêter...
..que personne ne veut prononcer...
Mais parce que le problème est de savoir ce que l'on fait de la rigueur.
Si le premier ministre, comme je le crois, annonce aux Français "voilà,
nous devons faire des efforts pour réindustrialiser le pays et en finir
avec ces treize mois de chômage que nous venons de connaître avec
aujourd'hui, un taux de chômage de près de 8% et bien, de 10%, pardon,
et bien ça donnera du sens à l'effort, du sens au discours qui a été
prononcé par le président Hollande au cours de la campagne, et du sens à
ce que nous devons faire ensemble. On ne peut pas continuer à assister à
un désastre industriel, à cette augmentation de chômage, sans dire à un
moment donné, il faut changer de politique.
Ce qui semble tout déterminer, ce n'est
pas la lutte contre le chômage, et si on lit par exemple, le ministre
de l'économie, Pierre Moscovici ce matin dans le Figaro, c'est le
désendettement : "Le désendettement, dit-il, c'est une ardente
obligation". Tout à l'air conditionné par cela ce lundi.
Le désendettement et une autre politique. Car vous le voyez...
Mais il reste de l'espace pour une autre politique quand toutes les ressources sont affectées ?
Oui, regardez ce qui s'est passé à Bruxelles. A Bruxelles, finalement,
nous avons protégé nos taux d'interêts. S'il n'y avait pas eu cet
accord, si il n'y avait pas eu cette volonté de François Hollande de
dire "il faut donner une chance à la fois à la croissance, et à la
maîtrise de la dette", nous aurions pu avoir des envolées, et des
attaques y compris de la dette souveraine française.
Donc, la priorité, c'est bien ça ? Réduire l'endettement.
Les deux. Le problème, c'est qu'il faut tout prendre en même temps. A la
fois, il faut être capable que nous sommes attentifs à la dette et aux
dépenses publiques, et dans le même temps montrer qu'il y a nécessité de
réorienter l'effort pour que la France, dans les années qui viennent ne
soit pas simplement le pays du tourisme et de l'immobilier.
Une partie de la gauche risque de ne
pas être au rendez-vous lors du vote de confiance du premier ministre.
Les communistes notamment, font planer la menace de l'abstention.
Il faut discuter.
Ce serait grave, s'il ne votait pas la confiance.
C'est toujours grave, parce que quand un pays est dans la situation qui
est celle de la France actuellement, plus nous serons rassemblés, et
mieux ça serait. Mais dans le même temps, on l'a vu pendant la campagne
présidentielle, le discours tenu par Jean-Luc Melenchon, et celui tenu
par Hollande, il y avait énormément de différence.
Donc, il faut essayer de donner ce sens, à la fois économique, social,
environnemental, pour que l'ensemble des composantes de la majorité
puisse s'y retrouver. Mais aujourd'hui on ne pas assister à cette
baisse du pouvoir d'achat annoncée. On ne peut assister à ces treize
mois d'augmentation du chômage sans dire "voilà, on ne peut pas
continuer comme ça" et il faut redonner du sens à l'effort collectif.
Parmi les menaces les plus immédiates,
figure l'usine PSA du groupe Peugeot Citroen, située à Aulnay. On dit
qu'elle pourrait fermer en 2014. Un comité d'entreprise extraordinaire
est convoqué par PSA dans une dizaine de jours. Vous êtes élus de ce
département. Vous vous préparez à cette fermeture, il n'y a rien à faire
?
D'abord, voyez ça fait un an, au moins un an, que l'on a cette
préoccupation dans la tête. Vous savez que les organisations syndicales
ont réussi à obtenir le projet secret de PSA qui prévoyait la fermeture à
terme de cette usine. Mais ça rejoint un petit peu la conversation et
les questions que vous venez de me poser. Parce que l'on voit bien au
travers de cet exemple de PSA, que c'est toute la question de
l'investissement, de la recherche et du développement qui se pose pour
un certain nombre de nos grandes entreprises.
Peugeot comme ils le disent, est encore un fabriquant français qui
fabrique les voitures de classes moyennes en France, mais qui n'a pas
assez investi sur le haut de gamme, ce qui explique les ventes de
voitures allemandes en particulier en France, et sur le bas de gamme,
des entreprises françaises comme Renault avec le low coast, lui ont
enlevé énormément de clients.
Et du coup, vous voyez au travers de ce qui se passe chez PSA, c'est à
la fois, savoir comment on peut éviter la souffrance des 3.300 salariés
qui chaque jour aujourd'hui vont au boulot, le matin la peur au ventre,
et puis que l'on réussisse à poser la question de savoir, ce qu'est la
stratégie industrielle, pour ne pas en finir avec la tradition de
fabrication automobile dans notre pays.
C'est pour ça qu'Arnaud Montebourg a eu raison de nommer cet expert pour
qu'on sache exactement quelles sont les conditions qui prévalent chez
PSA actuellement et puis savoir exactement ce que doit être la
réindustrialisation, y compris pour l'automobile dans les années qui
viennent.
Et la fermeture du site à Aulnay, c'est inéducable ?
Je ne dis pas ça, parce que vous voyez à partir du moment où on ferme
Aulnay, c'est finalement accélérer la fin de l'automobile en France.
C'est une entreprise privée, qui si
elle en détermine la nécessité, ferme les sites qui affecte justement,
l'hypothèse de sa survie.
Vous avez raison, mais c'est toute la question qui doit amener, à mon
avis, dans les semaines, dans les mois à venir un pacte entre les chefs
d'entreprises, les organisations syndicales, et le gouvernement. On ne
peut pas arriver simplement, comme étant des acteurs qui constatent la
fin de l'emploi en Fance, sans réagir.
C'est pour ça que je souhaite vraiment que tout soit mis sur la table,
pour voir comment on peut sauver le site d'Aulnay, comment on peut
donner des garanties à Rennes, et comment on peut voir avec l'ensemble
des patrons de l'automobile ce qui doit être fait en France pour
conserver la fabrication, et l'invention des automobiles de demain.
Vous pensez que le pouvoir politique peut empêcher la fermeture de l'usine d'Aulnay ?
Je pense que le pouvoir politique, doit réunir l'ensemble des acteurs
pour savoir ce qu'est, et ce qu'il faut faire pour maintenir la
tradition de la fabrication automobile en France. Après tout, les
Allemands, même si c'est dans conditions différentes, ont réussi à
maintenir le montage des automobiles chez eux, on doit être capable de
pouvoir passer ce même genre d'accord.
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