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écouter Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT : "Les discussions ne suffiront pas à la conférence sociale"

Créé le 09/07/2012

Jean-Michel Aphatie

La chronique du 9 juillet 2012

En détails

Le secrétaire général de la CGT répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. Bernard Thibault a déclaré, peu avant l'ouverture de la grande conférence sociale, qu'il attendait de ce rendez-vous "des décisions immédiates", au-delà d'un calendrier pour aborder "des sujets plus structurants". Il a notamment cité la remise à plat des aides publiques aux entreprises après avoir étudié leur efficacité, l'indexation des minima de branches sur la hausse du Smic et des sanctions en cas de non-respect de l'égalité hommes-femmes dans les entreprises.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Thibault.


Bernard Thibault : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Une grande conférence sociale se déroulera à l'initiative du gouvernement aujourd'hui et demain à Paris. Et vu la dégradation accentuée et rapide de la situation économique, on se demande bien ce qu'il faut attendre de cette conférence sociale.

Déjà, elle est présentée comme sociale et en plus, elle est qualifiée de grande, donc le gouvernement...

Le marketing, c'est clair.

... se met un objectif ambitieux et c'est au regard de cet intitulé que nous allons...

Ah, vous trouvez ?

... intervenir. Non, mais ce n'est pas le titre qui suffit, c'est la raison pour laquelle nous allons être insistants pour que, d'une part, il y ait des décisions de prises. Moi, je ne suis pas de ceux qui considèrent qu'il ne faille simplement que discuter, caler un agenda et, comme le disait l'intervenant précédent, ne rien attendre. Non, vu...

Que demain soir il y ait des décisions.

... Vu l'urgence de la situation, il y a un certain nombre d'éléments sur lesquels le gouvernement est habilité, après les élections.

Dans quels domaines ?

Il y a cette conférence sociale, grande conférence sociale, parce qu'il y a eu des élections, parce qu'il y a eu un changement de Président de la République, parce qu'il y a eu un changement de majorité. Et c'est d'ailleurs avec l'encouragement d'une majorité des salariés qu'il y a eu ce changement de Président de la République.

En tout cas de la CGT.

Entre autres, mais pas seulement, pas seulement. Regardez, vous l'avez observé, les comportements électoraux... Une majorité de salariés a favorisé ce changement de politique. Il est donc logique...

Dans quoi vous attendez des décisions ?

... que ce gouvernement soit à l'écoute des revendications des salariés, après une longue période où les gouvernements ont été à l'écoute du patronat. Nous avons fait des suggestions, nous allons les répéter durant ces deux jours. Nombreuses sont des décisions immédiates.

Bien sûr qu'il faut engager des discussions sur les sujets structurant mais nous revendiquons par exemple la mise à plat de toutes les aides publiques et exonérations de cotisations dont bénéficient les entreprises au nom de l'emploi : 180 milliards d'euros par an distribués aux entreprises au nom de l'emploi. Ne pensez-vous pas qu'au vu de la situation de l'emploi, comme l'a dit la Cour des Comptes il y a deux ans, il serait souhaitable, rapidement, de faire un examen contradictoire sur l'efficacité de ces aides publiques.

Autre demande, mesure qui dépend de la responsabilité des pouvoirs publics : la mise à l'index automatique des minimums de grilles de salaires dans les branches, dès lors qu'il y a revalorisation du SMIC. Il y a eu cette mesure par le gouvernement. Mesure de revalorisation très insuffisante, mais le SMIC a augmenté. Le problème c'est que dans les branches professionnelles, on n'applique pas automatiquement cette revalorisation.

Autre mesure : la loi précise une égalité professionnelle salariale entre les femmes et les hommes. Ce n'est pas appliqué. Le gouvernement est légitime à passer à l'échelle des sanctions. Et donc...

Et pourtant, vous voyez, Bernard Thibault...

... il y a toute une série de domaines dans lesquels...

Laurence Parisot l'a dit dimanche, les entreprises sont accablées par les charges. Elle annonce, elle se trompe, vous partagez son sentiment ou pas, des plans massifs de licenciements.

Mais, je l'ai dit moi-même il y a une semaine lors d'un point de presse.

Donc vous êtes d'accord avec elle ?

Nous avons fait une projection. Oui et si Madame Parisot va encore au-delà de ce que nous on mesure, ça laisse entendre de ce qui peut arriver.

Donc, alourdir les charges des entreprises, ce n'est pas le moment ?

Ca montre bien, ça montre bien, Monsieur Aphatie, qu'on ne peut pas s'en tenir aux vieilles recettes. Une majorité des Français n'a pas changé de Président de la République et n'a pas changé de majorité à l'Assemblée Nationale pour emprunter les mêmes recettes qu'auparavant. C'est le travail qui est dévalorisé depuis des années, y compris dans le débat sur la compétitivité des entreprises françaises. Lorsque le patronat continue de dire que c'est à cause du coût du travail que nos entreprises ne sont pas compétitives...

Et pourquoi elles ferment alors ?

Elles ferment pour un tas de raisons que nous allons aborder, y compris avec l'ancien gouvernement.

Et pourquoi ?

Absence d'investissements en matière de recherche-innovation. Quand on compare avec l'Allemagne : bien inférieurs. Des niveaux et des moyens en matière de formation professionnelle, là aussi, au moins en stagnation, voire à la baisse.

Les patrons français sont de mauvais patrons ?

Non. Enfin, ça dépend lesquels. Il ne s'agit pas...

Ils n'anticipent pas, ils n'investissent pas, ils n'inventent pas...

On peut faire les comparaisons internationales. Les entreprises, en France, investissent dans l'appareil productif beaucoup moins que les entreprises allemandes. Alors, après, on ne peut pas s'étonner...

C'est quoi ? C'est de la cupidité, de l'incapacité à prévoir l'avenir ? C'est quoi ?

Il y a une pression sur la rentabilité financière immédiate dans les entreprises, beaucoup plus développée que dans les entreprises allemandes. Il y a une absence, dans le secteur industriel, de vision sur le moyen et le long termes. Nous allons revendiquer que l'Etat redevienne quelque part aussi stratège en matière d'emplois industriels. Nous avons suggéré...

Comme en Allemagne. Si on avait des patrons comme en Allemagne, on serait mieux ?

Non, ce n'est pas une question... Entre parenthèses, la place des organisations syndicales pour définir les stratégies industrielles en Allemagne est sans commune mesure avec les droits et les moyens qui sont réservés aux organisations syndicales en France. Ca fait partie d'ailleurs des chantiers rapides et urgents, selon nous. Il faut redéfinir, par exemple, ce qu'est un licenciement économique. Aujourd'hui, le patronat nous dit : "Il faut favoriser, aider, assouplir encore un peu plus les marges de licenciement et que ça coûte accessoirement encore moins cher pour les entreprises.

Ca, vous refusez ça ?

Oui, oui. Nous refusons. Nous refusons de passer au laminoir les droits sociaux des salariés.

PSA-Aulnay, qu'est-ce qu'il faudra faire à la fin de la semaine quand le groupe PSA dira "On ferme Aulnay" ? Qu'est-ce qu'il faudra faire ?

Ecoutez, le salariés sont déjà mobilisés. Une usine de construction automobile, c'est une pièce importante. Vous savez que dans le secteur industriel, pas uniquement dans l'automobile mais dans le secteur industriel, un emploi direct entraîne avec lui au moins trois, voire quatre emplois induits.

Vous pouvez faire quelque chose ?

Il faut reparler de filières industrielles, de filières automobiles notamment. C'est une des filières qui emploie encore plusieurs centaines de milliers de salariés dans notre pays. On a utilisé là aussi, on a emprunté la voie du low cost. Il s'agirait aussi de revoir les ambitions des constructeurs automobiles sur notre territoire national.

Et on comprend à votre discours...

On a encore des compétences...

Et on comprend à votre discours que Peugeot-Aulnay, on ne peut rien faire.

Non, non, non. Je pense, et ça fait partie, dans tout le secteur industriel, nous allons le dire auprès de Monsieur Montebourg, qui anime une table ronde sur ce sujet. Il est heureux d'ailleurs que dans l'organigramme du gouvernement, il y ait un espace ministériel réservé explicitement à cette situation particulière. Il faut permettre aux salariés, aux représentants des salariés, d'intervenir sur les stratégies des groupes en amont de leur décisions. Là, on va nous annoncer une décision sur laquelle il n'y aurait pas à revenir. Non, nous souhaitons que les personnels des différents secteurs soient entendus aussi sur les stratégies des entreprises.

Vous ne regrettez pas d'avoir appelé à voter François Hollande aujourd'hui ?

Non, il y a absolument aucun regret et en même temps, nous n'avons pas caché qu'un changement de Président ou de majorité à l'Assemblée n'allait pas comme par magie nous amener à une satisfaction totale de nos revendications. On voit bien que le patronat est omniprésent mais je pense que nous aurons l'occasion, à la rentrée notamment, de créer les conditions pour exercer une pression plus importante si nous avons le sentiment que nos revendications ne sont pas suffisamment prises en compte.

Vous pourriez vous fâcher... un peu.

Ce n'est pas une question de se fâcher, c'est tout simplement la nécessité de changer de politique économique et sociale, comme nous l'avons dit depuis des années.

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