L'invité de RTL
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Créé le 18/11/2011
La chronique du 18 novembre 2011
En détails
Le porte-parole du Parti socialiste répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Benoît Hamon.
Benoît Hamon : Bonjour.
L'accord entre vous et les écologistes a
été visiblement difficile à coucher, je ne suis pas sûr qu'on ait tout
compris. Au cœur du problème, s'est trouvé le Mox, un combustible pour
centrale nucléaire qui recycle du plutonium usager. Depuis hier, vous
nous assurez, vous les socialistes et puis les écologistes, que vous
êtes d'accord sur le Mox. Alors, sur quoi êtes-vous d'accord ?
D'abord, je veux dire que ce n'est pas plus mal qu'il faille prendre le
temps d'expliquer clairement nos choix aux Français. Et s'il faut 48
heures de plus pour que François Hollande explique clairement aux yeux
des Français ce que sera sa politique énergétique, l'accord qui est
passé avec les écologistes, de quelle manière il l'engage, une
transition écologique et énergétique à travers la baisse de la
production de l'électricité liée au nucléaire civil : de 75% à 50%.
C'est une chose positive parce que les mots qui sont prononcés sur ces
sujets l'engagent ; et que François Hollande tient à ce que ces mots qui
l'engagent soient clairs et qu'il n'y ait pas confusion. Quels sont nos
choix ?
Ils sont d'abord de dire que nous nous engageons dans une vraie
transition écologique et énergétique ; et ça, ce n'est pas négociable.
Nous passerons, la production de l'électricité liée au nucléaire civil
de 75% à 50%. La conséquence de cela, c'est qu'il y aura moins besoin de
combustibles puisque nous fermerons des centrales nucléaires qui sont
prévues à échéance de 2025, notamment les plus vieilles d'entre elles
qui ont d'ailleurs une durée de vie bien plus longue que ce qui était
prévu initialement. Et même si aujourd'hui, EDF demande à ce qu'elle
soit encore rallongée, nous, nous voulons les fermer.
Il y aura donc moins besoin de combustibles et moins besoin de
retraitement de ces combustibles. D'où l'importance pour nous d'afficher
un objectif : la reconversion du site de La Hague, et notamment
puisqu'il y aura moins besoin de production de Mox, mais avec un
engagement, le maintien des emplois, le maintien des savoir-faire et la
réorientation d'une partie de ces savoir-faire vers l'industrie du
démantèlement et l'excellence en matière de retraitement et de recyclage
des combustibles. Voilà les engagements qu'on prend.
Autant que de besoin, vous continuerez à
fabriquer ce combustible, que les écologistes disent extrêmement
toxique qui s'appelle le Mox, autant que de besoin vous continuerez en
fabriquer ?
D'abord parce qu'il sera nécessaire pour l'EPR. Si l'EPR sous garantie
de sécurité, si les conditions sont réunies pour qu'il puisse être fait à
Flamanville, il y en aura besoin. Ce que nous disons seulement c'est
qu'à partir du moment où il y a moins besoin de combustibles, il y aura
aussi forcément évolution du site de La Hague et reconversion de ce
site, et naturellement production de Mox, mais production qui sera une
production qui ira déclinante puisque les besoins seront moins
importants.
Alors ça, c'est la position de fond qui
a des conséquences politiques importantes. D'abord tous les écologistes
ont visiblement vécu la scène de manière différente. Daniel Cohn-Bendit
a dit : "Il suffit d'un coup de téléphone d'Areva pour que le grand Parti socialiste se mette au garde à vous".
C'est faux !
Mais Areva a téléphoné pour dire : "Mais qu'est-ce que vous faites là ?"
Non, mais c'est faux. Et c'est faux.
On est d'accord ?
Quiconque pense faire à la place du Parti socialiste la politique ou
énergétique ou économique, ou quoi que ce soit, se trompe et va se
tromper lourdement. Et je le dis, et je le dis à celles et ceux qui
pensent aujourd'hui qu'on peut dicter la parole de François Hollande du
bureau de je ne sais quelle tour à la Défense ou ailleurs. Nous ne
serons pas les représentants, ni les VRP d'intérêts qui sont des
intérêts parfois respectables ; mais ce que sert aujourd'hui François
Hollande, c'est l'intérêt général.
Et l'intérêt général en matière énergétique, c'est de se préoccuper de
l'emploi, c'est se préoccuper d'une filière industrielle, c'est de se
préoccuper de notre souveraineté et de notre indépendance énergétique
mais c'est aussi de penser à la transition énergétique et écologique ;
d'où l'engagement, et je le précise de François Hollande en faveur de
l'émergence d'une filière industrielle qui créera des dizaines, des
centaines de milliers d'emplois de l'énergie renouvelable. Cet
engagement-là adossé à la création d'une banque publique
d'investissement montre, aujourd'hui, que ces choix sont des choix qui
pensent l'avenir et s'inscrivent sur le long terme.
Vous pensez qu'EDF et Areva ont eu un comportement déplacé en cette période ?
Je dis juste... Je dis juste...
Non, mais les tours de la Défense, tout ça...
Je dis juste que François Hollande à la différence de Nicolas Sarkozy ne
sera pas un candidat qui porte une tunique sur laquelle il y aura tous
ses sponsors. Quand on parle de politique bancaire, ce n'est pas la
BNP-Paribas qui dicte nos choix. En matière de politique énergétique,
nous écoutons monsieur Proglio, nous écoutons Areva, nous écoutons aussi
les écologistes, nous écoutons les élus et nous, nous mettons en place
une politique qui sert l'intérêt général.
Pour parler simple, il y a un coup de
téléphone d'Areva à un conseiller de François Hollande ; et c'est à
partir de là que le fameux paragraphe a été retiré mardi. Vous en
convenez ou pas ?
Excusez-moi, non mais je démens qu'aujourd'hui ce texte ait été modifié sous l'influence de qui que ce soit.
Et donc, pas d'Areva ?
Et pas d'Areva aujourd'hui, pas d'Areva demain, surtout pas en termes en
lieu et place des décisions des politiques. Ce qui ne veut pas dire
que nous ne respectons pas celles et ceux qui travaillent.
Du coup, Eva Joly boude, candidate des
écologistes. Elle a disparu. Ca n'est pas votre candidate mais enfin, ça
ne fait pas très sérieux non plus quand vos partenaires à Gauche comme
ça disparaissent...
Vous dites qu'elle boude.
Elle a annulé tous les engagements qu'elle avait. Elle ne va pas aller, samedi, au conseil fédéral des Verts...
Elle a le droit d'annuler une émission ; ce n'est pas parce que
l'émission de France Télévision se fera sans Eva Joly une fois... Pour
autant...
Elle boude ?!
Mais non, elle ne boude pas.
Mais si !
Elle a fait un choix ; moi je ne suis pas à sa place. Elle dira ce qu'il
en est ; mais elle peut aujourd'hui se passer d'une émission de France
Télévisions sans considérer que ça bouleverse le paysage de l'élection
présidentielle.
Non, ne ridiculisez pas ce que je dis ! Elle a disparu...
Je ne ridiculise personne.
Si, si, si, si !Elle a disparu volontairement. Elle a annulé tous ses... Elle dit : "Samedi, je n'irai pas au conseil fédéral des Verts, je ne suis pas contente". Ce n'est pas très sérieux, quoi ?
Ecoutez, ce n'est pas à moi de commenter cela. J'observe que nous nous
sommes engagés dans un accord programmatique et électoral avec Europe
Ecologie - Les Verts ; et cet accord est un accord important. Pourquoi ?
Parce que je le crois moderne. Il incarne aussi une nouvelle pratique
démocratique ; et moi je suis heureux et fier que mon candidat François
Hollande, aujourd'hui, porte cette pratique politique nouvelle aux yeux
des Français et pas dans les coulisses des combines des appareils,
justement.
A propos de cette pratique politique
nouvelle, il y a un mot qui est en train de s'imposer. C'est Daniel
Cohn-Bendit qui l'a lancé : François Hollande se "ségolénise". Je ne
suis pas sûr que ce soit sympa d'ailleurs !C'est le désordre de la campagne qui...
... Mais écoutez...
... C'est votre partenaire, Daniel Cohn-Bendit ; ce n'est pas votre adversaire !
Oui je sais, je sais ; mais celui qui arrivera, un jour, à parler à la
place de Dany Cohn-Bendit, celui n'est pas né. Il a sa parole. Il est
indépendant.
Il se "ségolénise", François Hollande ?...
Moi je vous dis : François Hollande, lui, il est inscrit dans une
campagne qui est simple : il veut faire passer la France de Droite à
Gauche pour sauver la France. Sur ce qui se passe aujourd'hui, c'est le
vertige de la désindustrialisation.
Monsieur Sarkozy convoque le patron de PSA. Ceux qu'on a le plus aidés
avec l'argent public qui aujourd'hui, soi disant : on va faire un plan
social exemplaire. Pourquoi est-ce que je ne le crois pas ? C'est que la
réalité, c'est que deux tiers des emplois nouveaux aujourd'hui sont des
emplois d'intérimaires. Donc, il n'y a pas besoin de plan social pour
supprimer des postes. Et là, encore, on a un engagement du Président de
la République comme dans le secteur bancaire qui ne vaut rien. Nous
sommes encore dans le mensonge officiel. On désindustrialise et pendant
ce temps-là, le Président de la République nous explique qu'il va sauver
les salariés de PSA. Il ne sauvera personne, pas plus qu'il n'avait
sauvé les salariés de Gandrange.
Je vous parle de François Hollande ; vous, vous parlez de Sarkozy...
Mais moi je vous dis que François Hollande, lui...
Je parle de la Gauche et pas de PSA. Est-ce qu'il y a un problème d'autorité pour François Hollande ?
Aucun ! La preuve dans ce qui vient de se passer sur les questions
énergétiques. Il marque son autorité, il marque sa volonté de s'inscrire
dans le long terme. Il marque sa volonté du rassemblement et d'un
rassemblement nouveau et moderne. Et je le redis, ce rassemblement entre
Europe Ecologie - Les Verts et les socialistes est un rassemblement
démocratique, moderne et nouveau.
François Hollande, Benoît Hamon, n'est pas un capitaine de pédalos ? Il est plus que ça ?
Non, mais moi je ne réponds pas à ces polémiques. Je trouve ça en plus,
honnêtement, tout ce temps, je le dis à Jean-Luc Mélenchon, à tous les
autres, tout ce temps qu'on perd à parler de cela, on ne fait pas de
politique. On nous attend sur quoi ? sur comment justement sauver..
... Mais la personnalité du candidat, ce n'est pas anecdotique quand on veut être le Président de la République ?
Non, mais moi je maintiens et j'affirme ici que...
... Ce sont vos partenaires qui disent : il n'est pas à la hauteur !
Oui, eh bien écoutez, ils se trompent. Et je regrette aujourd'hui qu'ils
placent ça sur ce terrain-là. Et si on devait, nous, faire un
inventaire des noms d'oiseaux qu'on entend ici ou là, on ne s'en
sortirait pas. La Présidentielle et la situation de la France, elles
valent mieux que cela.
Le parachutage de Cécile Duflot à Paris, ça vous choque, Benoît Hamon ?
Ca va faire discussion et nous discuterons dans le respect de tout le
monde : d'Anne Hidalgo, de Bertrand Delanoë, nous discuterons avec eux.
Ca vous choque, vous ?
Moi, ce n'est pas le principe d'un parachutage qui me choque ; mais je
pense qu'il faut en discuter dès lors que ça pose problème.
Benoît Hamon laissera les auditeurs
"juges" pour savoir s'il a la Mox-attitude ou pas ; mais en tout cas, il
était l'invité de RTL ce matin.
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